La prostituée et l'écrivain (version 1.0)

La prostituée et l’écrivain
Scénario de long-métrage

Version 1.0
12 octobre 2007

Par
Dominic Fortin-Charland

Un projet, deux projets, trois projets
Il promet
« Je te sauverai, je te sauverai
Jamais je ne te laisserai en crever »

Informations supplémentaires

Si quelqu’un, quelque part est intéressé à le produire, il sera réécrit en partie ou du moins, grandement amélioré. Pour l’instant, sauf pour corriger quelques fautes fort gênantes ou améliorer quelques répliques tordues datant de mon style d’autrefois, je ne le toucherai plus.

En fait, il s’agit d’un texte écrit pour me pratiquer lorsque j’étais à l’ECTQ ! 🙂

Personnages principaux

L’ÉCRIVAIN suicidaire

Nom : ?
Âge : 25 ans
Statut : célibataire, mais…
But : mourir
Rêve : sauver le monde
Physique : taille moyenne, maigre, chétif, cheveux mi-longs bruns, yeux bruns
Autres : aimable, blasé, suicidaire, triste, fatigué, timide, parano, peureux, héroïque, passionné?

LE COLOSSE silencieux

Nom : Marc
Âge : 38 ans
Statut : célibataire
But : être invisible
Rêve : ?
Physique : grand, musclé et gras, chauve, yeux bleus
Autres : muet, fermé, silencieux, sombre, seul, discret…

LA nouvelle PROSTITUÉE

Nom : Sha
Âge : 24 ans
Statut : célibataire
But : s’enfoncer
Rêve : ouvrir une maison d’édition
Physique : perruque, accessoire, masque et comédie
Autres : impatiente, ironique, distante, sur ses gardes, nostalgique, sanglante, douce, naïve, intimidée?

LE SOÛL amoureux

Nom : Bass
Âge : 52 ans
Statut : célibataire
But : oublier
Rêve : vivre avec la dame
Physique : sale, non-soigné, barbu
Autres : impoli, grossier, violent, impatient, romantique, charmant, grandiose?

LA DAME de la rue

Nom : Ginette
Âge : 55 ans
Statut : célibataire
But : faire sa journée
Rêve : sortir toutes les filles de la rue
Physique : refait en partie
Autres : déterminée

LE PEINTRE antipathique

Nom : Ashime
Surnom : Asixmatique
Âge : 27 ans
Statut : célibataire
But : terminer sa toile avant de mourir
Rêve : guérir
Physique : grand, mince, coloré, éclectique
Autres : malade, atteint du sida

LA MORTE abandonnée

Nom : Maya
Âge : 25 ans
Statut : célibataire
But : sortir de l’enfer
Rêve : revivre
Physique : taille moyenne, très mince, cheveux noirs, courts, yeux noirs, blanche comme la neige
Autres : dessine

Lieux principaux

L’APPARTEMENT DU COLOSSE

1 et demi

Une bibliothèque remplie de livres scientifiques et spirituels, un divan et un grand lit.

L’APPARTEMENT DE L’ÉCRIVAIN

1 et demi

Un bureau et un ordinateur au fond, un divan-lit au milieu et une télévision à l’autre bout.

L’APPARTEMENT DU PEINTRE

1 et demi

Des toiles partout, un lit dans le coin et une grande toile en cours de création en plein milieu.

L’APPARTEMENT DU SOÛL

1 et demi

Un lit, des bouteilles vides, une vieille télévision à côté du lit.

Les quatre appartements sont côte à côte dans le même bâtiment

LE STATIONNEMENT DE L’APPARTEMENT

Il est constitué de la petite voiture électrique de l’écrivain et de la minivan du colosse.

Puis, dans la rue, il y a le char sport du soûl.

Le scénario

SÉQUENCE 1 : LE QUOTIDIEN

SCÈNE 1 | INT. SCÈNE D’UN PETIT THÉÂTRE, FOND NOIR / SOIR

Une marionnette entre en scène. La lumière d’un projecteur la suit.

MARIONNETTE 1
Blablablablablablabla bla!

Une deuxième marionnette en colère la rejoint rapidement. Un projecteur la suit elle aussi.

MARIONNETTE 2
Blablablablabla!

Une guerre de mots s’en suit.

MARIONNETTE 1
Blablablablabla!

MARIONNETTE 2
Bla blablabla blablablabla bla bla!

MARIONNETTE 1
Blablablabla blablabla…

MARIONNETTE 2
Blablabla blablabla blablabla!

La marionnette 1 dégaine une petite matraque et l’élance vers la marionnette 2.

MARIONNETTE 1
BLABLABLABLA!

La marionnette 2 esquive, puis se rue sur la marionnette 1 pour lui arracher les yeux.

MARIONNETTE 2
BLABLABLABLA!

La marionnette 1 hurle de douleur en se roulant par terre.

MARIONNETTE 2
(en pointant marionnette 1 du doigt)
Blablablabla…

La marionnette 1 se relève et frappe la marionnette 2 au visage.

SCÈNE 2 | EXT. PONT / SOIR

Le soûl boit une bière sur le rebord d’un pont.

SCÈNE 3 | INT. SCÈNE D’UN PETIT THÉÂTRE, FOND NOIR / SOIR

La marionnette 2 arrache un bras à la marionnette 1.

SCÈNE 4 | INT. RESTAURANT CHIC / JOUR

La dame mange une patate frite dans un restaurant chic.

SCÈNE 5 | INT. SCÈNE D’UN PETIT THÉÂTRE, FOND NOIR / SOIR

La marionnette 1 arrache un bras à la marionnette 2.

SCÈNE 6 | EXT. DEVANT UN HÔPITAL / TOMBÉE DU JOUR

Le peintre sort de l’hôpital, très pâle.

SCÈNE 7 | INT. SCÈNE D’UN PETIT THÉÂTRE, FOND NOIR / SOIR

La marionnette 2 arrache la tête de la marionnette 1.

SCÈNE 8 | EXT. FORÊT EN HIVER, IL NEIGE / SOIR

L’écrivain embrasse son ex-petite amie, Maya (celle qui fut surnommée la morte).

SCÈNE 9 | INT. SCÈNE D’UN PETIT THÉÂTRE, FOND NOIR / SOIR

La marionnette 1 continue de bouger malgré tout et elle arrache elle aussi la tête de la marionnette 2.

SCÈNE 10 | EXT. TERRAIN DE BASEBALL / JOUR

Le fou frappe une balle de baseball, la foule est en délire.

SCÈNE 11 | INT. PETIT THÉÂTRE, FOND NOIR / SOIR

Les deux marionnettes s’écroulent au sol.

SCÈNE 12 | INT. SALLE DE DANSE / JOUR

Le héros fait quelques mouvements de ballet, seul.

SCÈNE 13 | INT. PETIT THÉÂTRE, FOND NOIR / SOIR

Les marionnettes sont mortes, le rideau descend. La salle applaudit.

SÉQUENCE 2 : LA SCÈNE FINALE

SCÈNE 14 | INT. APPARTEMENT DU COLOSSE / SOIR

Le COLOSSE est assis sur son divan, immobile et las, les yeux grands ouverts. Mis à part les bruits de la ville, c’est le silence complet, il n’y a aucune musique. Le calme est rompu par une musique endiablée qui fuse de l’appartement d’à côté, celui de l’écrivain. Le colosse ferme les yeux, comme pour contenir toute l’exubérance de sa rage accumulée, puis il se lève. La caméra cesse de le suivre et passe plutôt par la fenêtre (en montrant le stationnement) pour rentrer par celle d’où vient la musique. Elle croise un calendrier montrant le mois de septembre, plusieurs dessins de personnages (le fou, le héros, mais aussi un personnage féminin, l’héroïne représentant Maya, la morte) et quelques photos (de Maya et lui, prises lors d’une période heureuse de leur vie… à noter que sur celles-ci, Maya maigrit de plus en plus).

Pendant le mouvement d’un appartement à l’autre, d’un personnage à l’autre, en voix off :

LE HÉROS
(très sérieux)
Je t’ai laissé assez de temps, maintenant je dois en finir.

LE FOU
(désinvolte)
Le héros se décide enfin à tuer le méchant.

LE HÉROS
J’aurais préféré ne pas en arriver là et tu le sais pertinemment!

LE FOU
Arrête de pleurnicher et fais ce que tu as à faire.

LE HÉROS
Sache au moins que je suis désolé…

LE FOU
Ha! Ha! Il faut dire qu’avoir vu tes amis mourir t’a rendu moins « ouvert d’esprit »!

La caméra s’est rendue jusqu’à l’écrivain, qui, émotif, écrit sur son ordinateur.

SCÈNE 15 | EXT. LIEU SANS SOL NI PROFONDEUR / JOUR

Dans un décor complètement blanc, le fou et le héros se regardent.

LE HÉROS
Si je te laisse vivre, tu nous tueras tous!

LE FOU
Tu deviens aussi ennuyant que la culture de masse.

Le fou dégaine son épée et tue subitement le héros. L’action est coupée, l’impact suggéré par le son.

SCÈNE 16 | INT. APPARTEMENT DE L’ÉCRIVAIN / SOIR

L’écrivain finit d’écrire et se couche sur le divan. Puis, il lève la tête en entendant des bruits de pas. Il voit le colosse traverser la pièce pour aller fermer sa musique. Celui-ci passe devant une corde de pendu accrochée au plafond et la contourne sans la moindre réaction. Une fois la musique fermée, il repart.

L’écrivain se rassoit et regarde l’heure. Le téléphone sonne et il ne répond pas.

SÉQUENCE 3 : 24 HEURES


SCÈNE 17 | EXT. VOITURE DU SOÛL / SOIR

Le soûl appelle l’écrivain tout en conduisant sa voiture.

LE SOÛL
Lâche ta porno et réponds!

Personne ne répond.

LE SOÛL
(en raccrochant)
TABARNAK!

Il se gare ensuite sur le côté et ouvre sa fenêtre.

LE SOÛL
HEILLE, VIENS, J’AI DE L’ARGENT!

Une dame, distinguée malgré ses vêtements colorés et moulants, s’approche de l’homme en fumant.

LA DAME
Tu veux moi ou une de mes filles?

LE SOÛL
(la dévorant du regard)
Qu’est-ce t’en penses?

LA DAME
Ça va te coûter cher.

LE SOÛL
Monte, je vais m’occuper de toé…

LA DAME
1 000$ pour une nuit, 200$ l’heure.

LE SOÛL
T’ES BEN CHÈRE! Sti, baisse un peu, on se connaît…

LA DAME
Mes prix sont les mêmes pour tout le monde.

LE SOÛL
Ben voyons, tu disais pas ça avant!

LA DAME
(méchamment)
Je vieillis, j’ai moins de patience à accorder aux types dans ton genre.

LE SOÛL
Maudite folle, tu sais pas ce que tu manques!

LA DAME
Allez, dégage mon beau.

Elle s’en va la tête haute.

LE SOÛL
J’partirai pas sans toé, envoye, monte!

Il sort et lui attrape le bras, mais elle le repousse facilement pour ensuite prendre une photo de lui.

LA DAME
C’est ton dernier avertissement…

LE SOÛL
Sale chienne!

Il repart, enragé, et une petite voiture électrique arrive à son tour… c’est celle de l’écrivain.

L’ÉCRIVAIN
Salut. Désolé de vous déranger, on m’a dit que c’est à vous qu’il faut parler pour…

Silence, malaise.

LA DAME
Idéalement, oui.

L’ÉCRIVAIN
Je cherche…

Autre silence, même malaise.

LA DAME
Ne sois pas gêné, j’ai l’habitude.

L’ÉCRIVAIN
Ça va peut-être paraître bizarre, mais j’aimerais celle qui a le moins d’expérience.

LA DAME
Si tu cherches des vierges, tu ne t’adresses malheureusement pas à la bonne demoiselle.

L’ÉCRIVAIN
Non, juste une nouvelle dans… dans votre « équipe ». Idéalement de mon âge.

LA DAME
Je sais bien, je plaisantais. T’as quoi, 22 ans?

L’ÉCRIVAIN
25.

LA DAME
Attends ici chéri, je reviens…

L’écrivain reste seul un moment, il est tendu, nerveux, pas sûr de ce qu’il fait.

La dame revient avec la petite nouvelle de son « équipe ». Elle reste en retrait.

LA DAME
Là voilà, si tu prends soin d’elle t’auras droit à petit rabais maison.

L’ÉCRIVAIN
Merci…

LA DAME
Tu la veux pour combien de temps?

L’ÉCRIVAIN
Pour 24 heures.

LA DAME
(surprise, mais quand même hautaine)
24 heures…

L’ÉCRIVAIN
Oui… c’est trop?

LA DAME
(ironique)
Tu veux lui faire quoi en 24 heures?

La nouvelle regarde l’écrivain, sceptique, mais intriguée.

L’ÉCRIVAIN
(gêné)
Rien de particulier…

LA DAME
Dire que ça durera peut-être pas plus que 5 minutes…

L’ÉCRIVAIN
(distant, voire bête, comme si sa gêne venait de s’envoler)
Ça fait combien?

LA DAME
2000 $ cash.

L’écrivain sort l’argent et le tend à la dame. Elle compte puis redonne tout à la fille.

LA DAME
Je la veux ici dans 24 heures, pas une minute de plus…

Elle prend une photo de lui, puis va à l’arrière du véhicule pour photographier la plaque.

L’ÉCRIVAIN
Je peux vous laisser ma carte d’identité si vous voulez…

LA DAME
(riant)
C’est bien la première fois qu’un client me propose cela… Un gars mignon et courtois comme toi devrait sortir dans les bars au lieu de perdre son temps avec les dames de la nuit! Allez, partez et amusez-vous bien…

Elle s’en va, laissant les deux jeunes adultes ensemble.

LA NOUVELLE
(intimidée, aguicheuse)
Merci de m’avoir choisi…

L’ÉCRIVAIN
C’est moi qui te remercie.

Elle monte dans le véhicule, enjouée.

LA NOUVELLE
(toute naïve)
Est-ce qu’on va chez toi ou à l’hôtel?

L’ÉCRIVAIN
Pas besoin de jouer la comédie avec moi, je préfère que tu sois toi-même.

La fille reste bête, confuse, lui démarre le moteur nerveusement. Silence, léger malaise.

