[D.U.A.M.] Brouillon de l'épisode 8

Dans un appartement miteux

Épisode 8 (et dernier épisode) :
Au nom de la démocratie

par Dominic Fortin-Charland
2009

[…]

Au cimetière, Rabi est à l’enterrement de Take, avec toute la famille de celui-ci, ses amis et deux trois collègues de travail, dont Jesom. Autour d’eux, il y a une centaine d’autres personnes qui se font enterrer à des endroits différents du cimetière. Aku, le chef de la police, semble donc un peu pressé, devant aller d’un endroit à l’autre pour effectuer le fameux discours dont a droit chacun de ses officiers.

AKU
Take Zanake était…

RABI
Zanoke.

AKU
Take Zanoke était un homme bon, il s’est battu jusqu’à la fin pour que règne la justice. Il était l’un des meilleurs de sa profession et nous pouvons être certains qu’aujourd’hui, il est au paradis, veillant sur chacun de nous, sur sa femme, sur sa fille. Je vous invite à l’honorer de vos plus sincères adieux.

RABI
(s’adressant à Alicia, la femme de Take)
Tu me permets de dire un mot ?

ALICE
(tenant fermement sa fille pour la consoler)
Oui, vas-y…

Elle fait son possible pour lui sourire, mais ses larmes ne veulent pas cesser de couler. Rabi doute un peu de ce qu’il va faire, mais il sait qu’il doit le faire. Le chef de la police le salue poliment, puis se déplace vers une autre tombe pour un autre discours. Jesom dévisage Rabi, inquiet, sceptique…

RABI
J’étais très proche de Take. Nous étions des amis d’enfance, les inséparables et invincibles Rabi et Take. De fil en aiguille, la famille de Take est devenue ma propre famille et je leur en remercie. C’est pour ça qu’aujourd’hui, je ne peux plus leur mentir. Soha doit grandir dans un monde d’honnêteté…

JESOM
(en allant le rejoindre)
Tout le monde les connait déjà vos « antécédents » ! Pas besoin d’en faire tout un cas, c’était ben avant la loi d’Omaco ! Je propose qu’on oublie tout ça et qu’on passe aux petites sandwichs pas de croutes !

RABI
(lui souriant)
Merci pour ce malaise Jesom, mais ce que j’ai à vous dire est un peu plus grave que ça. Depuis hier, vous êtes bourrés de mensonge sur la mort de mon ami et ça me pèse. En tant que policier, nous avons dû servir une cause malhonnête pour le gouvernement d’Omaco, et c’est pour ça que je démissionne.

Tout le monde est confus. Seul Jesom est plus effrayé que choqué.

RABI
Celui qui a assassiné Take n’est pas le terroriste. Il a été tué par des membres du gouvernement parce qu’il en savait trop. Je connais des gens qui pourront le prouver, ce n’est qu’une question de temps avant que la vérité éclate et j’en serai le porte-parole. Je me présenterai aux prochaines élections pour défaire Omaco et son règne de contrôle par la terreur. Aujourd’hui, en l’honneur du sacrifice de Take, je fais le sermon que je ne me cacherai plus jamais. Si j’avais accepté d’être moi-même plus tôt, si j’avais tué ma peur, Take serait toujours parmi nous. Il aurait été avec moi et je l’aurais protégé. J’ai douté de la véracité de ses révélations et cela a fait de moi le principal responsable de sa mort. De la même manière que notre docilité envers les folies du gouvernement est en train de détruire tout ce que l’humanité a mis des millénaires à construire. Si on ne se lève pas pour faire valoir nos droits, il n’y aura bientôt plus de démocratie, il n’y aura que la guerre, une guerre inventée de toutes pièces pour les lubies d’un…

JESOM
(tendu, voulant le protéger)
Rabi, je pense que tu en as assez dit.

RABI
Je savais bien que toi aussi, tu m’abandonnerais.

