"Chercher et trembler", par Kaori

J’ai dix-sept ans et j’empeste la mort.

J’ai tellement tremblé, j’ai tellement cherché…

Mon corps, je l’ai consumé à force de grandes et de petites angoisses : ma vision s’embrouille, assaillie par des migraines ophtalmiques ; les muscles de ma colonne vertébrale se détachent de celle-ci et mon dos s’affaisse ; ma vessie, en stress constant, ne peut plus se vider, complètement folle ; mon estomac ne supporte plus rien ; mon cœur palpite de plus en plus vite… et j’ai mal partout, le matin comme la nuit, un peu plus après chaque insomnie ou après chacune de ces crises, dévoré par l’intensité.

Ces crises…

Trembler…

Si vous saviez tous les dégâts que ça entraine de toujours trembler, violemment, crispé, la bouche sèche, l’esprit vacillant. LA VÉRITÉ, L’AVEZ-VOUS TROUVÉ VOUS, LA VÉRITÉ ? L’avez-vous compris le sens de cette vie, le sens de l’existence ? EST-CE QUE JE NE SUIS QUE CE SAC D’OS QUI EMPESTE LA MORT ? EST-CE QUE J’AI GÂCHÉ MA VIE ?

Suis-je… condamné ?

À huit ans, j’ai commencé à chercher la « vérité », la nôtre, mais aussi celle de l’invisible, ce monde dont tout le monde parle en proférant ses propres théories. Les théories… Nous avons tous déjà perdu un proche et nous nous sommes tous déjà posé des questions… j’ai peut-être poussé les miennes un peu trop loin. J’ai plongé dans toutes les théories, j’ai expérimenté, j’ai été mon propre cobaye et si mon corps est devenu malade à force de me poser trop de questions (ou de remettre en question), mon âme lui l’est devenu à force d’avoir des réponses et de ne pouvoir y croire, cherchant toujours plus loin.

Toujours et encore plus loin…

Qui sommes-nous ?

Qui suis-je ?

Oui, je le ressens cet amour, chacune de ses vibrations déclenche mes tremblements, mais à quel point pouvons-nous affirmer qu’il est réel ? AAAAAAAAAAAH ! POURQUOI FAUT-IL TOUJOURS QUE CE SOIT COMPLIQUÉ ? FAUT-IL QUE J’EN MEURE POUR ENFIN DÉCOUVRIR LA VÉRITÉ ? Même mort, de l’autre côté, serais-je capable d’y croire ? Mon scepticisme pourrait-il ENFIN SE TAIRE ? Non, je chercherais autre chose, que ce soit la nature de l’au-delà ou d’où viennent les âmes, les esprit et tout le reste.

Je cherche, jamais rassasié.

J’en deviens fou… et je tremble.

Mes tremblements…

Chacun de mes moments d’intensité se transforme en tremblements incontrôlés, comme si mon corps ne supportait plus toute mon énergie, mon amour ou le flux apocalyptique de mes réflexions et de mes angoisses. Au fond, même si mon corps en souffre, il n’y a que dans ces moments où j’ai l’impression d’atteindre une parcelle de vérité… pas celle avec un grand v, la mienne. Je pourrais m’écouter, cesser de chercher ailleurs, et juste vivre cette fougue qui m’habite au lieu de l’enfermer, mais… AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

Je ne sais même plus pourquoi je souhaitais écrire tout ça.

Je ne sais même pas si je l’ai déjà su.

Un ami, Kane Seigni, que je soupçonne fortement d’être… non, je n’écrirai pas ça ici. Quoi qu’il en soit, cet ami m’a dit que la seule vérité, c’est de vivre. Je sais qu’il ne le pense pas vraiment, qu’il a dit ça pour me réconforter et qu’il se pose des questions lui aussi, mais ça m’a rappelé qu’avant le début de mes recherches, je pensais comme ça moi aussi, avant d’être malade, avant d’empester la mort.

Alors, si je disparais bientôt, si les théories m’achèvent enfin, je voulais laisser ce petit mot dans mon journal pour les deux trois éclectiques qui le liront :

« Ne faites pas comme moi, ne cherchez pas à comprendre avec votre tête ce qui se comprend… avec je ne sais quoi. Je ne sais plus… Ne faites juste pas comme moi, peut-être qu’il n’y a juste rien à comprendre, que nous avons juste tout à vivre. »

Peut-être aussi que j’approche du but, PEUT-ÊTRE !

AH ! AH ! 

Peut-être…

KAORI

Dominic Fortin-Charland
21 février 2012