L’ÉCRIVAIN
Pardon, c’est juste que je joue assez souvent la comédie pour savoir quand un jeu est sincère ou ne l’est pas.

LA NOUVELLE
T’aimerais mieux que je sois comment?

L’ÉCRIVAIN
Naturelle.

LA NOUVELLE
C’est un peu trop me demander, même pour 2000 $…

L’ÉCRIVAIN
Joue au moins le personnage qui te plaît le plus.

LA NOUVELLE
Je suis la nouvelle naïve, excitée et intimidée.

L’ÉCRIVAIN
Je suis l’écrivain et je ne suis pas intéressé…

LA NOUVELLE
Une chance que je suis payée pour t’endurer pendant 24 heures.

L’ÉCRIVAIN
Pardon, mais j’ai surtout envie de savoir qui tu es…

LA NOUVELLE
Contente-toi de ce que je te donne.

Silence. La fille regarde par la fenêtre, distante, et le gars conduit, démotivé.

L’ÉCRIVAIN
Tu ne redeviens pas naïve, excitée et intimidée?

LA NOUVELLE
Laisse-moi quelques minutes…

À nouveau le silence, jusqu’à ce que le véhicule s’arrête dans un stationnement d’hôpital.

LA NOUVELLE
Pourquoi tu t’arrêtes ici?

L’ÉCRIVAIN
(mal à l’aise)
Je suis désolé pour ce qui va suivre…

Il détache sa ceinture.

SÉQUENCE 4 : LE CHOIX

SCÈNE 18 | EXT. CENTRE-VILLE / JOUR

Un dragon, qui n’a pas l’air vrai, attaque une ville avec ses flammes. Un camion de pompier arrive.

FEMME HYSTÉRIQUE
NOUS SOMMES SAUVÉS, SUPERPOMPIER ARRIVE!

Un pompier fier, musclé, beau, avec un tuyau entre les mains, sort du camion et fait face au dragon.

SUPER POMPIER
Y’a que moi qui peux chauffer les femmes!

La femme hystérique s’évanouit d’un cri très expressif.

SUPER POMPIER
Super pompier, défenseur de la veuve et du calendrier!

Il actionne son jet. Le dragon rivalise difficilement et décide d’évoluer en gros hamburger géant mal fait.

SUPER POMPIER
Non, pas la malbouffe, mon ennemi juré… TU AS TUÉ MA MÈRE ET RENDU FOU MON PÈRE!

Le pompier fonce vers l’ennemi sans son tuyau et le combat à mains nues.

SCÈNE 19 | INT. SALLE D’ATTENTE, HÔPITAL / SOIR

À la télévision, le combat entre le Superpompier et le hamburger mutant continue tandis que l’écrivain et la nouvelle attendent longuement. L’ambiance est ennuyante, tout comme les décors, les cadrages et les mouvements de caméra. L’écrivain regarde à terre, angoissé et la nouvelle l’observe, découragée.

LA NOUVELLE
Sache que je te trouve ridicule.

L’ÉCRIVAIN
Je veux juste être certain qu’il n’y a aucun risque.

LA NOUVELLE
Je fais toujours attention…

L’ÉCRIVAIN
Désolé, je préfère casser l’ambiance avec ma paranoïa…

LA NOUVELLE
Tu l’avais déjà cassée.

L’ÉCRIVAIN
Il faut toujours s’attendre à pire avec moi.
Un homme armé entre soudainement dans l’hôpital.

Le temps ralentit. L’homme crie sur les gens de la file d’attente en les menaçant avec son fusil, mais tous les sons sont coupés. L’écrivain se lève et court vers lui. Celui-ci se retourne et stupéfait, il lève son arme en sa direction. L’écrivain, très sérieux, continue de courir tandis que l’homme le menace, hystérique.

NARRATION DE L’ÉCRIVAIN
J’ai rêvé de ce moment toute ma vie, je deviendrais un héros même si je dois en mourir! Je leur montrerais que je les aime, que je les protégerais, que…

Un coup de feu retentit et l’écrivain s’écroule au sol.

NARRATION DE L’ÉCRIVAIN
… que je suis humain, que je suis faible, que je suis un bon à rien. C’est vraiment comme ça que je meurs? Non, c’est ridicule, je suis un HÉROS!

La scène recule, l’écrivain court à nouveau vers l’homme armé qui se prépare, confus et en colère, à tirer vers lui. Cette fois, il évite la balle, tord le fusil avec sa main droite, arrête un coup de poing et l’écrase dans sa main jusqu’à ce que l’homme armé s’écroule au sol plié par la douleur. La foule l’acclame.

NARRATION DE L’ÉCRIVAIN
Non, je les déteste, le héros est mort depuis longtemps.

La scène recule à nouveau au moment où l’écrivain court vers l’homme armé. Cette fois, après avoir couru au ralenti quelques secondes, il fait un mouvement de « stop » avec sa main et arrête de courir. Il regarde l’homme armé d’un air de reproche, de la même manière qu’une mère regarderait son fils qui vient de faire une bêtise. Puis, compatissant, il tend sa main vers l’arme et touche délicatement celui-ci.

L’ÉCRIVAIN
Tu as oublié d’enlever le cran de sûreté!

L’HOMME ARMÉ
Ah, merci.

L’homme armé sourit à l’écrivain et celui-ci fait de même.

L’ÉCRIVAIN
Y’a pas de quoi vieux…

L’homme armé tire sur les gens sous le regard attendrit de l’écrivain.

NARRATION DE L’ÉCRIVAIN
NON! Je suis un héros! Je… Ah, peu importe, je suis mort, c’est terminé.

Retour à la version de la scène où il agonise par terre.

NARRATION DE L’ÉCRIVAIN
Non, je… ne peux pas mourir… inutile!

Retour à l’hôpital, à la réalité, c’est toujours aussi plate et ennuyant.

LA NOUVELLE
Tu viens?

L’ÉCRIVAIN
C’est notre tour?

LA NOUVELLE
Oui…

Les deux se lèvent (l’écrivain devant et la nouvelle derrière qui traîne, lasse) et passent la porte.

SCÈNE 20 | INT. SALLE D’ATTENTE, HÔPITAL / SOIR

La caméra ne bouge pas, deux secondes d’attente, puis ils repassent la porte en sens inverse.

LA NOUVELLE
(renfrognée, en colère)
Voilà, t’es content?

L’ÉCRIVAIN
Pardon, c’était juste par précaution, pour toi comme pour moi.

LA NOUVELLE
C’est fait n’en parlons plus… allons baiser qu’on en finisse.

Ils se dirigent vers la sortie, la nouvelle marche plus vite, devant, restant très froide et distante.

L’ÉCRIVAIN
Désolé, je ne pensais pas que ça te dérangerait tant que…

La nouvelle attrape brusquement l’entrejambe de l’écrivain.

LA NOUVELLE
Tu n’as pas idée de la honte que j’ai d’être vue dans cette tenue!

L’ÉCRIVAIN
J’aurais dû y penser et t’apporter des vêtements de rechange!

LA NOUVELLE
Pourquoi t’aurais fait ça? Je ne suis qu’une pute! On va juste baiser, dix minutes peut-être le temps que t’éjacules. Et après, tu vas faire quoi des 23 heures qui restent? Me regarder? Me filmer? T’es un artiste? J’ai déjà fait du théâtre, veux-tu que j’en fasse avec ta queue dans ma bouche?

Elle se penche en descendant violemment le pantalon de l’écrivain en plein centre du corridor.

LA NOUVELLE
Tu préfères que je dise les chaussettes de l’archi duchesse sont-elles sèches ou archi sèches ou que…

L’ÉCRIVAIN
Arrête!

Gêné, il remonte vite son pantalon, attrape la nouvelle et l’amène dans l’ascenseur le plus près.

LA NOUVELLE
(faussement innocente)
Tu n’aimais pas mon idée?

L’ÉCRIVAIN
Non, je l’aimais bien, c’est plus le lieu qui me rend mal à l’aise.

LA NOUVELLE
(ironique en regardant l’entrejambe de l’écrivain)
J’ai vu ça.

L’ÉCRIVAIN
Inutile d’en rajouter.

LA NOUVELLE
Assume, tu m’as demandé d’être naturelle.

L’ÉCRIVAIN
J’aime ça pour vrai. C’est bien d’être original, surtout quand il est question de faire des jeux de rôle, d’écrire des histoires… de monter une entreprise.

LA NOUVELLE
Tu considères ton pénis comme une entreprise?

L’ÉCRIVAIN
Non…

Distant, il roule ses yeux dans ses orbites puis il sort de l’hôpital. Elle le suit.

SÉQUENCE 5 : LE RESTAURANT

SCÈNE 21 | EXT. STATIONNEMENT D’HÔPITAL / SOIR

Ils marchent un moment. Le vent souffle excessivement fort. L’écrivain avance comme si de rien n’était, stoïque, sombre, tandis que la prostituée se bat littéralement contre le vent. Derrière eux, un enfant malade est emporté par une bourrasque et des infirmières tentent en vain de le rattraper.

Ils remontent dans la voiture.

SCÈNE 22 | INT. VOITURE DE L’ÉCRIVAIN / SOIR

LA NOUVELLE
Est-ce que je peux mettre le chauffage?

L’écrivain ne répond rien, perdu dans ses pensées.

LA NOUVELLE
Bon, je vais prendre ça pour un oui…

Elle le met, n’attendant pas de signe de vie de sa part.

L’ÉCRIVAIN
(nerveux, avec une touche de mystère)
Est-ce que je peux t’inviter au restaurant?

LA NOUVELLE
(en visant sa craque de seins rehaussée par ses habits troués et provocants)
Je connais deux trois restaus bars miteux qui devraient me laisser rentrer…

L’ÉCRIVAIN
Ah oui, c’est vrai…

Il regarde à l’extérieur (la caméra suit le mouvement), puis il se retourne à nouveau vers la nouvelle.

Elle n’a plus la même tenue, elle porte à présent une belle robe de soie.

LA NOUVELLE
Ce n’était pas nécessaire.

L’ÉCRIVAIN
Elle te va très bien.

LA NOUVELLE
J’irai la rendre dès que nos « petites aventures » seront terminées…

L’ÉCRIVAIN
Non, c’est un cadeau.

LA NOUVELLE
C’est inutile d’être gentil avec moi.

L’ÉCRIVAIN
(distant)
Comme c’est inutile de me voir comme un quelconque « pervers »…

Il immobilise l’automobile et sort…

SCÈNE 23 | EXT. STATIONNEMENT D’UN RESTAURANT / SOIR

L’écrivain accroche une cannette et celle-ci est propulsée sur d’autres gens qui l’accrochent à leur tour. La trajectoire est sinueuse, mais elle s’approche de plus en plus d’un restaurant chic (mais pas trop).

SCÈNE 24 | INT. RESTAURANT CHIC ET MODERNE / SOIR

La cannette est propulsée dans le restaurant. L’un des serveurs la ramasse, la jette discrètement dans le recyclage, puis se dirige vers l’écrivain et la nouvelle pour les servir à leur table. Leur souper gastronomique est constitué de légumes frais et de pâtes qui ont l’air particulièrement délicieuses.

Cependant, seul l’écrivain a entamé la dégustation.

L’ÉCRIVAIN
Tu n’as pas faim?

LA NOUVELLE
Pas vraiment…

L’ÉCRIVAIN
(faiblissant)
Si tu n’aimes pas ça, je peux commander autre chose.

LA NOUVELLE
Non merci.

Silence.

L’ÉCRIVAIN
Leur salade de fruits est excellente…

LA NOUVELLE
(en souriant)
Tant pis, je n’ai plus faim.

L’écrivain s’obscurcit.

LA NOUVELLE
Bon, monsieur boude… c’est ça qui t’excite voir du monde manger?

L’ÉCRIVAIN
[gros plan]
Laisse tomber…

Retour au plan large, Maya (la future morte) a remplacé la nouvelle.

LA MORTE
(nerveuse)
Qu’est-ce que je fais ici?

L’ÉCRIVAIN
(blasé)
D’habitude, quand on va au restau, c’est pour manger.

LA MORTE
(sarcastique)
Merci, ça m’aide beaucoup que tu me mettes de la pression.

L’ÉCRIVAIN
Calme-toi, je vais manger ce que tu ne mangeras pas.

LA MORTE
(hargneuse)
Quel sacrifice héroïque!

L’ÉCRIVAIN
Je vote pour qu’on change de sujet… On fait honte à la St-Valentin!

LA MORTE
Pardon…

L’ÉCRIVAIN
Quoique ça reste drôle de gâcher la St-Valentin, on devrait en faire une tradition ou se contenter d’acheter des chocolats en spéciaux le lendemain!

La morte est sur le bord de pleurer, prise d’un excès de culpabilité.

L’ÉCRIVAIN
Arrête, pas ici…

LA MORTE
J’fais pas exprès…

L’ÉCRIVAIN
S’il te plaît, pas au restaurant…

LA MORTE
(ensanglantée, le regardant droit dans les yeux)
Pardon de te faire honte.

L’écrivain se lève brusquement, traumatisé par le sang qui la recouvre.

L’ÉCRIVAIN
Qu’est-ce qu…

LA MORTE
Tu ne le vois pas, je suis morte.

L’écrivain se rassoit tranquillement devant la nouvelle, perdu dans ses pensées.

LA NOUVELLE
Ça va?

L’ÉCRIVAIN
Non, mais peu importe… je suppose que c’est réciproque.

LA NOUVELLE
J’ai connu pire qu’une belle robe et un souper au restau.

L’ÉCRIVAIN
(sourit)
C’est déjà ça…

LA NOUVELLE
Woah, t’ai-je vraiment fait sourire? Je commençais à perdre espoir.

L’ÉCRIVAIN
Peut-être…

LA NOUVELLE
Tu me demandes d’être moi-même, mais j’ai rarement connu de gars plus mystérieux que toi. Ça se joue à deux ce petit jeu-là. Laisse-toi aller un peu…

L’ÉCRIVAIN
J’essaie toujours d’être moi-même ne serait-ce qu’un peu… même si je suis insupportable et que ça me donne envie de me tirer une balle dans tête.

LA NOUVELLE
Tu l’es à quel pourcentage?