JESOM
(lui pointant subtilement le chef de la police qui revient pour voir ce qui se passe)
Rabi, je t’en pris…

RABI
(lui souriant, continuant malgré tout)
Si vous voulez, je peux continuer avec ce que tout le monde rêve d’entendre…
(quand même plus hésitant, à cause de la présence d’Alicia)
Take et moi, lorsque nous avons jadis milité pour le droit de vivre pleinement notre homosexualité, Omaco a donné l’ordre d’assassiner tous les militants. Ce fut une véritable boucherie…
(marquant une petite pause, l’émotion l’empêchant d’être aussi cohérent qu’il le voudrait)
Take aimait sa femme, mais il n’était pas l’homme d’une seule personne. Ça m’a toujours plu ainsi. C’était un polyamoureux, comme moi je suis homosexuel. Et je l’aimais. Je n’ai jamais cessé de l’aimer, de l’embrasser, de lui faire l’amour. Et c’était beau, il n’y avait rien de plus beau. Et nous, on devait se cacher pour survivre, pour ne pas se faire tuer sur la place publique comme tous nos semblables. Aujourd’hui, c’est le peuple en entier qui se cache, nous avons tous peur que le gouvernement mette fin à notre vie à la moindre « excentricité ». Pourtant, vivre n’est pas une excentricité, c’est un droit.

Plus personne ne parle, bouche bée. La fille de Take regarde sa mère, confuse.

SOHA
Ça veut dire quoi polyamoureux ?

Alicia ne sait pas quoi répondre, mais Rabi s’approche d’elle, se penchant à sa hauteur.

RABI
Retiens seulement d’être toi-même et de ne jamais avoir peur. C’est ce que ton père aurait voulu.

AKU
(soupirant)
Bon, je suppose que c’est le temps que je fasse mon boulot…

Le chef de la police se dirige vers Rabi en détachant les menottes de son ceinturon.

[…]

Dehors, dans la petite cour entourée de haies mal entretenues de l’appartement d’Azure, Dami est assis devant la tombe fraichement construite de Nara, un ordinateur portable sur ses genoux. Il transfère une multitude de textes et de vidéos sur son site Web. Il est très sombre, parlant tout haut à la défunte.

DAMI
Ne t’en fais pas Nara, je te rejoindrai très bientôt. Je suis maintenant certain que Rabi mérite d’être au centre du plan. C’est bizarre de constater qu’il a autant changé quand moi… Je suis ridicule, je suis resté accroché à ma haine. Rabi sera parfait et moi, je ne vivrai pas une journée de plus sans toi.

Deux pieds se plantent devant Dami. Une goûte de salive tombe sur son écran en même temps qu’il lève la tête pour remarquer Michael. Malgré tout, Dami est content de le voir, se levant pour l’accueillir.

MICHAEL
Salut !

DAMI
Michael, je croyais que tu n’avais pas reçu mes courriels !

MICHAEL
Oui, oui, bien sûr, tes courriels… Euh, quels courriels ?

DAMI
C’était quoi ton mot de passe ?

MICHAEL
clitorisementvotre !

DAMI
Omaco a dû le trouver….

MICHAEL
Bah, pas besoin de ça, il a accès à toutes les bases de données du cyberespace !

DAMI
C’est un fait…

MICHAEL
Mais on S’EN FOUT ! Je suis là et en plus, j’ai su que tu es une fille. Style garçon manqué, j’adore ça !

DAMI
Je suis un gars…

MICHAEL
Non non, sous cet atroce chandail bouffi, tu as un joli corps de femme !

Dami se sent de plus en plus mal, Michael l’observant obsessionnellement. Celui-ci finit par le prendre dans ses bras, excessivement heureux, pleurant presque, l’émotion subjuguant sa personnalité.

MICHAEL
Je suis tellement content D’ENFIN te rencontrer !

DAMI
Moi aussi…

MICHAEL
Maintenant, je suis officiellement ton ami… et plus, si tu veux.

DAMI
Je suis un gars dans un corps de femme.

MICHAEL
Et moi je suis ce que tu veux dans le corps d’un homme en manque d’amour !

Léger silence.

MICHAEL
JE BLAGUE, ça fait juste du bien de te voir en chair et en os !

DAMI
Tu étais « officiellement » mon ami… même à distance.

MICHAEL
Je n’aime pas Internet, je préfère le physique, cette collision de particules entre les…

DAMI
(changeant vite de sujet)
As-tu apporté « ce qu’il faut » ?

MICHAEL
Tout ce dont j’ai besoin est dans ton ordinateur portable. À moins que le plan ait changé…

DAMI
Pas vraiment…

MICHAEL
(un peu plus sérieux)
On transmet le tout en direct sur Internet ?

