Le pelleteur de smog

En choisissant ce coin du monde, je ne pouvais pas savoir qu’il m’intoxiquerait. Je cherchais juste quelque chose de pas trop cher pour éviter de passer ma vie entre-deux jobs aussi pires l’une que l’autre… je voulais juste un petit appartement pour poser mon matelas à terre et voguer sur Internet ailleurs que sous la pluie. Au final, je passe mon temps couché, essoufflé, cloué par des maux de tête !

Au début, je me disais qu’habiter proche d’une papeterie, ça ne serait pas si pire vu que c’est de l’eau et du bois… mais j’avais oublié que l’Homme met des produits chimiques dans tout et surtout, dans n’importe quoi ! Cette même humanité, toujours aussi réfléchie et pleine de belles pensées pour l’avenir, semble également aimer les vomir dans l’air et dans l’eau, par égoïsme, par lâcheté… parce qu’elle le peut !

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[Poème] P'tit gars

P’tit gars
Ta tête tourne, as-tu perdu le Nord ?
Chaque jour, t’es à terre
Pis tu préfères te taire

Tu m’inquiètes
Avec tes cernes pis ta valise toute faite
Ta mère pleure chaque soir
Comme si t’étais déjà mort

T’avais des rêves, des idéaux
T’avais un monde à sauver
Tu me faisais peur tellement t’était passionné, que t’étais vrai
À 13 ans, tu brillais déjà plus que moé

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Des chiffres contre des mots, par P. Marius

Un deux trois quatre
Des chiffres
Contre des mots

Je suis une petite tache
Dans leur utopie perdue
De capitalistes sauvages

Cinq six sept huit
Je vous entends
« Pourquoi ne pas vider l’univers
De ce qui le maintient en vie »

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"Un fond de pot d'olives", par Boniface Bonnehumeur

Je gratte le fond du pot, presque nostalgique. Je sais qu’une fois que je l’aurai terminé, je ne mangerai que des pâtes aux tomates (avec un peu de basilic) et du pain pour le restant de la semaine.

Je me dis que je devrais peut-être la garder pour plus tard, mais je faiblis et poignarde la dernière olive bio pour la savourer en deux trois bouchées qui deviennent presque obscènes. Les gens qui me connaissent savent à quel point je savoure, à quel point la nourriture m’est sacrée… Je dégénère, je suis tellement en manque de saveur ces temps-ci que je bois même le jus. Du « bon » jus de fond de pot d’olives… de l’eau, du sel et de l’ail ! Mon luxe de la semaine, un pot d’olives de 375 ml à 4 $ !

Le liquide de fond de pot a comme un arrière-goût d’échec…

Mon rêve, avant d’être aussi endetté qu’un étudiant qui sort de l’Université, les perspectives d’emplois en moins, c’était d’ouvrir un resto et pas n’importe lequel ! Je voulais que ce soit une coopérative de solidarité pour que la clientèle puisse être membre et s’offrir quelques sorties abordables chaque mois ! Vous connaissez ça, les coopératives ? Un monde d’écoute, de passion, des gens attachés à leur commerce, une équipe dévouée à combler les papilles gustatives et l’estomac de tous et chacun !

Y’a rien de plus important que bien manger en bonne compagnie !

J’aurais organisé des soirées thématiques, des petits spectacles, des ateliers, des jeux, pis j’aurais composté, recyclé, tout en mettant de l’avant des mets végés, bios et équitables. j’aurais toute faite, sauf gaspiller ! Y’a rien de pire que gaspiller ! Les surplus, faut les donner, pis c’est toute ! « Toé, tu viens souvent ici et t’as une famille… et moi, je vais perdre mes tomates si personne ne les mange. Les veux-tu ? » Ça se fait dans un monde civilisé et moi, dans le mien, la bouffe, c’est fait pour être partagé !

Pour l’instant, j’ai mangé ma dernière olive tout seul… mais je n’ai pas dit mon dernier mot !