L’ÉCRIVAIN
Un peu plus que d’habitude.

LA NOUVELLE
Moi aussi. Ça doit être le vieux morceau de cantaloup qui s’est perdu dans nos pâtes à 50 piastres!

L’ÉCRIVAIN
Ça ne peut être que ça!

LA NOUVELLE
Je fais des meilleures pâtes pour 2 $. Ma spécialité : les pâtes à rien pantoute!

Léger silence, l’écrivain prend une bouchée.

LA NOUVELLE
T’as prévu quoi pour la suite? Un spectacle d’opéra en première loge?

L’ÉCRIVAIN
Un dessert?

LA NOUVELLE
Un gâteau au fromage à deux?

L’ÉCRIVAIN
C’est à ce moment précis que tu découvres mon caractère dédaigneux…

LA NOUVELLE
J’avais déjà remarqué.

L’ÉCRIVAIN
Je suppose que ça se négocie si tu me dis que tu vas en manger…

LA NOUVELLE
Soitte mon cher, mais seulement si tu manges dans le même bol que moi.

L’ÉCRIVAIN
Cruelle…

LA NOUVELLE
(coquine)
Juste un peu.

L’ÉCRIVAIN
Après, est-ce que tu aimerais aller au ciné…

L’un des murs se fait soudainement défoncer et des commandos de l’armée encerclent le périmètre. Tous les civils se sauvent, sauf l’écrivain qui reste là pour les regarder. Derrière lui, un autre mur s’écroule et la nouvelle revient vite le chercher. Ils sortent du plan pour leur sécurité et les deux armées s’affrontent.

Tout est surréaliste, personne n’a l’air de se tirer dessus pour vrai, mais plein de soldats meurent quand même. L’un d’eux semble être mis en évidence, surtout qu’il est l’un des seuls survivants. Hystérique et en colère, il achève sadiquement tous les ennemis en insistant longuement sur le dernier. Il lui enfonce plusieurs fois son arme dans le corps, comme si l’ennemi n’était pas mort au premier coup.

SOLDAT HÉROÏQUE
J’ai promis à ma femme que je reviendrais! JE LUI AI PROMIS!

Il pleure en continuant de fracasser le cadavre. Finalement, il reprend son souffle et remarque, stupéfait, que son camp a gagné. Ses alliés et lui se câlinent joyeusement en festoyant au milieu des cadavres. Des ballons se mettent à tomber du plafond, un clown surgit avec un gâteau et tout le monde se met à danser avec une troupe de danseuses qui entre dans le restaurant en jonglant avec des petits chiens mignons.

SCÈNE 25 | PETITE MAISON DANS LA CAMPAGNE / JOUR

Le soldat héroïque est avec sa famille, souriant à sa femme et tenant son enfant. Travelling arrière lent sur un décor ensoleillé, musique joyeuse et générique de fin avec un fondu au noir trop lent pour rien.

Générique :

Acteur principal………………..Celui que vous avez vu dans les magazines
Réalisateur….Celui dont vous connaissez au moins le nom et les oeuvres
Scénariste…………………..Celui que… celui qui est au moins au générique
Monteur……..Celui qui… heu, l’homme invisible dont tout le reste dépend

SÉQUENCE 6 : HAPPY END

SCÈNE 26 | INT. CINÉMA / SOIR

L’ÉCRIVAIN
Je hais ce genre de film.

LA NOUVELLE
C’est toi qui l’as choisi…

L’ÉCRIVAIN
Je sais, je l’ai choisi seulement pour le haïr.

LA NOUVELLE
Tu l’avais déjà vu?

L’ÉCRIVAIN
Peu importe, le happy end est ridicule.

LA NOUVELLE
Tous les happy ends sont ridicules.

L’ÉCRIVAIN
Je hais aussi les généralisations.

LA NOUVELLE
Il y a quelque chose que tu ne hais pas?

L’ÉCRIVAIN
Non.

LA NOUVELLE
Tu dois au moins aimer le sexe…

L’ÉCRIVAIN
Pas tout à fait…

LA NOUVELLE
C’est pour ça que tu me payes 2000$?

L’ÉCRIVAIN
(sarcastique)
C’est sûr que nous sommes en ce moment même en train de faire l’amour…

LA NOUVELLE
Si tu veux, je replonge dans mon personnage et on fait ça ici.

L’ÉCRIVAIN
J’aime mieux critiquer le film…

LA NOUVELLE
Tu as de drôles de priorités.

L’ÉCRIVAIN
Ou un restant de principes.

LA NOUVELLE
Est-ce qu’on va baiser oui ou non?

L’ÉCRIVAIN
Une chose à la fois.

LA NOUVELLE
Bon ben, vas-y, critique le film qu’on passe vite à autre chose…

L’ÉCRIVAIN
J’ai terminé.

LA NOUVELLE
Je ne t’engagerai jamais comme critique d’arts.

L’ÉCRIVAIN
Je hais critiquer…

LA NOUVELLE
Tu vas me donner mal à la tête.

L’ÉCRIVAIN
Pardon.

LA NOUVELLE
As-tu peur de dire ce que tu penses?

L’ÉCRIVAIN
C’est plus compliqué…

LA NOUVELLE
C’est surtout franchement ennuyant.

L’ÉCRIVAIN
Je sais… vaut mieux ne pas insister et passer à la prochaine étape.

LA NOUVELLE
Explique-toi avant que je t’accuse d’avoir gaspillé deux heures de notre temps.

L’ÉCRIVAIN
Je ne veux pas « t’ennuyer »…

LA NOUVELLE
Je t’écoute.

L’ÉCRIVAIN
Non.

LA NOUVELLE
Oui.

L’ÉCRIVAIN
L’écoute rend sourd.

LA NOUVELLE
T’en as d’autres des comme ça?

L’ÉCRIVAIN
(distant)
Qui croit connaître ne connaît plus.

LA NOUVELLE
(se retenant de rire)
Mais encore?

L’ÉCRIVAIN
La vie, c’est comme un pénis en érection, il faut la prendre en main.

LA NOUVELLE
(surprise)
Elle est de toi celle-là?

L’ÉCRIVAIN
Les deux premières oui, la troisième, elle est de ma…

LA NOUVELLE
De ta…?

L’ÉCRIVAIN
(renfermé)
J’en ai marre de parler…

LA NOUVELLE
Je ne bougerai pas d’ici tant que tu ne m’auras pas dit ton avis sur le film.

Ils attendent un moment.

La caméra recule et le fou est à côté d’eux.

LE FOU
C’est long.

L’ÉCRIVAIN
Elle va se fatiguer avant moi.

LE FOU
Bah, utilise ta doublure…

L’écrivain roule ses yeux dans ses orbites, se lève et part pour laisser entrer l’autre lui.

LA NOUVELLE
Ça fait partie de tes passe-temps de perdre ton temps?

L’ÉCRIVAIN
Tu l’auras voulu…
(petite pause)
Je n’aime pas les films qui tuent des centaines de personnages et qui finissent en banalisant tout ce qui s’est passé avec une petite scène d’amour gaga. J’aime encore moins quand il y a des héros qui tuent des méchants ; c’est totalement ridicule face à ce qu’est réellement un être humain. Un happy end avec un ennemi qui meure, je n’y crois pas… Ça sonne faux, c’est incomplet. Pour que ce soit une vraie fin heureuse, ça doit bien finir pour tout le monde.

La nouvelle l’embrasse… gros plan sur leurs lèvres et l’écrivain qui finit par s’éloigner.

SÉQUENCE 7 : LES AUTRES

SCÈNE 27 | EXT. HAUT D’UNE FALAISE / SOIR

Retour au plan large, les deux protagonistes sont maintenant assis sur le bord d’une falaise.

L’ÉCRIVAIN
Arrête…

LA NOUVELLE
Tu m’ennuyais.

L’ÉCRIVAIN
Je sais, je suis rarement intéressant.

LA NOUVELLE
Qu’est-ce que t’attends de moi exactement? Si tu m’as fait passer des tests en m’humiliant à l’hôpital, c’était sûrement pas juste pour me parler!

L’ÉCRIVAIN
Ne sous-estime pas ma stupidité.

LA NOUVELLE
Tu m’amènes dans un lieu romantique et tu ne veux même pas une petite pipe?

L’ÉCRIVAIN
C’est potentiellement bien ici, on peut admirer la bêtise humaine sans la subir…

LA NOUVELLE
La pollution se rend jusqu’ici.

L’ÉCRIVAIN
Moi qui tentais une généralisation… pour une fois.

LA NOUVELLE
Pauvre petit, j’ai gâché ton effort de socialisation…

L’ÉCRIVAIN
Tu l’aimes toi, ce monde?

LA NOUVELLE
Non… et toi?

L’ÉCRIVAIN
Presque.

LA NOUVELLE
Je m’attendais à une réponse plus négative…

L’ÉCRIVAIN
Je suppose qu’il y aurait moyen de régler la plupart de nos problèmes.

LA NOUVELLE
N’en demande pas trop, le peuple est trop occupé avec la poule aux oeufs d’or!

L’ÉCRIVAIN
Notre lâcheté m’étonnera toujours.

LA NOUVELLE
Moi aussi.

L’ÉCRIVAIN
Et nous sommes tous les deux encore plus lâches qu’eux.

LA NOUVELLE
J’ai essayé à une époque de changer les choses. Tu peux contempler où ça m’a mené.

L’ÉCRIVAIN
Dans une robe à 1 000 $?

LA NOUVELLE
Comme si j’allais avoir d’autres occasions de la mettre…

L’ÉCRIVAIN
Tu la déchireras un peu et ça fera l’affaire.

LA NOUVELLE
C’est là que je pourrais faire semblant d’être outrée juste pour être mignonne.

L’ÉCRIVAIN
Effectivement…

LA NOUVELLE
(en boudant)
Je suis outrée.

L’ÉCRIVAIN
Ah…

LA NOUVELLE
Je le suis toujours…

L’ÉCRIVAIN
Je suis censé faire quoi?

LA NOUVELLE
Improvise.

Il ne fait rien.

LA NOUVELLE
Tu ne sais pas jouer ou quoi?

L’ÉCRIVAIN
Oui… je… je t’attaque.

Il ne bouge pas.

LA NOUVELLE
Tu le fais ou pas?

Il attend quelques secondes, puis il va derrière la nouvelle pour l’entourer de ses bras.

L’ÉCRIVAIN
Tu ne peux plus te déprendre.

LA NOUVELLE
Ça ne m’empêchera pas de bouder.

Il serre fort.

L’ÉCRIVAIN
Ma chère, seriez-vous d’accord pour arrêter de bouder?

LA NOUVELLE
Oui! Arrête!

L’ÉCRIVAIN
Déprends-toi!

LA NOUVELLE
Qu’est-ce qui te prend?

L’ÉCRIVAIN
C’est ça le jeu, déprends-toi!

LA NOUVELLE
(n’aimant pas cela du tout)
LÂCHE-MOI!

Elle donne un coup de tête par-derrière, fracasse celle de l’écrivain, l’étourdit et se déprend.

L’ÉCRIVAIN
(sourit)
Tu vois que tu peux y arriver…

LA NOUVELLE
C’est ça que t’appelles « jouer »?

L’ÉCRIVAIN
Ne t’en fais pas, je ne te veux aucun mal.

LA NOUVELLE
Au moins tu m’as enfin touché… Mais répond quand même à ma question, pourquoi je suis ici? Qu’est-ce que tu me veux? Sois franc ou je m’en vais.

L’ÉCRIVAIN
Je veux te sauver.

SCÈNE 28 | INT. BAR / SOIR

Le soûl vomit dans une toilette.

SCÈNE 29 | EXT. SUR LE BORD D’UNE FALAISE / SOIR

LA NOUVELLE
(sceptique)
Heu?

L’ÉCRIVAIN
Oui…

LA NOUVELLE
(sarcastique)
Yeah, je suis tombée sur un bon samaritain!

L’ÉCRIVAIN
Je veux seulement « essayer » de t’aider.

LA NOUVELLE
Oublis ça…

L’ÉCRIVAIN
À la fin des 24 heures, je te donnerais un plan d’affaires que tu pourras utiliser à ta guise.

LA NOUVELLE
Tu es certain de ne pas être un psychopathe ou une sorte de tueur en série?

L’ÉCRIVAIN
Non.

LA NOUVELLE
(découragée)
Tu aurais peut-être dû répondre oui…

L’ÉCRIVAIN
Ta réaction explique pourquoi je voulais attendre avant d’en parler.

LA NOUVELLE
C’est ridicule, tu ne me connais même pas!

L’ÉCRIVAIN
Tu t’appelles Sha, tu étais éditrice.

LA NOUVELLE
Tu commences sérieusement à me faire peur…

L’ÉCRIVAIN
Peu importe… c’est toi que j’ai choisi pour ma dernière tentative.

LA NOUVELLE
C’est-à-dire?

L’écrivain se lève et s’approche du bord de la falaise.

L’ÉCRIVAIN
Si j’échoue avec toi, je me tuerais.

LA NOUVELLE
Je te conseille de le faire tout de suite, tu perds ton temps avec moi.

L’ÉCRIVAIN
Je suis du genre têtu. Suicidaire, mais têtu.

LA NOUVELLE
Oublis ça et allons baiser.

L’écrivain regarde l’horizon un moment, l’air pensif et terne. Puis, il se retourne vers elle.

L’ÉCRIVAIN
Dans une douche, ça te va?

LA NOUVELLE
Oui.

L’ÉCRIVAIN
Et sans… pénétration…

LA NOUVELLE
Un suicidaire qui a peur d’attraper des MTS…

L’ÉCRIVAIN
Et qui n’aime pas la sensation du latex.

LA NOUVELLE
Il n’y a définitivement rien que tu aimes.

L’ÉCRIVAIN
J’aime bien les bleuets… et… et… c’est tout.

LA NOUVELLE
Ne me dis pas que tu es sûr d’aimer ça?

L’ÉCRIVAIN
Oui, j’en suis potentiellement sûr.

LA NOUVELLE
Arrête, je vais croire que tu es peut-être un humain ordinaire…

L’ÉCRIVAIN
Ne te méprends pas sur mon compte… encore moins sur le leur.

L’écrivain observe la ville tout en bas.