DAMI
Oui.

MICHAEL
Partout ?

DAMI
Fais ton possible.

MICHAEL
Non, dis-moi ce que tu veux et je le ferai.

DAMI
Le mieux aurait été la télévision, mais…

MICHAEL
(le coupant, confiant)
Je m’en occupe.

DAMI
… ça risque d’être un peu trop compliqué.

MICHAEL
Tes désirs sont des ordres ma jolie.

DAMI
Michael…

MICHAEL
D’accord, je me tais et je m’active.

DAMI
Merci.

Dami tend l’ordinateur portable à Michael et celui-ci enclenche son oeuvre de piraterie.

MICHAEL
(remarquant enfin la tombe)
Y’a déjà quelqu’un de mort ?

DAMI
Michael, reste concentré…

[…]

Jesom s’interpose en voyant le chef de police approcher Rabi avec ses menottes.

JESOM
Je m’en occupe, par respect pour Take.

Aku lui donne son approbation sachant qu’ils étaient bons amis.

JESOM
Viens Rabi, je t’amène au poste.

RABI
Je suis tout à toi.

Alicia les observe partir, le cœur gros.

SOHA
Maman, ils nous ont enlevé papa et là, ils nous enlèvent tonton Rabi ?

ALICIA
Rabi… Je viens avec toi, je serai ton avocate.

RABI
Tu ne m’en veux pas ?

ALICIA
Tu fais partie de la famille.

RABI
Alicia…

Il se jette dans ses bras, ému et libéré d’un énorme poids.

ALICIA
Take nous aimait tous les deux et moi aussi, j’ai toujours trouvé ça beau.

RABI
Merci Alicia, merci !

JESOM
Rabi, il faut y aller…

SOHA
Moi aussi je veux venir avec vous !

AKU
Non, les rues sont trop dangereuses, nous escorterons toutes les familles à leur domicile.

SOHA
Toi tais-toi le vieux moustachu, tu as tué mon papa !

ALICIA
Soha !

La petite fille devient de plus en plus triste et obscure, brillante d’une rage nouvelle.

SOHA
Maman, s’ils n’écoutent pas Rabi, s’ils l’arrêtent, c’est qu’ils sont complices ! Ils sont des méchants comme Omaco ! Si nous laissons Rabi tout seul, ils le tueront ! Je le sais maman, j’ai tout compris !

RABI
Mon ange, tu as toujours été très mâture pour ton âge.
(en pivotant vers Alicia)
Alicia, il vaut mieux que tu restes avec la petite…

ALICIA
(en s’adressant à Aku)
C’est ridicule, ma fille devrait pouvoir venir avec nous. Rabi aura besoin d’une avocate.

AKU
Je ne voulais pas le dire aussi clairement, mais Rabi vient de se mettre dans un sacré pétrin et il vaut mieux pour toutes les deux que vous restiez loin de lui. Omaco ne fait pas dans la dentelle.

JESOM
Rentrez chez vous, tant que Rabi sera sous ma responsabilité, rien ne lui arrivera.

SOHA
Tu le promets Ja-som ?

JESOM
Oui… Alicia, prépare-toi pour le procès, je viendrai te voir avec la déclaration complète de Rabi.

ALICIA
Merci…

AKU
Allez, Jesom, disparais de ma vue avant que Rabi trouve le moyen d’empirer son cas. Je travaillerai à l’interne pour qu’il ait un procès, mais je ne peux rien promettre… La diffamation est un acte grave.

JESOM
Merci chef…

RABI
À bientôt Soha, Alicia…

SOHA
(déchirée)
Je t’aime tonton Rabi.

Jesom met les menottes à Rabi et il l’apporte dans son véhicule. Une fois les portes refermées, Jesom lui enlève les menottes, démarre les moteurs sans rien dire et roule tranquillement vers le poste.

RABI
Merci.

JESOM
Qu’est-ce qui t’a passé par la tête ?

RABI
Je vais réellement me présenter.
(lui souriant, amusé)
J’espère que tu voteras pour moi !

JESOM
Le monde n’est pas prêt à élire un gars comme toi !

RABI
Peu importe que je gagne ou survive, je veux juste vous redonner le goût en la démocratie.