La semaine prochaine, c’est la fête d’une amie et j’ai mis un peu d’argent de côté pour lui cuisiner une mousse aux framboises comme elle les aime ! J’ai peut-être pas de restaurant et je n’en aurai sûrement jamais, mais je promets que cette mousse sera à la hauteur de n’importe quelle boulangerie du coin ou resto hors de prix ! Pis quand je vais la voir sourire, je vais me sentir un peu moins pauvre…

Boniface Bonnehumeur

Dominic Fortin-Charland
12 novembre 2011

"Exergue", par Honeive

Je me tue
Exergue
Quarante heures et des misères
Un suicide lent, protocolaire

Je marche, cours, panique
Dix trajets, aller et revenir
Vingt heures et des poussières
Pour un travail précaire

Devenir un automate malade
Se soigner durant les temps libres
Adsorber, masser, crier, s’effondrer
Un restant d’heures éphémère

Une centaine d’heures par semaine
À tourner autour d’une vie
Des responsabilités prioritaires
Au travers des coûts en hausse, de la pauvreté majoritaire

Répéter le cycle des années durant
Une partie du salaire au gouvernement
Une autre à je ne sais quels inconnus cravatés, maîtres des programmes inachevés
Travailler pour quelques riens, pour demain

Qui n’arrivera peut-être jamais

Puis…

Ma femme enceinte de triplets
Un choc
Constater que le temps m’empêchera d’être père
Du moins, de la manière que j’aurais espéré

Neuf mois pour réapprendre à rêver
Pour trouver le remède à cette maladie du salarié
Pour jouer avec mes enfants
Pour vivre sans exergue, loin de l’argent et ses maladroites chimères

Je me bats
Je cherche
Quarante heures à jouer le censitaire
Un suicide lent, temporaire

Honeive

Dominic Fortin-Charland
3 mars 2012

L'extraterrestre

Depuis que je me suis écrasé, j’essaie de comprendre. J’essaie vraiment.

Les humains, ils prennent leur amour et l’enferment dans une petite boîte, dans une petite bulle fragile, certains le compressant même jusqu’à ce qu’il disparaisse.

Les humains, ils s’inventent des règles, puis se font de la peine en les brisant. Ils se détestent chaque fois qu’un pied ou une main dépasse de la boîte, pour des histoires de termes, et moi, parmi eux, je ne sais dire que « je t’aime ».

– Je t’aime.
– Comment ?
– Je t’aime, tout simplement.
– Pourquoi ?
– Je t’aime, tout simplement.
– Ah… tu me prêtes cinq dollars ?
– Cinq quoi ?

Les humains, quand ils cessent d’essayer de définir l’amour, ils angoissent pour des métaux.

Ils parlent toujours de métaux, ils deviennent fous pour des métaux et des billets qui tachent les doigts. Ils capitalisent tout. Ils vivent pour ce qu’ils appellent « l’argent », pour servir des multinationales et des gouvernements. Ils semblent déterminés à servir leurs rois. Ils sont dociles, ils choisissent presque toujours d’enrichir les plus grands en achetant les produits les plus sournois. L’argent semble avoir surpassé leurs lois, et tout le reste.

Les humains, ils toussent souvent.

Lorsque je suis arrivé, tout nu, perdu, ils m’ont donné une carte de crédit, puis m’ont obligé à m’habiller. À présent, si j’ai bien compris, je leur appartiens. En m’endettant, ils ont fait de moi l’un des leurs. Mais j’ai dû mal comprendre, ça n’a juste aucun sens. Ils me regardent de haut, me parlent d’impôt à payer, me demandent si j’ai été vacciné, si j’ai de l’argent caché…

Les humains, ils cherchent.

Ils cherchent un moyen de s’enrichir avec moi même si je n’ai plus rien. J’habite dans la rue, j’ai quitté les miens et je n’ai plus aucun bien. Ils cherchent quand même. Ils vont chercher longtemps.

Leur société semble si lointaine de ce qui se passe dans ma tête.

Je crie au secours en espérant une réponse des miens ! Je me suis perdu, venez me chercher ! S’ils ne me trouvent pas d’utilité, s’ils ne trouvent pas un moyen de capitaliser, ils vont juste me laisser crever…

Venez vite, j’en ai trouvé d’autres comme moi, y’ont faim, y’ont soif… pis l’hiver arrive trop vite.

Signé Nonoco, un extraterrestre parmi tant d’autres

Dominic Fortin-Charland
15 novembre 2011