LA NOUVELLE
Je n’essaie même plus de te comprendre…

L’ÉCRIVAIN
Ça fait partie du plan, je dois te présenter trois personnes en particulier.

SÉQUENCE 8 : QUATRE

SCÈNE 30 | EXT. DEVANT UN BLOC-APPARTEMENT / SOIR

Le décor s’estompe et un bloc-appartement apparaît devant eux.

L’ÉCRIVAIN
Viens…

Il entre, elle le suit.

SCÈNE 31 | INT. CORRIDOR / SOIR

Ils marchent vers l’une des portes.

L’ÉCRIVAIN
Le premier, c’est le colosse.

SCÈNE 32 | INT. APPARTEMENT DU COLOSSE / SOIR

Le colosse est assis sur son divan. Il fixe le mur, l’air terne, triste et vide.

NARRATION DE L’ÉCRIVAIN
Il est encore plus solitaire que moi. Je ne l’ai jamais entendu prononcer le moindre mot en dehors de son travail. Il est comptable, il fait littéralement des miracles avec les chiffres. Je lui ai déjà touché quelques mots à propos du plan d’affaires et de ta venue. Il n’a rien dit, mais je suis sûr que ça lui ferait plaisir.

SCÈNE 33 | INT. CORRIDOR / SOIR

Retour à l’écrivain et la nouvelle

LA NOUVELLE
Ne t’ai-je pas subtilement demandé de laisser tomber?

L’ÉCRIVAIN
Le deuxième…

SCÈNE 34 | INT. APPARTEMENT DU PEINTRE / SOIR

Le peintre s’évertue à continuer sa toile géante presque terminée.

NARRATION DE L’ÉCRIVAIN
… c’est le peintre. Il tente de terminer sa toile avant de mourir. Il pourrait certainement vivre longtemps, mais sa condition de sidéen lui inspire seulement de vivre dans l’intensité du moment. Je lui ai fait la promesse de promouvoir sa toile d’une manière ou d’une autre s’il venait à ne plus pouvoir le faire lui-même. Cette promesse, c’est naturellement à toi qu’elle reviendrait.

VOIX DE LA NOUVELLE
Je n’en veux pas…

SCÈNE 35 | INT. CORRIDOR / SOIR

L’ÉCRIVAIN
Tu en ferais ce que tu veux.

LA NOUVELLE
C’est drôle cette manie que tu as d’employer le conditionnel au lieu du futur…

L’ÉCRIVAIN
C’est un toc.

LA NOUVELLE
J’aimerais bien lire un de tes textes un de ces jours, ça doit être plein d’incongruités de toute sorte! Le Molière des temps modernes…

L’ÉCRIVAIN

LA NOUVELLE
Bon, je reste concentrée, je ne voudrais surtout pas nuire à l’ambiance EXCESSIVEMENT LOURDE que tu te plais à nous imposer!
(plus dramatique, jouant le jeu)
Ce ne serait pas mieux d’encourager « le peintre » à suivre un quelconque traitement?

L’ÉCRIVAIN
Y’accepte pas ce qui l’a condamné à contracter le Sida. C’est une longue histoire… J’ai arrêté de me battre avec lui.

LA NOUVELLE

L’ÉCRIVAIN
Le troisième…

Il regarde la porte.

L’ÉCRIVAIN
Il n’est pas là… Tant pis, il est temps pour nous de baiser dans la douche!

Il repart en se dirigeant vers une quatrième porte, la sienne.

LA NOUVELLE
(sarcastique)
Un comptable muet, un peintre mourant et un troisième que tu éclipses complètement… Merci pour cette belle équipe, c’est sûr que ça m’aidera!

L’ÉCRIVAIN
Je ne sais pas encore si c’est une bonne idée d’inclure le troisième dans le plan.
(dramatique)
Monsieur est amoureux.

LA NOUVELLE
Tu as raison, brûlons-le!

L’ÉCRIVAIN
(sourit)
Tu me voles les mots de la bouche.

LA NOUVELLE
Sérieusement…

L’ÉCRIVAIN
Il est rustre et alcoolique.

LA NOUVELLE
Yeah, il va me rappeler la grande majorité de mes clients!

L’ÉCRIVAIN
On va dire qu’il n’est plus dans la nouvelle version.

Il déverrouille sa porte et l’ouvre pour galamment laisser passer Sha.

L’ÉCRIVAIN
Voici mon chez-moi…

SÉQUENCE 9 : LA NUIT

SCÈNE 36 | INT. APPARTEMENT DE L’ÉCRIVAIN / SOIR

Ils entrent.

LA NOUVELLE
Tu ne me fais pas une petite description de toi, monsieur le quatrième?

L’ÉCRIVAIN
(en haussant les épaules)
Je suis l’écrivain.

LA NOUVELLE
Tes romans doivent être palpitants!

L’ÉCRIVAIN
(en cherchant dans le réfrigérateur)
J’ai ma petite communauté de fans qui m’envoient des photos cochonnes en guise de paiement. Bref, je peux définitivement dire que je vis de mon art.

LA NOUVELLE
Tu devrais t’ajouter dans ton plan, tu serais déjà plus qualifié que tes trois phénomènes. Pas que je veule les dénigrer, mais… oui, je les dénigre.

L’ÉCRIVAIN
Je suis le roi des échecs.

LA NOUVELLE
Moi de même. On devrait les comparer pour savoir qui a la plus grosse!

L’ÉCRIVAIN
(après avoir calé un litre de jus de bleuets)
T’en veux?

LA NOUVELLE
T’aurais pas du vin? Il va me falloir du carburant si tu me payes 2000 $ que pour parler.

L’écrivain change son divan en lit et s’y met à son aise.

L’ÉCRIVAIN
Non… mais je te dispense de parler si tu « vois ce que je veux dire ».

LA NOUVELLE
Je peux enfin retourner à mon personnage.

Elle monte sur le lit.

L’ÉCRIVAIN
Non, je suis juste fatigué…

LA NOUVELLE
Alléluia, moi aussi.

Elle se couche à côté de lui.

L’ÉCRIVAIN
Qu’est-ce qui t’animait dans le métier d’éditrice?

LA NOUVELLE
Pourquoi détestes-tu l’amour?

Léger silence.

L’ÉCRIVAIN
C’est stupide aimer, ça rend méchant et ça finit par tout gâcher.

LA NOUVELLE
J’ai l’impression d’entendre un raisonnement d’enfant.

L’ÉCRIVAIN
Je hais les résumés, mais l’amour me rend trop amer pour que je prenne le temps de l’expliquer.

Léger silence.

LA NOUVELLE
Moi, j’attends de rencontrer quelqu’un de bien.

L’ÉCRIVAIN
Parle-moi plutôt de ta maison d’édition, s’il te plaît.

LA NOUVELLE
(sarcastique… bien que ça devient redondant de le préciser à chaque fois)
Comme c’est plaisant de parler avec toi…

L’ÉCRIVAIN
Je sais.

LA NOUVELLE
Je voulais apporter un renouveau dans le domaine, un élan d’honnêteté cru et d’idées farfelues. Mais tu dois déjà le savoir puisque tu as espionné ma vie.

L’ÉCRIVAIN
Tu t’étais rendue jusqu’où?

LA NOUVELLE
Je n’ai pas eu de prêts, fin de l’histoire.

L’ÉCRIVAIN
Le plan n’en demande aucun.

LA NOUVELLE
Dis-moi beau magicien, avec quel argent vais-je éditer les premiers livres?

L’ÉCRIVAIN
À l’unité…

LA NOUVELLE
C’est censé répondre à ma question?

L’ÉCRIVAIN
Tu vas comprendre en lisant le plan.

LA NOUVELLE
« Si » je daigne le lire.

L’ÉCRIVAIN
Il me reste quelques heures pour te convaincre.

LA NOUVELLE
C’est inutile.

L’ÉCRIVAIN
Toujours partante pour la douche?

LA NOUVELLE
Tu le penses vraiment ou c’est juste pour changer de sujet?

L’ÉCRIVAIN
Je ne sais pas trop.

La tension monte, les deux compatriotes restent silencieux un moment.

LA NOUVELLE
Alors… heu… rejoins-moi dans deux minutes.

L’ÉCRIVAIN
Attends… Est-ce que tu en as envie?

LA NOUVELLE
L’important, c’est que toi tu en aies envie. Ça fait partie du concept du 2000 $.

L’ÉCRIVAIN
Je ne le ferais pas si tu ne le veux pas.

LA NOUVELLE
Arrête de réfléchir à coup de double négation et fais ce que tu veux de moi…

SCÈNE 37 | INT. DOUCHE / SOIR

Les deux s’enlacent tendrement dans la douche.

SCÈNE 38 | INT. APPARTEMENT DE L’ÉCRIVAIN / SOIR

De retour à la réalité, toujours sur le lit.

L’ÉCRIVAIN
Non, je ne ferais rien sans ton accord.

LA NOUVELLE
Dit celui qui s’amuse à m’écrire un plan d’affaires.

L’ÉCRIVAIN
Je ne te les impose pas.

LA NOUVELLE
Viens, on y va…

SCÈNE 39 | INT. DOUCHE / SOIR

Les deux s’enlacent à nouveau dans la douche… et vont de plus en plus loin.

SCÈNE 40 | INT. APPARTEMENT DE L’ÉCRIVAIN / SOIR

Autre retour à la réalité.

L’ÉCRIVAIN
Non.

LA NOUVELLE
Tu ne me trouves pas belle?

L’ÉCRIVAIN
Tu es parfaite… et moi, suis-je assez beau?

LA NOUVELLE
Oui… assez…

L’ÉCRIVAIN
Juste assez?

LA NOUVELLE
Pour ce que j’ai vu, tu es beau.

L’ÉCRIVAIN
C’est ça, mets-moi de la pression…

LA NOUVELLE
Puis-je voir le reste, s’il te plaît?

Elle s’approche, à nouveau dans son personnage de prostituée.

SCÈNE 41 | INT. DOUCHE / SOIR

Retour à la douche, ils se pénètrent sauvagement. L’écrivain se laisse enfin aller, l’amenant au septième ciel en oubliant tous ses tocs et ses phobies. Sha ne cesse de gémir, oubliant qu’il s’agit de son travail, les interminables préliminaires lui étant montés à la tête. L’écrivain revit, l’appartement en tremble.

Le colosse, le peintre et le soûl (l’amoureux) vont les rejoindre, tous les trois nus.

SCÈNE 42 | INT. APPARTEMENT DE L’ÉCRIVAIN / SOIR

Troisième retour à la réalité.

La main de la nouvelle s’approche de son visage et il la repousse presque violemment.

L’ÉCRIVAIN
Arrête s’il te plaît…

LA NOUVELLE
Calme-toi, je plaisantais.

Il se retourne pour être dos à elle.

L’ÉCRIVAIN
Bonne nuit.

LA NOUVELLE
C’est tout? Juste un « bonne nuit »?

L’ÉCRIVAIN
Demain risque d’être une journée merdique, vaut mieux se reposer.

LA NOUVELLE
Je peux enlever ma robe pour dormir ou c’est trop pour ta chasteté?

L’ÉCRIVAIN
Oui.

LA NOUVELLE
Oui c’est trop ou oui je peux l’enlever?

L’ÉCRIVAIN
D’après toi…

Elle enlève sa robe, le regarde un instant, se retourne elle aussi et ferme les yeux.

SCÈNE 43 | INT. APPARTEMENT DE L’ÉCRIVAIN / NUIT

Elle rouvre les yeux parce que des bris et des sacres fusent dans l’appartement d’à côté, puis se rendort.

SÉQUENCE 10 : NE MEURS PAS

SCÈNE 44 | INT. APPARTEMENT DE L’ÉCRIVAIN / MATIN

L’écrivain regarde Sha, pensif, toujours couché dans le divan-lit.

LA NOUVELLE
(les yeux fermés)
T’es pas tanné de me dévisager?

L’ÉCRIVAIN
Non.

LA NOUVELLE
Laisse-moi au moins le temps de m’arranger un peu.

L’ÉCRIVAIN
Pas besoin, tu n’as rien perdu de ta perfection d’hier.

LA NOUVELLE
Beau parleur, petit faiseur.

L’ÉCRIVAIN
Si tu le prends comme ça.

Il l’enlace dans ses bras.

LA NOUVELLE
Tu vois, ça ne t’a pas tué.

L’ÉCRIVAIN
Ça ne te répugne pas?

LA NOUVELLE
Non…

L’ÉCRIVAIN
Et d’habitude, ça te répugne?

LA NOUVELLE
C’est le matin, je ne parle jamais de mon métier le matin…

L’écrivain se décolle et se lève tout habillé.

LA NOUVELLE
Tu n’aimerais pas mieux qu’on reste couché?

L’ÉCRIVAIN
Je préfère ne pas trop m’égarer.

LA NOUVELLE
Dommage…

L’ÉCRIVAIN
Dois-je rappeler que j’ai grosso modo prévu de me pendre aujourd’hui?

LA NOUVELLE
Tu comptes vraiment le faire?

L’ÉCRIVAIN
Oui…

LA NOUVELLE

L’ÉCRIVAIN
Je n’aurais pas dû t’en parler… Oublis ça et concentre-toi sur le plan.

LA NOUVELLE
Facile à dire! J’ai la vie d’un gars frigide entre les mains!

L’ÉCRIVAIN
Je vais le faire que tu acceptes mon plan ou pas. Je suis fatigué.

LA NOUVELLE
Je vais le lire ton plan… mais parle-moi un peu de toi avant.

L’ÉCRIVAIN
Non.

LA NOUVELLE
Tu t’y connais en entreprise?

L’ÉCRIVAIN
Je suis écrivain, j’ai l’habitude de bâtir des choses qui n’ont pas de sens.

LA NOUVELLE
Tu écris quoi?

L’ÉCRIVAIN
Peu importe…

LA NOUVELLE
Si le plan fonctionne, et si j’aime ce que tu écris, je pourrais…

L’ÉCRIVAIN
(la coupant)
Peu importe, je serai mort.

LA NOUVELLE
Et si… je dis bien si… j’avais envie de faire ton plan seulement si tu es là.

L’ÉCRIVAIN
Je finirais par te nuire.

LA NOUVELLE
J’ai abandonné parce que j’étais seule, les prêts n’ont rien à voir.

