"Exergue", par Honeive

Je me tue
Exergue
Quarante heures et des misères
Un suicide lent, protocolaire

Je marche, cours, panique
Dix trajets, aller et revenir
Vingt heures et des poussières
Pour un travail précaire

Devenir un automate malade
Se soigner durant les temps libres
Adsorber, masser, crier, s’effondrer
Un restant d’heures éphémère

Une centaine d’heures par semaine
À tourner autour d’une vie
Des responsabilités prioritaires
Au travers des coûts en hausse, de la pauvreté majoritaire

Répéter le cycle des années durant
Une partie du salaire au gouvernement
Une autre à je ne sais quels inconnus cravatés, maîtres des programmes inachevés
Travailler pour quelques riens, pour demain

Qui n’arrivera peut-être jamais

Puis…

Ma femme enceinte de triplets
Un choc
Constater que le temps m’empêchera d’être père
Du moins, de la manière que j’aurais espéré

Neuf mois pour réapprendre à rêver
Pour trouver le remède à cette maladie du salarié
Pour jouer avec mes enfants
Pour vivre sans exergue, loin de l’argent et ses maladroites chimères

Je me bats
Je cherche
Quarante heures à jouer le censitaire
Un suicide lent, temporaire

Honeive

Dominic Fortin-Charland
3 mars 2012