« L’horloge sonne », version 2

L’horloge sonne.

Mes doigts immaculés de sang me demandent de l’arrêter, d’en finir, mais ma femme demeure aussi belle que lors de notre première rencontre. Cette réalité me rassure, je m’y accroche ; je lui demande une dernière danse chaque fois que la vie m’accorde un nouveau jour.

Elle me répond qu’elle ne peut plus danser, triste, sévère, comme si je devais me souvenir de ses jambes handicapées.

Continuer la lecture de « « L’horloge sonne », version 2 »

Un bras

« Demande,
Tu recevras »

Censitaire
Tu agis contre toi-même, attendant un changement
Un miracle
Ne bousculant jamais la fatalité de ton propre gré

Cette vie t’a rendu malade
Tu te plains, tu ingurgites des tonnes de médicaments
Puis, tu t’écroules, rêvant de rester dans ton lit
D’ailleurs

Continuer la lecture de « Un bras »

Une éternelle nuit blanche rêve d'une belle de jour

Une centième nuit blanche à jouer le jeu d’une errance contre nature pour le salaire minimum d’un commis censitaire des besoins du profit. J’aimerais croire que cette manière de vivre se veut aussi humaine que marcher de jour, en même temps que le reste de la société, mais je m’interroge.

Je faiblis…

Mon sommeil a cessé de rêver, mes pas également. Plus les jours… pardon, plus les nuits passent, plus malgré la fatigue exubérante, je dors très mal lorsqu’il le faut et bien à n’importe quel autre moment. Plus nuits constatent mon éveil, plus elles s’immiscent dans mon cerveau, le rendant plus aigris, plus las, moins patient, comme si la fatigue mentale, de pair avec le corps, me boudait, tout simplement.

Continuer la lecture de « Une éternelle nuit blanche rêve d'une belle de jour »

Julianne Seigni, fiche du personnage

Julianne ne rêve plus depuis longtemps, le temps l’ayant rendu terre à terre. Elle profite plutôt de chaque instant de cette vie qu’elle sait précieuse et fragile… très fragile. Veuve depuis déjà vingt ans, son mari décédé subitement d’un arrêt cardiaque quelques mois après leur lune de miel, elle comprit le sens de la fatalité. Au début, Julianne pensa forcer ses retrouvailles avec sa flamme jumelle, ne réussissant pas à faire son deuil, de plus en plus déprimée, mais le destin lui envoya Kane, son filleul. Elle avait à présent une raison de se prendre en main : son frère et sa femme venaient de perdre la vie dans un accident de voiture et leur fils n’avait plus qu’elle, sa tante qu’il connaissait à peine.

Continuer la lecture de « Julianne Seigni, fiche du personnage »

"Chercher et trembler", par Kaori

J’ai dix-sept ans et j’empeste la mort.

J’ai tellement tremblé, j’ai tellement cherché…

Mon corps, je l’ai consumé à force de grandes et de petites angoisses : ma vision s’embrouille, assaillie par des migraines ophtalmiques ; les muscles de ma colonne vertébrale se détachent de celle-ci et mon dos s’affaisse ; ma vessie, en stress constant, ne peut plus se vider, complètement folle ; mon estomac ne supporte plus rien ; mon cœur palpite de plus en plus vite… et j’ai mal partout, le matin comme la nuit, un peu plus après chaque insomnie ou après chacune de ces crises, dévoré par l’intensité.

Ces crises…

Trembler…

Continuer la lecture de « "Chercher et trembler", par Kaori »

La fièvre

Le plafond de la chambre
Quelques chaos ici et là
Des semaines d’ordre, d’amertume
Un peu trop loin de la lune

Mon corps crispé qui ne doit pas se lever
Un combat
Sans rime
Sans compassion

Plus facile
De détourner, de mentir
De dire que j’ai de la fièvre
De m’enfermer contre mon gré

Plus facile
De détourner, de mentir
Plutôt qu’avouer que je ne dois pas sortir
De ce lit, de ces murs

Tu m’attends
Je reste là
Je te déçois
Je me déchire

Mais si je sors, je meurs
Mon esprit vagabonde
Me demande de me noyer
De dix mille façons, pour dix mille raisons

Je dois rester dans ce lit
Jusqu’à ce que la rage se calme
Jusqu’à ce que le monde s’arrête
Jusqu’à ce que la honte m’écrase

La honte d’être malade, autrement
Loin de la compréhension
Des regards
À quelque part dans ce qui reste de moi

Un combat
Dans cet univers de braises
Où il faut sans cesse se surpasser
Choisir

Où l’évolution est reine
Ce basculement, cette vitesse
Ces amours à double tranchant
Ces amitiés devenues du vent

Cette fatigue
Cette colère
Contre eux, contre la vie, contre moi
Son regard qui n’est plus là

Un combat
Sans héros
Sans ennemi
Seul contre la mort, contre l’envie

Me relever trois heures plus tard
Triomphant
Sans fierté
Me dire que je dois ressaisir ma vie

Je sais…

Tu m’as attendu, prête pour une belle journée
J’étais occupé…
Tu es habituée
Tu es fatiguée

Cette fièvre d’avoir trop aimé

Je retourne dans mon lit
Cette fois, pour dormir

Dami Zan

Dominic Fortin-Charland
23 mars 2011

Tu me regarderas

Je deviendrai si fort
Que tu me regarderas

Je charmerai les gens bien puis les autres
Tout public, toutes contrées
Pour rendre ce monde meilleur
Pour que plus jamais tu ne vives dans la peur

Ensuite, j’empilerai des montagnes
Avec la force de mes doigts de géant
Même si tu n’es pas ma compagne
Le septième ciel demeura pour toi

J’écrirai toutes les réflexions, toutes les thèses
Je parlerai pour ceux et celles qui se taisent
Faisant couler vérité, conscience et diplomatie
S’il le faut, je redresserai même le sens de la vie

Beaucoup de gens voudront ma peau
Pour continuer de s’enrichir avec le malheur des autres
Je répondrai avec amour
Scellant leur haine de mon sceau, celui des héros

Tu me regarderas, tu m’aimeras
Tu te blottiras contre moi
Mari et femme, dix enfants
Je serai un modèle, travaillant, présent

Je me ferai si créatif, inventif
Qu’aucun moment ne semblera anodin
Mais surtout, je ne serai plus malade
Plus jamais malade…

Incapable de te parler avec les mots qu’il faudrait
Maladroit, handicapé
« Un géant capable de penser, mais pas d’exister »
Non, je le peux, laisse-moi une chance, juste une chance

Tu ris un peu de moi, gentiment
Puis tu t’en vas
Un autre amour à oublier
À cause de ma bouche désarticulée, de mes phrases tronquées

Mais, un jour, je deviendrai si fort
Que tu me regarderas

Kurto Kurion

Dominic Fortin-Charland
12 octobre 2009 et 16 février 2012