L’ÉCRIVAIN
Les trois autres seraient là pour ça.

LA NOUVELLE
Tant pis, je vais te le dire autrement : ne te tue pas, je… je tiens à toi!

L’ÉCRIVAIN
Arrête…

La nouvelle se lève et enfile sa robe.

LA NOUVELLE
(en colère)
Tu n’as pas le droit de rallumer la flamme et de m’abandonner tout de suite après! Sur ce, salut et adieu, j’ai des millions de pénis pas toujours propres qui m’attendent! Bonne chance dans ta future pendaison! Essaie de ne pas te rater.

Elle s’en va, mais l’écrivain la retient en lui attrapant le bras.

L’ÉCRIVAIN
Attends, tu oublies le plan d’affaires…

LA NOUVELLE
(en se déprenant violemment)
Laisse-moi tranquille avec ton ramassis de faux espoirs!

L’écrivain prend un dossier sur la table de chevet et lui tend.

L’ÉCRIVAIN
Prends-le, au cas où.

Elle le prend.

LA NOUVELLE
J’accepte seulement pour que tu me laisses partir.

L’ÉCRIVAIN
Désolé d’avance, j’ai conscience que ça te semblera utopique et totalement dérisoire. N’oublie juste pas que ta manière de vivre, c’est aussi un suicide…

LA NOUVELLE
Ne parle pas de ce que tu ne connais pas.

L’ÉCRIVAIN
As-tu l’impression de vivre depuis que tu as abandonné?

LA NOUVELLE
Non.

Léger silence.

L’ÉCRIVAIN
J’ai passé ma vie à entretenir des rêves pour plein de gens qui ont fini par tout abandonner et disparaître. J’avais fait des plans merveilleux menant au plus formidable des happy ends… Je me suis ramassé tout seul dans une merde pas croyable, sans argent, sans emploi, sans avenir. C’était l’enfer, mais au moins, je me sentais en vie… d’une manière interposée et malsaine… mais vivant.

LA NOUVELLE
Tu aurais dû entretenir tes propres rêves.

L’ÉCRIVAIN
Sha, peux-tu au moins me promettre que tu le liras?

LA NOUVELLE
Tu dis que tu es « fatigué », mais tu continues d’insister…

L’ÉCRIVAIN
C’est plus fort que moi.

LA NOUVELLE
Tu y crois encore…

L’ÉCRIVAIN
Je n’ai pas envie de mourir en étant inutile.

LA NOUVELLE
Je serai donc celle qui t’achèvera.

L’ÉCRIVAIN
Ça n’a aucun rapport… Je ne crois juste plus au bonheur. On aurait beau me le servir sur un plateau, je préférerais quand même en finir. Je suis passé date.

LA NOUVELLE
Penses-y, et si le bonheur était un plateau de bleuets?

L’ÉCRIVAIN
Ça se négocie… bios ou remplis de pesticides et d’OGMs?

LA NOUVELLE
(sourit)
Tu es vraiment tordu.

L’ÉCRIVAN
(rêveur, en allant boire une gorgée de jus de bleuets)
Avant je voulais sauver le monde… Je voulais montrer que la réalisation personnelle n’est pas juste une histoire de passe-temps. J’aurais aimé offrir des alternatives à l’assimilation bancale de la société qui pense juste à l’argent, à la compétition pis à toutes ces autres belles valeurs des revers du capitalisme.

LA NOUVELLE
Ce n’est pas trop tard…

L’ÉCRIVAIN
Ça l’est.

LA NOUVELLE
Parce que tu es jeune et en bonne santé?

L’ÉCRIVAIN
Parce que je n’ai pas réussi à la sauver…

LA NOUVELLE
Qui?

L’ÉCRIVAIN
(en souriant ironiquement)
Aussi bien en parler, ça va me donner de l’énergie pour me…

LA NOUVELLE
Contente-toi de répondre à ma question, et de me donner du jus de bleuets.

L’ÉCRIVAIN
(en lui donnant la bouteille)
C’était mon héroïne, le personnage principal de ma vie.

LA NOUVELLE
Bref, c’était ta copine.

L’ÉCRIVAIN
C’était plus que ça… et sans elle, j’ai perdu l’idée maîtresse de mon « histoire ».

LA NOUVELLE
Elle a eu un accident?

L’ÉCRIVAIN
Non… elle était malade.

LA NOUVELLE
À moins d’être médecin, druide, shaman, alchimiste, ou de croire aux contes de fées, je ne vois pas trop comment tu aurais pu la sauver…

L’ÉCRIVAIN
(les larmes aux yeux)
J’ai été impuissant, j’ai juste empiré la situation.

LA NOUVELLE
Entre-toi ça dans le crâne : tu ne pouvais rien faire.

L’ÉCRIVAIN
Je… je ne crois pas en l’impossible…

L’ambiance s’obscurcit à la manière d’une bande dessinée. Le vent souffle fort et le tonnerre grogne.

Le regard de l’écrivain change, devient puissant.

LA NOUVELLE
Personne n’échappe à la mort.

L’ÉCRIVAIN
Oui, moi j’y échapperai. Je dépasserai toutes les limites.

LA NOUVELLE
Tu vas surtout te suicider.

L’ÉCRIVAIN
(perdant toute son assurance)
TAIS-TOI! Je me suis battu sans relâche, j’en suis devenu ridicule à force de croire en l’impossible. Je… Je… Laisse tomber. Va-t’en s’il te plaît.

L’écrivain ouvre la porte et l’entraîne à l’extérieur.

L’ÉCRIVAIN
Adieu.

LA NOUVELLE
Attends!

Il ferme la porte, mais elle met son pied juste à temps.

LA NOUVELLE
J’ai envie de croire en l’impossible moi aussi. J’ai besoin de toi!

L’ÉCRIVAIN
Enlève ton pied, j’aimerais mieux éviter de te faire mal.

LA NOUVELLE
Tu penses que tu fais quoi en rallumant la flamme avant de la rééteindre?

L’ÉCRIVAIN
Enlève-le.

LA NOUVELLE
Accepte ce que tu ne peux changer et change ce qui peut l’être!

L’ÉCRIVAIN
Tu veux m’achever en citant la Bible?

LA NOUVELLE
Je ne t’abandonnerai jamais, je serai toujours là pour toi!

Sha réussit à entrer. L’écrivain capitule…

L’ÉCRIVAIN
J’aime mieux cette parole… même si j’ai une sensation de déjà vu.

Exténuée, Sha le prend dans ses bras.

LA NOUVELLE
Je suis en train de tomber en amour avec le pire des tordus.

L’ÉCRIVAIN
Et moi avec une fille qui suce pour ne plus être elle-même.

Silence romantique. Un ninja surgit (subtilement) et les poignarde tous les deux.

Le temps recule, retournant dans la réalité.

L’ÉCRIVAIN
Enlève ton pied, j’aimerais mieux éviter de te faire mal.

LA NOUVELLE
Tu penses que tu fais quoi en rallumant la flamme avant de la rééteindre?

L’ÉCRIVAIN
La mort a gagné, le possible m’a rattrapé. Je suis fatigué… adieu.

Il écrase le pied de Sha, ferme la porte, la verrouille, puis s’empresse de mettre sa musique.

Il l’augmente au maximum, ne voulant plus rien entendre.

SÉQUENCE 11 : LE REGRET

SCÈNE 45| INT. CORRIDOR / MATIN

La nouvelle frappe la porte en criant des mots inaudibles.

SCÈNE 46 | INT. APPARTEMENT DU COLOSSE / MATIN

Le colosse, assis sur son divan, lève la tête de son livre sans aucune expression faciale.

SCÈNE 47 | INT. APPARTEMENT DE L’ÉCRIVAIN / MATIN

L’ÉCRIVAIN
T’as gagné le possible.

Il prend une agrafeuse et s’incruste dans le corps plein d’images de violences prises dans des journaux et de photos érotiques. Puis, à ses pieds, il déchire des livres de religion à sa droite et des livres de science à sa gauche. Il colle ensuite un paquet d’horaires et de listes de tâches sur les murs. Sur son coeur, il met une photo de la morte, Maya, son ancienne héroïne. Il se verse de l’alcool et du tabac sur la tête et approche finalement un billet d’argent de sa bouche. Il hésite à l’insérer dans celle-ci, dédaigneux.

Il finit par le coller sur son front avec un ruban adhésif.

Le fou regarde la scène, l’air arrogant.

LE FOU
Ne trouves-tu pas que tu en fais un peu trop?

L’ÉCRIVAIN
J’en fais trop peu.

LE FOU
Ils vont se contenter de rire de toi.

L’ÉCRIVAIN
Tant pis, je serai l’excentrique de merde jusqu’à la fin.

LE FOU
Tu pourrais au moins faire sauter une bombe ou deux.

L’ÉCRIVAIN
Tu n’as rien de mieux à me dire?

LE FOU
(ironique)
Ah, c’est vrai, c’est un moment important de ta vie et il ne faudrait surtout pas que je le gâche. MAIS vas-tu réellement gaspiller ta belle rage contestataire?

L’ÉCRIVAIN
Je ne deviendrai pas comme toi.

LE FOU
Ton héros, s’il a tenté de me tuer, c’est parce qu’il n’arrivait plus à croire en ses convictions? Ça donne une fin vraiment nulle si jamais tu veux mon avis…

L’ÉCRIVAIN
Tant mieux, elle n’a pas été écrite pour être bonne.

LE FOU
Une chance que tu as mis une scène de baise, ça sauve un peu le reste. MAIS montre à la surface du monde que tu es cinglé, mais gentil. MONTRE-LEUR.

L’ÉCRIVAIN
Désolé, soit je meurs, soit je deviens invisible. Je préfère la mort.

LE FOU
Imbécile, sache au moins que le héros a outrepassé la mort…

Il retourne dans l’ordinateur.

L’écrivain s’avance près de la corde suspendue. Il la met à son cou et monte sur le banc.

L’ÉCRIVAIN
Je sais, j’ai justement prévu de l’achever.

SCÈNE 48 | EXT. CHAMP DE POMMIERS / JOUR

Scène rapide de sexe romantique entre le héros et Maya dans laquelle la beauté du décor prédomine.

SCÈNE 49 | INT. CORRIDOR / MATIN

Sha tente encore d’ouvrir la porte. Elle frappe de plus en plus fort.

SCÈNE 50 | INT. APPARTEMENT DE L’ÉCRIVAIN / MATIN

L’écrivain fait tomber le banc et commence à suffoquer.

SCÈNE 51 | INT. CORRIDOR / MATIN

Sha désespère, tremblante, pleurant… elle laisse le plan d’affaires là et s’en va.

SCÈNE 52 | INT. APPARTEMENT DE L’ÉCRIVAIN / MATIN

L’écrivain se débat sauvagement, tentant désespérément de survivre.

NARRATION DE L’ÉCRIVAIN
Voilà, c’était mon film d’auteur mauvais qui finit mal et que personne n’aimera.
(silence)
Applaudissez.

SCÈNE 53 | INT. CORRIDOR / MATIN

Le colosse arrive où la porte et il tourne la poignée en vain puisqu’elle est verrouillée.

Il reste devant, très sérieux, sans expression faciale, impuissant.

SCÈNE 54 | INT. APPARTEMENT DE L’ÉCRIVAIN / MATIN

L’écrivain arrête totalement de bouger.

SCÈNE 55 | INT. CORRIDOR / MATIN

Le colosse défonce la porte, entre dans l’appartement, voit l’écrivain, passe à côté et va fermer la musique. Puis, il l’observe un moment, silencieux, pas triste, ni expressif. Il finit par le soulever. Il reste là longtemps. Il tente d’ouvrir la bouche, mais aucun son ne sort. Il veut vraisemblablement appeler à l’aide… mais il n’arrive plus à parler. Quelque chose semble brisé en lui, une expression de panique apparaissant. Le peintre passe dans le corridor avec un sac rempli de nouveaux tubes de peinture.

Il revient sur ses pas et les voit. Il échappe ses paquets et court vite pour monter sur le comptoir. Il tente de desserrer la corde. C’est au tour du soûl d’arriver… Il compose le 911, totalement traumatisé.

SCÈNE 56 | EXT. CHAMP ENNEIGÉ, NEIGE QUI TOMBE / TOMBÉE DE LA NUIT

L’écrivain marche nu vers la morte qui l’est tout autant. Les deux se retrouvent, s’enlacent.

SÉQUENCE 12 : LA VIE ET LA MORT

SCÈNE 57 | EXT. CIMETIÈRE / JOUR

À l’enterrement, il n’y a que le soûl qui est rejoint au dernier moment par le fou. Le prêtre parle, mais il n’y a aucun son mis à part une petite musique assez discrète. Tout est terne. Le cercueil est enterré.

Le soûl s’en va, le prêtre aussi… seul le fou reste. La nuit surgit. Il sourit en regardant la tombe.

LE FOU
Ne pense pas t’en sortir aussi facilement.

SCÈNE 58 | INT. CHAMBRE D’HÔPITAL / JOUR

L’écrivain se réveille en sursaut à l’hôpital. Sha est à son chevet.

L’ÉCRIVAIN
J’ai survécu?

LA NOUVELLE
D’après toi?

L’écrivain touche son cou.

L’ÉCRIVAIN
Je l’ai vraiment fait…

LA NOUVELLE
Le « colosse » a défoncé la porte juste à temps.

Silence.

L’ÉCRIVAIN
Il n’aime vraiment pas ma musique.

LA NOUVELLE
Il est passé tout à l’heure, je lui ai parlé de ton plan.

L’ÉCRIVAIN
Il n’a pas dû être d’accord…

LA NOUVELLE
Effectivement, il n’a pas semblé comprendre de quoi je lui parlais.

L’ÉCRIVAIN
(découragé)
Ma mort faisait partie du plan.

LA NOUVELLE
Je sais, je l’ai lu. Tu croyais vraiment que mourir les convaincrait de m’aider?

L’ÉCRIVAIN
Ça les aurait réveillés, « la mort de l’idiot versus la banalisation des gens »!

LA NOUVELLE
J’ai détesté cette section… mais j’ai bien aimé le reste. J’ai décidé de me lancer et j’espère que tu daigneras te botter le cul et me donner un coup de main.

L’ÉCRIVAIN
Non merci, je ne ferai plus jamais l’erreur d’y croire et de me… ridiculiser.

