Boris est Charlie.

Charlie Hebdo est à l’origine de la caricature qui m’a le plus touché, et amusé. Mon personnage Boris Von Oris, né pour caricaturer la société, et la critiquer avec humour, ne pouvait se taire face à ce qui s’est passé… Ça a été difficile à écrire, comme c’est difficile d’accepter ce qui s’est passé.

Bref, pour arrêter d’enrager derrière mon écran, j’ai décidé d’écrire.


 

Un homme d’une cinquantaine d’années fort grand, massif et barbu dort paisiblement en suçant son petit canard en plastique tel un enfant suçant son pouce. Il s’agit de ce bon vieux Boris Von Oris.

Son fils, Moris L’Anguille, entre dans sa chambre, pris de panique.

MORIS
Père, père, trois extrémistes islamiques s’en sont pris aux caricaturistes du Charlie Hebdo!

BORIS
(en se redressant d’un trait)
QUOIIIII?

MORIS
Charb, Cabu, Honoré, Tignous, Wolinski, l’Oncle Bernard, ils ont tous été tués!

BORIS
Que vais-je à présent lire pour m’empêcher de m’exploser la cervelle contre l’imbécillité et les milliards d’injustices de la société? QU’EST-CE QUI M’EMPÊCHERA DE REDEVENIR VIOLENT?

MORIS
Les assassins n’ont pas encore été appréhendés. Est-ce que j’appelle le reste de notre sordide équipe de saltimbanques armés jusqu’aux dents? Je suis prêt père, on va entrer en guerre! Pour Charlie!

BORIS
Non, cette fois, c’est personnel.

[…]

Une vingtaine d’extrémistes islamiques sont réunis et discutent entre eux des derniers événements quand soudain, Boris traverse la fenêtre qui vole en éclats. Tous se retournent vers lui, stupéfaits.

BORIS
Salut, j’ai un cadeau pour vous… Mahomet qui fait caca!

Il leur montre fièrement son dessin de Mohamet qui fait caca. La rage s’empare de l’assemblée qui dégaine armes blanches et fusils pour faire la peau de Boris. Seul un homme préfère rester assis.

Une lutte sans merci sévit. Boris Von Oris attrape les balles avec ses dents, avec ses aisselles, avec ses fesses puis leur fait quelques prises de lutte gréco-romaine pour les maîtriser au sol. L’un des adversaires plus agiles que les autres réussit à lui couper un bras, mais sans broncher, animer d’une fougue et colère sans précédent, Boris s’en sert pour l’assommer lui et le reste de ses camarades.

Titubant, ayant perdu beaucoup de sang, Boris se dirige finalement vers l’islamiste resté assis.

BORIS
Allez! viens qu’on en finisse. Charlie Hebdo luttait pour la démocratie et la liberté d’expression, c’est grâce à des gens têtus comme eux que des gens comme moi ont encore le droit d’écrire des conneries, alors viens te battre qu’on en finisse. Le vieux Boris Von Oris va t’apprendre à aimer ton prochain.

L’islamiste lui sourit et lui montre un dessin de son cru. Il s’agit de Boris baisé par tous ses orifices par Jésus, Ronald McDonald, le père Noël de Coca-Cola, l’Oncle Sam et One Direction au grand complet.

Boris est stupéfait, puis il éclate d’une joie de vivre grasse et franche.

BORIS
Ah! Ah! Ah! Je te concède la victoire, je m’avoue vaincu!

Les deux hommes rient de bon cœur en se prenant dans leurs bras, puis ils s’embrassent tendrement.

Fin. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants pacifistes, et barbus.