Léger silence…

JESOM
Tu aurais dû voir la tête d’Aku. Le gars est un homophobe avoué depuis plus de quarante ans.

Il échappe un petit rire nerveux et d’un coup sec sur le volant, il fonce dans une borne-fontaine.

RABI
Jesom ?

JESOM
Frappe-moi, et va-t’en.

RABI
Tu es sûr de ce que tu fais ?

JESOM
Tu n’as pas pensé dans ton plan débile qu’ils te condamneront à mort sans même que tu aies de procès !

RABI
Si le plan fonctionne comme prévu, le peuple se révoltera…

JESOM
Tu es devenu fou… mais oui, je voterai pour toi, alors je t’en supplie, survis, ENFUIS-TOI !

RABI
Tu n’as jamais pris aucun risque de ta vie et là, tu…

JESOM
Je hais ce gouvernement autant que toi.

RABI
Je sais. Fais seulement semblant de t’être frappé contre le volant, sinon je serai accusé d’un délit.

JESOM
Bien vu… Je dirais que c’était un accident.

Rabi écrit un petit mot qu’il laisse sur son siège : « Je suis parti chercher du secours ! xox »

RABI
Je vais t’appeler de l’aide dès que je serai assez loin…

JESOM
Adieu Rabi.

RABI
À bientôt Jesom.

Il touche les clés pour y mettre ses empreintes, puis il sort du véhicule. Jesom le regarde partir puis se frappe soudainement la tête contre le volant. Il reste là, faisant semblant d’avoir perdu connaissance.

[…]

Malias est assis sur son divan, bandage à la main, et Azure pavane autour, enthousiaste.

AZURE
Maliassou, ressens ta douleur ! Cesse d’être passif et de la fuir ! Lève-toi et parcours le monde !

MALIAS
Arrête de bouger de même, tu m’étourdis !

AZURE
Chut vilain rabat-joie, le mouvement est mieux que l’immobilisme.

MALIAS
Je ne veux plus jamais faire de mal à qui que ce soit. Déjà que j’ai failli tous vous faire sauter.

AZURE
Peut-être qu’une présence féminine « amicale » t’aiderait à régler « ton petit souci ».

MALIAS
Dami serait en danger…

AZURE
Dami sait se défendre.

MALIAS
Vaut mieux commencer par désactiver la bombe…

AZURE
Nous aurais-tu offert un joli feu d’artifice si Rabi n’avait pas tiré ?

MALIAS
Bah, heu… si tu n’avais pas été là, je suppose que…

AZURE
(tendu, le coupant, s’écrasant sur le divan à son tour)
CHANGEMENT DE SUJET ! Je crois que c’est mon cerveau qui est à deux doigts d’exploser !

MALIAS
J’osais pas le dire…

AZURE
(riant, pour détendre l’atmosphère)
Ça me donne le goût de tuer.

MALIAS
(riant un peu lui aussi)
À mort la complexité !

AZURE
Télévision ?

MALIAS
(approuvant)
Télévision.

Il l’ouvre et tombe directement sur la chaîne des infos où Omaco se prépare à parler.

MALIAS
Encore lui ?

AZURE
Encore lui !

[…]

Entouré du décor sobre de son bureau, Omaco prend la parole sans aucune nervosité.

OMACO
Nous avons découvert que l’acte terroriste n’était pas celui d’une seule personne, mais bien celui d’un pays de l’orient qui déclare la guerre aux forces de l’occident. N’ayez aucune crainte, ce sera vite chose du passé. Vous me connaissez, je ne perds pas de temps lorsque la vie de nos enfants est en danger. Que cela serve d’avertissement à quiconque voudrait s’en prendre à nous et au bien fondé notre patrie.

[…]

Toqui est encore tenu captif dans son ancienne chambre. Il entend des pas. Son cœur n’a jamais battu si fort. Dans quelques secondes, sa mère, Ameythiste, qu’il n’a pas vue depuis d’innombrables années, foulera sa porte et il saura enfin la vérité : l’a-t-elle abandonné ou n’était-ce qu’une invention d’Omaco ?

Sa mère entre, c’est réellement elle… excepté qu’elle est en fauteuil roulant, attachée, squelettique, malade, les cheveux blancs, les yeux humides, complètement éteints, et la bouche grande ouverte.

Elle se déplace à l’aide de son index qu’elle glisse sur un pavé tactile.