LA NOUVELLE
Tu as une promesse à tenir…

L’ÉCRIVAIN
Laquelle?

LA NOUVELLE
Le peintre est mort.

Silence, l’écrivain faiblit.

L’ÉCRIVAIN
Est-ce qu’il a eu le temps de finir sa toile?

LA NOUVELLE
Oui.

L’ÉCRIVAIN
Comment c’est arrivé?

LA NOUVELLE
Il s’est enfermé chez lui et s’est laissé mourir en chantant à tue-tête The End des Doors. C’est ce que m’a dit celui que tu appelles le « soûl ».

L’ÉCRIVAIN
Il t’a dit autre chose, le « soûl »?

LA NOUVELLE
Tu pourrais l’appeler par son nom.

L’ÉCRIVAIN
Je peux le rebaptiser l’alcoolique notoire si ça peut te faire plaisir.

LA NOUVELLE
Il m’a dit que c’est lui qui t’a parlé de moi… Il n’en revenait pas que tu te sois tapé une pute. Je n’ai pas osé lui dire que tu m’as à peine touché.

L’ÉCRIVAIN
J’étais sûr qu’il dirait un commentaire du genre.

LA NOUVELLE
Je lui ai ensuite parlé du plan et tu sais quoi…

L’ÉCRIVAIN
Il s’est mis à rire et à sacrer. Ce n’est pas pour rien que je ne voulais pas le mettre dans le plan. Il me rappelle définitivement tous les travers de mon père.

LA NOUVELLE
Il a adoré et il fera tout pour nous aider.

L’ÉCRIVAIN
(sceptique)
Tu l’as cru?

LA NOUVELLE
Il avait l’air touché… ça en fait déjà un.

L’ÉCRIVAIN
Félicitation, ton premier partenaire est un ivrogne.

LA NOUVELLE
(tranchante, pour faire taire ses sarcasmes)
Tu es resté inconscient deux mois.

L’ÉCRIVAIN
Des plans que j’attrape le C difficile…

La nouvelle prend un livre dans son sac et le tend à l’écrivain.

L’ÉCRIVAIN
C’est… mon roman?

LA NOUVELLE
Oui.

LA NOUVELLE
As-tu écrit la suite?

L’ÉCRIVAIN
Il y en a… 52.

LA NOUVELLE
C’était une question rhétorique. J’ai fouillé dans ton ordinateur. Qu’est-ce que tu dirais d’en publier un chaque semaine? Marc, tu peux entrer!

Le colosse entre avec sa petite pochette.

L’ÉCRIVAIN
Salut Marc…

LE COLOSSE
Salut.

Il tend une multitude de chiffres à l’écrivain.

L’ÉCRIVAIN
C’est quoi?

LE COLOSSE
Ne te suicide pas.

L’écrivain reste bête.

LE COLOSSE
La vie est belle.

Le colosse toise l’écrivain un moment, très sérieusement, ému, puis s’en va.

L’écrivain regarde les papiers.

L’ÉCRIVAIN
C’est fictif?

LA NOUVELLE
Non.

L’ÉCRIVAIN
Comment avez-vous fait pour avoir autant de financement?

LA NOUVELLE
Le soûl s’en est occupé…

L’ÉCRIVAIN

LA NOUVELLE
Tu l’as toi-même écrit. Sa spécialité, c’est la vente.

L’ÉCRIVAIN
C’est assez pour débuter… Tu te sens d’attaque à risquer un autre échec?

LA NOUVELLE
Oui… Toi?

L’ÉCRIVAIN
Je ne sais pas.

LA NOUVELLE
Même avec ça?

Elle lui montre un plateau rempli de bleuets.

L’ÉCRIVAIN
Est-ce qu’ils ont été lavés?

LA NOUVELLE
Oui…

L’ÉCRIVAIN
(fragile, timide)
Tu sais, j’aime aussi autre chose…
(léger silence plein de suspense)
Les raisins.

LA NOUVELLE
(sourit)
Tu en auras.

L’ÉCRIVAIN
Si tu me prends par les sentiments…

Il prend un bleuet et se réveille soudain dans son lit d’hôpital. Il n’y a personne autour de lui.

C’était seulement un rêve.

Il regarde la date du calendrier et constate qu’il est maintenant en novembre.

Il se recouche, découragé… et voit un mot laissé sur la table à côté de lui.

Mot :
Viens me voir si tu te réveilles un jour…

Il se lève et s’en va.

SÉQUENCE 13 : ENCORE

SCÈNE 59 | INT. APPARTEMENT DU SOÛL / JOUR

Le soûl joue à un jeu vidéo assis par terre. Quelqu’un frappe à sa porte et il va répondre.

LE SOÛL
Enfin! Saque, ça fait deux mois que tu dors! Depuis quand t’es pu workolique?

L’ÉCRIVAIN
(bête)
Pourquoi tu voulais me voir?

LE SOÛL
En plus tu fais la gueule… Ça te fait chier d’être encore en vie?

L’ÉCRIVAIN
Un peu.

LE SOÛL
Bah, t’as eu de la chance, deux secondes plus tard et t’y passais.

L’ÉCRIVAIN
Yeah.

LE SOÛL
J’suis sûr que t’auras des séquelles au cerveau, mais bon, ça changera pas grand-chose! Viens t’asseoir, je t’offre une bière! Je me suis inquiété moé là!

L’ÉCRIVAIN
Je m’assois sur le divan invisible ou sur la chaise imaginaire?

LE SOÛL
Fais pas ton difficile, toé pis moé, on a des affaires à fêter!

L’ÉCRIVAIN
J’ai rêvé que Sha avait suivi le plan et que ça avait un peu trop bien fonctionné.

LE SOÛL
Ouais, c’est pas arrivé, mais j’ai quand même une bonne nouvelle…

L’ÉCRIVAIN
(de plus en plus obscur)
Quoi?

Le soûl revient avec deux verres de rhum et en tend un à l’écrivain.

LE SOÛL
Tu es en vie!

Il boit le premier verre.

L’ÉCRIVAIN

LE SOÛL
T’en veux pas?

L’ÉCRIVAIN

LE SOÛL
Tant pis pour toi…

Le soûl boit le deuxième verre, puis s’en sert un troisième et le boit en observant l’écrivain.

LE SOÛL
Ah, t’es ennuyant, moi qui voulais fêter ça…

L’ÉCRIVAIN
Est-ce qu’Asixmatique est mort?

Le soûl faiblit un peu.

LE SOÛL
Ouais…

Silence. Il va se servir un autre verre.

L’ÉCRIVAIN
Est-ce qu’il a fini sa toile?

LE SOÛL
Non… y’est comme devenu semi-fou après que tu sois tombé dans le coma.

Autre silence.

L’ÉCRIVAIN
Arrête de boire, on va faire le plan.

LE SOÛL
Arrête un peu avec ton esti de « plan »…

L’ÉCRIVAIN
Dans mon rêve, t’acceptais de m’aider, t’étais le pro des ventes…

LE SOÛL
(bête)
Moé pis les rêves…

Il se retourne, fragile, et cale son quatrième verre.

L’ÉCRIVAIN
Je te l’ai déjà dit, t’as ton destin direct en face de toi, ben vivante, avec toutes ses « belles formes », mais tu préfères le traiter comme une traînée.

LE SOÛL
Je l’aime et elle ne m’aime pas… fin de l’histoire.

L’ÉCRIVAIN
Peut-être que si tu lui montrais autre chose que ta personnalité d’ivrogne…

LE SOÛL
Facile à dire pour toi, t’as toujours eu toutes les filles que tu voulais! Ton petit air de marde que t’as d’estampé dans face attire toutes les ostiques de mouche à marde du monde! Tu lèves le petit doigt pis y te squirtent toutes dans gueule!

L’ÉCRIVAIN
(en se dirigeant vers la sortie)
Si tu ne veux pas m’aider, ferme-la et oublie-moi!

Le soûl empoigne l’écrivain, l’air menaçant.

LE SOÛL
Tu voudrais que je t’aide? Tu vas faire comme d’habitude, y croire pendant quelques minutes, juste le temps de me faire suffisamment chier… pis après tu vas déprimer en trouvant toutes les excuses du monde pour abandonner! J’en ai marre de tes projets et tes petits bogues de pleurnicheur! Reviens me voir quand t’auras des couilles pis quand tu seras capable de respecter les autres!

Il le lâche et celui-ci s’éloigne un peu.

L’ÉCRIVAIN
Désolé de t’avoir dérangé.

LE SOÛL
Ça va, on est ami.

L’écrivain le regarde se servir un cinquième verre, puis s’en va. Le soûl fixe l’alcool, soupire et le boit.

SCÈNE 60 | INT. CORRIDOR / JOUR

L’écrivain se dirige vers l’appartement du peintre.

L’enfant malade de la scène 22 passe en coup de vent en arrière-plan, emporté par un vent imaginaire.

SÉQUENCE 14 : UNE TOILE

SCÈNE 61 | INT. APPARTEMENT DU PEINTRE / JOUR

Rendu sur place, il se recueille en regardant la toile géante qui n’est pas terminée.

SCÈNE 62 | INT. APPARTEMENT DU PEINTRE / JOUR

Flash-back.

Le peintre a l’air sceptique tandis que l’écrivain est mal à l’aise.

LE PEINTRE
C’est tout?

L’ÉCRIVAIN
Oui…

LE PEINTRE
Promets-moi que tu ne citeras jamais mon vrai nom.

L’ÉCRIVAIN
C’est promis…

LE PEINTRE
Utiliser un nom, c’est s’avouer humain… « mortel ». Bref.

Il continue sa toile géante.

L’ÉCRIVAIN
Tu vas l’appeler comment?

LE PEINTRE
Le bonheur.

L’ÉCRIVAIN
C’est ironique?

LE PEINTRE
Je ne gaspillerais pas mes derniers instants à être ironique.

Le peintre pivote vers l’écrivain.

LE PEINTRE
Promets-moi que tu l’exposeras s’il m’arrive quelque chose!

L’ÉCRIVAIN
Tu veux vraiment promouvoir « le bonheur »?

LE PEINTRE
Si je n’ai qu’une chose à laisser au monde, ce sera ça!

L’ÉCRIVAIN
Même si c’est faux?

LE PEINTRE
La vie est comme une toile, il nous suffirait d’apprendre à peintre.

L’ÉCRIVAIN
Dit le peintre d’abstrait…

LE PEINTRE
L’abstrait est la seule façon claire de représenter l’humanité.

SCÈNE 63 | INT. APPARTEMENT DU PEINTRE / JOUR

L’écrivain se prépare à sortir, mais le colosse se place devant lui.

L’ÉCRIVAIN
Salut Marc…

Le colosse le regarde quelques secondes, cela semble interminable. Il finit par pointer la fenêtre.

SCÈNE 64 | INT. CORRIDOR / JOUR

Le colosse marche vers la sortie et l’écrivain le suit, perplexe.

Au fond du corridor, l’enfant malade passe cette fois en volant dans le sens inverse à la scène 60.

L’ENFANT MALADE
Au secouuuuuurs!

SCÈNE 65 | EXT. DEVANT L’APPARTEMENT / JOUR

Le colosse marche vers sa voiture et embarque dedans. L’écrivain fait de même.

Le fou les toise, bien à son aise assis sur le rebord du toit.

SCÈNE 66 | INT. VOITURE DU COLOSSE / JOUR

Le colosse démarre les moteurs et part.

L’ÉCRIVAIN
On va où?

Le colosse ne répond pas.

L’ÉCRIVAIN
Y’a quelque chose qui cloche avec mes impôts?

Le colosse fait signe que non.

L’ÉCRIVAIN
Si c’est pour parler de mes dettes, je le sais déjà…

L’écrivain tourne la tête vers l’extérieur. Un silence s’installe.

LE COLOSSE
Il y a des choses plus importantes que l’argent.

L’écrivain est surpris d’avoir entendu la voix du colosse. Il commence à être inquiet.

SÉQUENCE 15 : DESTINATION

SCÈNE 67 | INT. SUPERMARCHÉ / JOUR

Le colosse et l’écrivain discutent avec un vendeur dans un rayon rempli d’écouteurs.

L’ÉCRIVAIN
Vous n’auriez pas des modèles qui font moins mal aux oreilles?

LE VENDEUR
Oh, j’en ai un quelque part par ici…

Il regarde les modèles puis pivote à nouveau vers l’écrivain.

LE VENDEUR
En fait, je n’en ai aucune idée!

Il implose (explosion vers l’intérieur). L’écrivain soupire en dévisageant le colosse.

L’ÉCRIVAIN
C’est vraiment nécessaire?

Le colosse ne répond pas, se contentant de le fixer.

L’ÉCRIVAIN
Désolé si tu n’aimes pas ma musique, mais je n’ai pas envie de devenir sourd.

Le colosse prend l’un des modèles et se dirige vers la caisse.

L’ÉCRIVAIN
Ça doit vouloir dire que je n’ai pas trop le choix…

Le colosse se retourne vers lui.

LE COLOSSE
N’es-tu pas fatigué d’avoir peur de tout?

L’ÉCRIVAIN
Oui…

LE COLOSSE
Moi aussi.

Les deux se regardent tristement, la caméra tourne autour d’eux et le décor change peu à peu.

SCÈNE 68. | INT. VOITURE DU COLOSSE / TOMBÉE DU JOUR

Ils se retrouvent à nouveau dans la voiture.

L’ÉCRIVAIN
Sauf que je ne me vois pas redevenir naïf…

LE COLOSSE

L’ÉCRIVAIN
Ce serait foncer vers d’autres désillusions.

LE COLOSSE

L’ÉCRIVAIN
J’y ai déjà perdu la moitié de mon âme.

LE COLOSSE
C’est ce soir que tout se jouera, montre-toi courtois avec les dames.

L’écrivain regarde par la fenêtre, sceptique.

L’ÉCRIVAIN
Ça ne servirait à rien de retourner là-bas…

LE COLOSSE
Montre-nous ce qu’il faut faire.

Il arrête son automobile et débarre les portes.

L’ÉCRIVAIN
Elle n’a même pas lu le plan…

À l’extérieur, le fou arrache la portière de l’écrivain.

LE FOU
Besoin d’un coup de main?

LE COLOSSE
Non. Nous nous contenterons de la réalité.

LE FOU
(horrifié)
ÊTES-VOUS COMPLÈTEMENT FOUS?

LE COLOSSE
Nous nous en sortirons.

LE FOU
Personne ne la supportera, surtout pas vous deux.

Le colosse se tait et tourne sa tête dans la direction opposée au fou, distant.

L’ÉCRIVAIN
Ça va aller, remet la portière.

LE FOU
Vas-tu réellement retourner dans leur monde?

L’ÉCRIVAIN
Peut-être qu’il est temps de mettre les choses au clair.

LE FOU
Si tu y retournes, tu te souviendras de ce qui s’est passé avec « tu sais qui ».

L’ÉCRIVAIN
Je sais…

LE FOU
Ou plutôt, de ce qui ne s’est pas passé.

L’ÉCRIVAIN
Tant pis, c’est le point de non-retour…

LE FOU
Pourquoi prolifères-tu TANT DE HAINE ENVERS TOI-MÊME?

L’ÉCRIVAIN
Parce que Maya n’est pas morte et que je l’ai abandonnée…

Le fou sourit, remet la portière en place et disparaît.

L’écrivain l’ouvre et marche vers la dame, celle qui lui a présenté Sha, la petite nouvelle.

L’ÉCRIVAIN
Salut… Sauriez-vous où je pourrais trouver Sha?

LA DAME
L’argent d’abord.

L’ÉCRIVAIN
Je veux juste lui parler d’un projet.

LA DAME
Lève les bras s’il te plait chéri…

Elle le fouille comme on fouillerait un bandit.

L’ÉCRIVAIN
C’est nouveau, la fouille?

LA DAME
L’une d’entre nous a été assassinée hier. Un habitué payé par un concurrent.

L’ÉCRIVAIN

LA DAME
Ceux qui ont fait ça ont prévu recommencer aujourd’hui, alors tu me pardonneras de te suspecter même si Sha m’a beaucoup parlé de toi…

L’ÉCRIVAIN
Je ne veux pas vous dire quoi faire, mais en tant que paranoïaque professionnel, rester toute seule dans la rue n’est peut-être pas la meilleure solution… J’appellerais la police, ou demanderais du renfort. Je connais un gars qui vous « apprécie » et qui serait prêt à n’importe quoi pour vous.

LA DAME
Je préfère être seule pour affronter les problèmes que j’ai créés.

Sha sort d’un des bâtiments et court les rejoindre.

LA NOUVELLE
Qu’est-ce que tu fais là?

L’ÉCRIVAIN
Je suis venu te voir…

LA NOUVELLE
Oui, ça je le sais… mais pourquoi?

LA DAME
J’aimerais mieux que tu rentres à l’intérieur…

LA NOUVELLE
Ce ne sera pas long.

LA DAME
Je ne plaisante pas.

LA NOUVELLE
Je ne resterai pas toute ma vie enfermée là-dedans!

LA DAME
Je trouverai un moyen d’arranger ça. D’ici là, retourne à l’intérieur.

LA NOUVELLE
Calme-toi Ginette, ils ne feront jamais ça en public.

SCÈNE 69 | EXT. SUR UN TOIT / DÉBUT DE SOIRÉE

Sur un toit, un homme armé se met en position. Il vise Sha.

SÉQUENCE 16 : TIREUR

SCÈNE 70 | EXT. TROTTOIR / DÉBUT DE SOIRÉE

LA DAME
Ne les surestime pas.

L’ÉCRIVAIN
Vous devriez appeler la police, c’est quand même LÉGÈREMENT angoissant.

LA DAME
Laissez-moi faire et ça ira.

LA NOUVELLE
Ils te tueront pour obliger les filles à rejoindre leur réseau!

LA DAME
Une dame de mon calibre a plus d’un tour dans son sac. Allez, file à l’intérieur.

L’ÉCRIVAIN
Est-ce que je peux…

LA DAME
Toi aussi, dépêchez-vous!

Ginette voit le colosse qui s’approche et prend peur.

LA DAME
T’es qui toi?

LE COLOSSE

L’ÉCRIVAIN
Il est avec moi.

LA DAME
Suis-je réellement censée vous faire confiance?

L’ÉCRIVAIN
Non.

LA DAME
(elle s’approche de lui, l’air menaçant)
Au moindre cri de ma biche, je t’arracherai les couilles pour les faire bouffer de force à ton ami le géant!

L’ÉCRIVAIN
C’est un colosse et non un…

LA DAME
Ta gueule et allez vous mettre à l’abri!

LA NOUVELLE
Ginette, tu perds vraiment toutes tes manières quand tu te fâches…

LA DAME
Je parle un langage que les hommes peuvent comprendre.

L’écrivain ouvre le pas et tous les trois entrent à l’intérieur, laissant la dame seule.

SCÈNE 71 | INT. BÂTIMENT ABANDONNÉ / DÉBUT DE SOIRÉE

LA NOUVELLE
Bref, l’écrivain suicidaire est revenu me hanter?

L’ÉCRIVAIN
As-tu lu le plan?

Le visage de la nouvelle (Sha) alterne entre le sien et celui de la morte (Maya).

LA NOUVELLE
(sourit)
Je savais que tu m’en reparlerais… ça en est presque désespérant.

L’ÉCRIVAIN
Je veux savoir à quoi m’en tenir.

LA NOUVELLE
Moi aussi je suis contente de te revoir.

En arrière-plan, dehors, le soûl parle à la dame. Celle-ci ne veut rien savoir ; elle l’envoie balader. Cependant, il insiste calmement, courtois, et ils commencent à discuter sans trop d’animosité.

L’ÉCRIVAIN
Sois directe : soit tu ne l’as pas lu, soit il ne t’a pas plu?

LA NOUVELLE
Pourquoi tu n’ajoutes pas l’option « je l’ai lu et j’ai aimé »?

L’ÉCRIVAIN
Devrais-je?

La nouvelle hésite un moment, soupire, puis sourit.

LA NOUVELLE
Je ne l’ai pas lu.

SCÈNE 72 | INT. HÔPITAL / DÉBUT DE SOIRÉE

Le héros est sur un lit d’hôpital, coupé en deux.

MÉDECIN
ON VA LE PERDRE! VITE, ALLEZ CHERCHER L’ALCHIMISTE!

L’ASSISTANT MÉDECIN
L’alchimiste?

MÉDECIN
L’OCCULTISTE, LE PRÊTRE, RÉMI SANS FAMILLE, N’IMPORTE QUI!

L’ASSISTANT MÉDECIN
Votre femme?

MÉDECIN
Pourquoi pas, elle a des hanches d’enfer.

L’ASSISTANT MÉDECIN
Parfaitement d’accord.

Il dégaine son cellulaire et l’appelle.

SCÈNE 73 | INT. BÂTIMENT ABANDONNÉ / DÉBUT DE SOIRÉE

Léger silence.

L’ÉCRIVAIN
Si tu veux, je pourrais le faire avec toi…

LA NOUVELLE

Intéressant, monsieur se déciderait-il enfin?

L’ÉCRIVAIN
Peut-être.

Léger silence.

LA NOUVELLE
Pour être franche, j’ai l’impression que le peu d’estime qui me reste préfère sucer des queues plutôt que de se lancer dans une deuxième faillite professionnelle.

L’ÉCRIVAIN

LA NOUVELLE
Toi le « colosse », t’en penses quoi de son plan? T’embarques?

SCÈNE 74 | EXT. SUR UN TOIT / DÉBUT DE SOIRÉE

L’homme armé mire la tête de la dame.

SCÈNE 75 | INT. BÂTIMENT ABANDONNÉ / DÉBUT DE SOIRÉE

LE COLOSSE

L’ÉCRIVAIN
On va dire que sa présence parle d’elle-même.

LE COLOSSE
Non, je n’embarque pas.

L’ÉCRIVAIN
QUOI? Tu m’amènes jusqu’ici et bang, tu me laisses tomber?

SCÈNE 76 | INT. HÔPITAL / DÉBUT DE SOIRÉE

L’assistant médecin et le médecin sont en train de faire un trip à trois avec une femme.

L’ASSISTANT MÉDECIN
Je crois qu’il n’en a plus pour très longtemps…

MÉDECIN
C’est comme s’il était déjà mort.

L’ASSISTANT MÉDECIN
Il faudrait peut-être utiliser les électrochocs…

MÉDECIN
Les quoi?

L’ASSISTANT MÉDECIN
Monsieur, vous avez vraiment le poil fin!

MÉDECIN
Oui, je sais, mais ne vous en faites pas, je me tarde de le raser!

L’ASSISTANT MÉDECIN
Ça va mieux pour les fellations.

MÉDECIN
Exactement, vous êtes jeunes, mais promus à une grande carrière!

La ligne qui indique la vitalité du héros est de plus en plus lente et basse.

SCÈNE 77 | INT. BÂTIMENT ABANDONNÉ / DÉBUT DE SOIRÉE

LA NOUVELLE
Calme-toi…

L’ÉCRIVAIN
Bon ben, on ne fera jamais rien de nos vies, allons tous nous faire foutre!

Il se dirige vers la sortie, mais le colosse l’empêche de passer.

L’ÉCRIVAIN
Tasse-toi…

LE COLOSSE
Tu n’es pas ici pour le « plan », tu es ici pour elle.

L’ÉCRIVAIN
Ne joue pas à ça avec moi, je n’ai pas peur de toi…

LA NOUVELLE
Calme-toi!

Sha s’approche, mais l’écrivain la repousse instantanément.

L’ÉCRIVAIN
Laissez-moi partir!

Il tente plus violemment de passer. Le colosse résiste.

LA NOUVELLE
Tu vois bien que c’est inutile, son petit doigt fait la grosseur de ta tête!

L’ÉCRIVAIN
J’en ai marre de ce genre de commentaires! L’impossible ne m’atteint pas!

Il frappe le colosse sur son entrejambe et réussit à passer.

SCÈNE 78 | EXT. SUR UN TOIT / DÉBUT DE SOIRÉE

L’homme armé qui mirait la dame porte maintenant son attention sur l’écrivain.

SCÈNE 79 | EXT. TROTTOIR / DÉBUT DE SOIRÉE

L’écrivain s’en va vers la voiture en évitant d’approcher le soûl et la dame.

LA DAME
Attends, faut qu’on se parle!

Il continue son chemin.

LA DAME
Je suis partante pour le projet de maison d’édition!

Un bruit de coup de feu retentit.

SCÈNE 80 | INT. HÔPITAL / DÉBUT DE SOIRÉE

La machine qui indique la vitalité du héros s’arrête en même temps que le médecin jouit sur son visage.

SCÈNE 81 | EXT. TROTTOIR / DÉBUT DE SOIRÉE.

L’écrivain reste figé, horrifié. La balle lui a fait un trou dans son chandail.

LA DAME
BAISSE-TOI!

Elle court vers lui, l’agrippe et va se réfugier dans le bâtiment en laissant le soûl seul à l’extérieur. Celui-ci regarde un peu partout autour de lui en tentant de comprendre ce qui se passe, et de trouver qui a tiré.

Le temps est long.

Des policiers finissent par se diriger vers lui en courant.

POLICIER 1
Personne n’a été touché?

LE SOÛL
Non, tout va bien… Vous l’avez arrêté?

POLICIER 1
Oui.

POLICIER 2
Vous avez bien fait de nous contacter!

LE SOÛL
Bah, moi je ne sais absolument pas ce qui se passe.

La dame revient.

LA DAME
Merci d’être intervenu.

POLICIER 1
Pas de quoi, on va rester dans le secteur au cas où…

LA DAME
Merci…

POLICIER 1
En tout cas, à votre place, j’arrêterais tout de suite vos « opérations ».

POLICIER 2
Surtout que c’est illégal…

Le premier policier donne une tape derrière la tête du premier.

POLICIER 1
(sévère)
Heille, on reste poli avec Ginette!

POLICIER 2
Mais c’est vrai…

POLICIER 1
Excuse-toi.

LA DAME
Laisse tomber Ben, il ne sait pas de quoi il parle.

POLICIER 1
Si tu veux… mais ces gars sont des malades, fais attention.

SÉQUENCE 17 : VÉRITÉ ET MENSONGE

SCÈNE 82 | INT. BÂTIMENT ABANDONNÉ / DÉBUT DE SOIRÉE

L’ÉCRIVAIN
(en s’adressant à Sha)
Il faut que je te sorte de ce monde-là! J’AI FAILLI MOURIR!

LA NOUVELLE
Dois-je te rappeler que c’est ce que tu souhaites, mourir?

SCÈNE 83 | EXT. SUR UN DEUXIÈME TOIT / DÉBUT DE SOIRÉE

Sur un autre toit, le fou se met en position pour tirer sur Sha… Le héros se place devant lui.

LE HÉROS
Qu’est-ce que tu fais?

LE FOU
Je la tue… IL ME SEMBLE QUE C’EST ÉVIDENT!

LE HÉROS
Arrête, ne gâche pas l’intimité de cet amour naissant!

LE FOU
Je ne fais que lui rendre service, il est en train de retomber dans le piège.

LE HÉROS
Laisse-lui son petit sursaut d’espoir!

LE FOU
Naaaaaan, je préfère ajouter un peu de drame pour que ce soit moins insipide!

LE HÉROS
Ah lala, si seulement je n’étais pas mort…

LE FOU
Justement, tu es mort.

Il tire.

SCÈNE 84 | EXT. TROTTOIR / DÉBUT DE SOIRÉE

Un deuxième coup de feu retentit. Tout le monde se baisse et les policiers dressent leur arme.

SCÈNE 85 | EXT. SUR UN DEUXIÈME TOIT / DÉBUT DE SOIRÉE

La balle n’a tout simplement pas traversé le héros.

LE HÉROS
Pauvre de toi, il semble que je suis invincible!

SCÈNE 86 | INT. HÔPITAL / DÉBUT DE SOIRÉE

Le héros ouvre soudainement les yeux dans son lit d’hôpital. Le médecin, sa femme et l’assistant-médecin sont tous les trois étendus à ses côtés, complètement rassasiés après leur baise phénoménale.

SCÈNE 87 | EXT. SUR UN DEUXIÈME TOIT / DÉBUT DE SOIRÉE

LE FOU
Ton invincibilité n’est qu’une théorie.

LE HÉROS
(sourit en saignant un peu)
Peut-être, mais je l’aime bien cette « théorie ».

LE FOU
(souriant à son tour, plus malicieux)
Moi aussi…

SCÈNE 88 | EXT. TROTTOIR / DÉBUT DE SOIRÉE

Le colosse regarde les deux hommes sur le toit.

LE COLOSSE
Je croyais pourtant t’avoir demandé de t’en tenir à la réalité.

L’ÉCRIVAIN
(le trou dans son chandail a disparu)
Je me rappelle toujours assez vite à quel point J’Y SUIS SEUL.

La dame entre dans le bâtiment et se dirige vers l’écrivain.

LA DAME
Je peux te glisser un mot ou t’es trop « sous le choc »?

L’ÉCRIVAIN
Heu… on va dire que ça va.

LA DAME
Bass m’a parlé de ton plan et je dois dire que ça m’a plu…

L’ÉCRIVAIN
Le soûl… pardon… Bass t’a dit quoi au juste?

LA DAME
Tu veux créer une maison d’édition avec l’aide de mes filles et je trouve cela fort ingénieux.

L’ÉCRIVAIN
(confus)
Ah…

LE COLOSSE
En ce moment, c’est réel ou pas?

L’ÉCRIVAIN
C’est réel.

LA DAME
Les éditions « Les étoiles de la nuit », tu trouverais ça comment comme nom?

L’ÉCRIVAIN
En vérité, je ne comprends pas de quoi vous me parlez…

LA DAME
Tu veux créer une maison d’édition oui ou non?

L’ÉCRIVAIN
Oui.

LA DAME
Bass, tu t’amènes ou tu te masturbes encore en cachette? On t’attend!

LE SOÛL
Bah, je suis déjà là!

Le colosse se tasse un peu pour dévoiler Bass qui lance vite sa bière derrière lui en espérant que personne ne l’a vu. Elle explose au loin avec fracas.

LE SOÛL
(en s’adressant à l’écrivain)
Heu, en résumé, je lui en ai parlé en ajoutant quelques une de mes idées.

L’ÉCRIVAIN
C’est ce que je vois…

LE SOÛL
J’ai pensé que ce serait intéressant de travailler avec les « étoiles de la nuit » pour vendre les livres dans la rue pendant la journée. Imagine une quarantaine de ces superbes filles sexuellement sombres et sexy se promenant dans toute la ville en militant et en oeuvrant pour quelque chose de mieux que leur…

La dame met sa main devant la bouche du soûl.

LA DAME
Bon, je pense qu’on a compris…

L’ÉCRIVAIN
C’est une bonne idée. Je… je vous souhaite bonne chance?

LA NOUVELLE
Bingo, j’étais sûr qu’il n’embarquerait pas!

La dame crache dans sa main et la tend vers l’écrivain.

LA DAME
Avoye, marché conclu! On va changer le monde à notre manière…

L’écrivain ne bouge pas, mal à l’aise. Il trouve la main et son crachat fortement dégoûtant.

SÉQUENCE 18 : DÉCISION

SCÈNE 89 | INT. BULLETIN DE NOUVELLES / SOIR

ANIMATEUR
Nouvelle choc, les humains ne servent qu’à transmettre des maladies! Oui oui, vous avez bien entendu! Suite à leur manque de responsabilité sociale, leur empressement, leur hygiène discutable constituée de frotti-frotta avec des produits chimiques, leur mauvaise nutrition et surtout, leur faculté à foutre n’importe quoi, les humains seraient condamnés à demeurer une société malade et totalement stupide! Sur ce, je vais mettre mes doigts dans ce bocal rempli de choses dégoûtantes de toute sorte, puis me ronger longuement les ongles!

SCÈNE 90 | EXT. TROTTOIR / DÉBUT DE SOIRÉE

Un malaise s’installe puisque l’écrivain ne semble pas vouloir serrer la main de Ginette.

LA DAME
Je vais finir par me sentir insultée.

LE SOÛL
(en s’adressant à l’écrivain)
T’aimes pas mon idée? Y’a un truc qui cloche?

LA NOUVELLE
Comme s’il pouvait aimer quelque chose…

LE COLOSSE
Il…

LA NOUVELLE
À part les bleuets.

LE COLOSSE
Il aime… Sha… et Maya.

LA NOUVELLE
(confuse)
Maya?

L’ÉCRIVAIN
(sec)
Si tu avais lu le plan, tu saurais que c’était la dessinatrice.

LA NOUVELLE
Tu l’aimes… plus ou moins que moi?

L’ÉCRIVAIN
Elle est morte.

LE COLOSSE
Pour toi…

Voyant l’intense mal aise et l’écrivain qui s’assombrit, le soûl décide d’intervenir.

LE SOÛL
Tu veux ou pas?

LA DAME
Ma main n’attend que toi… et elle s’impatiente.

L’ÉCRIVAIN
Est-ce que ce n’est qu’un autre espoir qui…

LA DAME
Ta gueule et serre ma main, mes filles ont besoin de tes idées pour s’en sortir.

L’ÉCRIVAIN
Puis-je en conclure qu’on ne me laisse pas le choix?

LA DAME
Absolument.

L’ÉCRIVAIN
(souriant soudainement)
Enfin quelqu’un qui sait comment me parler!

L’écrivain crache dans sa main et serre celle de Ginette.

NARRATION DE L’ÉCRIVAIN (pendant que la caméra s’éloigne)
Voilà, c’est fait, j’ai accepté. À vrai dire, je croyais qu’ils oublieraient l’idée et qu’ils me laisseraient tranquille. Mais… (début des scènes du happy end) ils n’ont jamais cessé de me harceler. Ils ont tous travaillé fort et de jour en jour, « Les étoiles de la nuit » a pris de l’ampleur. Le plan a fonctionné.
(Petite pause)
Voici donc le happy end. L’osti de happy end.

Séquences qui défilent pendant la narration et la musique crescendo :

SCÈNE 91 | INT. APPARTEMENT DE L’ÉCRIVAIN / JOUR

Sha lit le plan.

SCÈNE 92 | EXT. BÂTIMENT ABANDONNÉ / SOIR

Ginette parle à plusieurs de ses amies de la rue. Beaucoup semblent enthousiastes.

SCÈNE 93 | INT. IMPRIMERIE / JOUR

Bass va voir un imprimeur à l’unité et discute avec lui.

SCÈNE 94 | APPARTEMENT DU COLOSSE / SOIR

Marc fait plusieurs calculs.

SCÈNE 95 | INT. APPARTEMENT DE L’ÉCRIVAIN / JOUR

Sha dépose le plan et se retourne vers l’écrivain qui attend sa réaction.

SCÈNE 96 | INT. COSTUMERIE / JOUR

Bass va voir un costumier.

SCÈNE 97 | EXT. BÂTIMENT ABANDONNÉ / SOIR

Ginette et ses « filles » prennent une carte et l’étendent en pointant divers endroits.

SCÈNE 98 | INT. APPARTEMENT DE L’ÉCRIVAIN / JOUR

Sha sert un chocolat chaud à l’écrivain et ils s’installent pour travailler.

SCÈNE 99 | EXT. PONT / SOIR

L’homme armé est debout sur le rebord d’un pont. Il regarde le vide en se préparant à sauter.

SCÈNE 100 | HÔPITAL / JOUR

La femme du médecin est en train d’accoucher et lui et son assistant lui tiennent chacun une main.

SCÈNE 101 | INT. VOITURE DE POLICE / JOUR

Policier 1 et policier 2 s’embrassent fougueusement.

SCÈNE 102 | EXT. RESTAURANT DÉTRUIT PAR LA GUERRE / JOUR

Le dragon et le Superpompier prennent le thé ensemble. Autour d’eux, les soldats morts se relèvent.

SCÈNE 103 | INT. APPARTEMENT DU PEINTRE / JOUR

Le peintre zombie termine sa toile.

SCÈNE 104 | EXT. PONT / SOIR

L’homme armé saute, mais le fou et le héros l’attrapent juste à temps.

SCÈNE 105 | INT. MAGASIN / SOIR

Le vendeur se reconstitue et se place les cheveux avant d’aller servir un client.

SCÈNE 106 | INT. RUE AU CENTRE-VILLE / JOUR

Marc, déguisé en lapin rose clownesque, coupe le ruban pour inaugurer les bureaux des étoiles de la nuit. Tout le monde est là et festoie avec du jus de bleuets. Même Bass en boit, surpris par le goût bien meilleur que l’alcool. Il rajoute quand même un peu de vodka en cachette. Juste un peu…

Sha invite l’écrivain à danser. Il refuse et elle s’en fout complètement en le trainant jusqu’à la piste de danse imaginaire. Les DJ, le fou et le héros décident de mettre un slow. Sha les dévisage instantanément. Les DJ décident finalement de mettre du twist et tout le monde danse comme des vrais.

Tout le monde sauf le colosse qui se met une paire d’écouteurs sur la tête, impassible. Il attrape l’enfant malade au vol puis boit une gorgée de jus comme si de rien n’était. Il en offre aussi à l’enfant.

L’enfant en boit, tout confus, et se met à danser le twist lui aussi.

Tout est bien qui finit bien.

Derrière eux, la toile géante du peintre est exposée directement sur le mur du comptoir de l’accueil.

L’écrivain trébuche et tombe sur Sha… moment de malaise romantique.

Fin des images qui défilent pendant la narration.

Sha et l’écrivain vont s’embrasser… La musique arrête soudainement.

On entend Bass et Ginette faire l’amour comme des bêtes dans la salle de bain.

BASS
Ah oui, Ginette, ton revers de la main m’amène au SEPTIÈME CI…

La musique reprend. Malaise amusant. Sha et l’écrivain se sourient et se relèvent pour danser à nouveau le twist. La caméra recule tranquillement. Marc fait la danse du robot. L’enfant malade s’envole.
Fondu au noir.

SCÈNE 107 | ÉCRAN NOIR

VOIX DU FOU
Heu, t’as pas l’impression d’oublier quelque chose?

VOIX DE L’ÉCRIVAIN
J’en oublie des tonnes… je suis définitivement plus à l’aise avec les séries.

VOIX DU FOU
Je te parle de la vérité.

VOIX DE L’ÉCRIVAIN
Celle de l’homme armé et de sa gang de pas gentils?

VOIX DU FOU
Non, je te parle de ton abandon. Tout le monde s’en fout de cette espèce d’intrigue de pseudo action que tu as ajoutée pour je ne sais quelle raison!

VOIX DE L’ÉCRIVAIN
Ce n’était pas un abandon! Et ma scène était presque bonne! Presque…

VOIX DU FOU
La vraie question demeure : qu’est-ce qu’un héros sans héroïne?

VOIX DE L’ÉCRIVAIN
Elle est morte.

VOIX DU FOU
Blablablabla.

VOIX DE L’ÉCRIVAIN
J’ai été impuissant…

VOIX DU FOU
Blablablabla…

VOIX DE L’ÉCRIVAIN
J’ai juste empiré les choses.

VOIX DU FOU
Blablablabla…

VOIX DE L’ÉCRIVAIN
Blablablabla…

VOIX DU FOU
Blablablabla…

VOIX DE L’ÉCRIVAIN
Arrête.

VOIX DU FOU
Tu l’as abandonné.

L’écrivain soupire, abdiquant.

SCÈNE 108 | CHAMBRE D’HÔPITAL / SOIR

L’écrivain entre dans une chambre d’hôpital. Maya la morte (qui ne l’est pas) est assise sur son lit.

L’ÉCRIVAIN
Salut…

LA MORTE
(émue)
Tais-toi.

Elle agrippe l’écrivain et ils se serrent très fort.

LA MORTE
Merci d’être revenu…

L’ÉCRIVAIN
Je ne t’abandonnerais plus.

LA MORTE
(hésitante)
Tu parles encore au conditionnel.

L’écrivain ferme les yeux calmement et sourit, la serrant plus sereinement.

L’ÉCRIVAIN
Je ne t’abandonnerai plus jamais.

Ils se serrent tendrement, encore et encore, la caméra s’éloigne.

LE FOU
Bon, ça c’est une fin qui a un peu plus de sens!

LE HÉROS
Je suis tellement ému!

LE FOU
Quoique c’est quand même un peu cliché…

L’ÉCRIVAIN
(la main sur le coeur, émotif)
Je n’abonnerai plus jamais qui que ce soit!

LE FOU
Okay, c’est définitivement trop cliché. J’en appelle au pouvoir du fondu au noir, de la tombée du rideau et du bon goût, libérez-nous de ce calvaire!

Fondu au noir.

FIN
Générique.

Petites scènes durant le générique :
LE FOU
Hum, je me demande laquelle il choisira, Sha ou Maya…

L’ÉCRIVAIN
Les deux?

Léger silence.
L’ÉCRIVAIN
Les bleuets.

LE FOU ET LE HÉROS
Yeah !!!

LA MORTE
Ça ne me dit toujours pas pourquoi tu es revenu… ni pourquoi tu es parti.

L’ÉCRIVAIN
La culpabilité.

LA MORTE
(souriant un peu)Roger
La même chose qui m’a amené ici.

La morte prend un dessin à côté d’elle.

LA MORTE
C’est pour toi, pour ton projet.

L’ÉCRIVAIN
« Notre projet. »

Il prend le dessin, nostalgique. Le dessin représente lui avec une pomme sur la tête.

LA MORTE
Moi aussi je n’abandonne pas, je continue de me battre.

L’ÉCRIVAIN
Je l’ai fait, j’ai créé notre maison d’édition… avec une vingtaine de prostituées dont une forte de mon goût, un alcoolique… et ce bon vieux Marc.

LA MORTE
C’était quoi déjà la prochaine étape de notre plan d’affaires?

L’ÉCRIVAIN
Un film que personne ne comprendra.

LA MORTE
Ah, ça je crois que c’est déjà fait.


Après le générique.

L’ÉCRIVAIN
(seul devant la caméra, souriant)
Ah, au fait, je m’appelle Damien. Enchanté de faire votre connaissance!

Fondu au noir.

Propulsé par le vent, l’enfant malade défonce une vitre et atterrit enfin dans son lit d’hôpital.

L’ENFANT
(traumatisé)
J’haïs ma vie.