TOQUI
Maman ?

Son cœur se brise, il commence à comprendre.

TOQUI
Maman ?

AMEYTHISTE
To… qui ?

Il veut se lever pour la prendre dans ses bras et la consoler, mais il sait que les gardes d’Omaco jailliront dans la pièce dès qu’il osera bouger. Il ravale ses émotions, tentant de garder son sang-froid.

TOQUI
Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ?

AMEYTHISTE
J’en… savais… trop.

TOQUI
Ne t’en fais plus, je te sortirai d’ici.

AMEYTHISTE
C’est trop tard, je ne sais plus qui je suis ni qui tu es… Tue-moi.

TOQUI
Maman…

AMEYTHISTE
Ils m’ont obligé à dire et à faire… tant de choses.

TOQUI
M’aimes-tu ?

AMEYTHISTE

TOQUI
(insistant)
M’aimes-tu ?

AMEYTHISTE
Tue-moi, je suis… fatiguée.

TOQUI

AMEYTHISTE
Omaco m’a gardé en vie… seulement pour te manipuler.

TOQUI
Je t’en supplie, dis-moi seulement que tu m’aimes…

AMEYTHISTE
Si tu ne me tues pas, tu ne seras… que son pion. Délivre-moi, je suis déjà morte.

TOQUI
(n’en pouvant plus)
Maman…

AMEYTHISTE
Je n’aimerai plus jamais, je ne suis qu’une coquille vide.

TOQUI
Dis-moi seulement si tu m’en veux pour ce que j’ai fait…

AMEYTHISTE
Je… je ne peux pas.

TOQUI
J’ai tué ton mari et des centaines d’autres personnes. Souviens-toi de ce que tu as ressenti.

AMEYTHISTE
Je me souviens… d’une affreuse sensation d’horreur.

Toqui crispe ses poings.

AMEYTHISTE
Les mains de mon fils… tachées de sang.

TOQUI
Et maintenant, tu me demandes de te tuer ?

AMEYTHISTE
Je suis déjà morte.

Toqui ose enfin bouger et prendre sa mère dans ses bras.

TOQUI
Non, c’est Omaco qui mourra.

AMEYTHISTE
Toqui, délivre-moi !

Une alarme résonne.

Le cœur en morceaux, l’âme à flot, mais le sang froid, Toqui se détache de sa mère.

TOQUI
Tu seras bientôt fière de moi, ton fils ne sera pas éternellement un monstre.

Dès qu’il a franchi le seuil de la porte, sa mère se met à pleurer, cessant de jouer.

AMEYTHISTE
Bien sûr que je t’aime Toqui ! Je t’aime, je t’aime, JE T’AIME !

Omaco entre à son tour en parcourant un livre de recettes de caramel biologique.

OMACO
Un mot de plus et…

AMEYTHISTE
(sombre)
Tais-toi démon, tu auras enfin ce que tu mérites.

OMACO
Tu aurais dû t’en tenir au texte que je t’avais copieusement écrit… Tant pis pour toi.

Il lui tire une balle dans la tête.

OMACO
Quoi qu’il en soit, je te félicite, ta divine comédie a gâché mon plan.
(soupirant)
Par ta faute, mes succulents caramels mous ne seront jamais prêts à temps.

Il ferme son livre.

[…]

Toqui court dans un corridor tandis que l’alarme résonne et il tombe face à face avec un garde. Il saute sur celui-ci, lui enlève son arme et enfonce ses doigts dans ses yeux en appuyant de plus en plus fort.

TOQUI
DIS-MOI OÙ EST LE MISSILE ?

LE GARDE
(entre deux cris)
JE NE DIRAI RIEN !

Toqui lui arrache un oeil, saisit l’extincteur sur le mur et enfonce l’extrémité du tuyau dans le trou.

TOQUI
PARLE !

LE GARDE
Sur le toit, il devait servir à la défense du bâtiment !

TOQUI
MERCI !

Il le lâche, prend son arme, tire dans les jambes des trois gardes qui arrivent et continue sa course.

[…]

Rabi entre chez Azure, mais ne trouve que Malias, assis sur son fidèle divan (comme toujours).

RABI
Azure est parti ?

MALIAS
Y’est dans cour arrière avec Dami.

RABI
Ça va ta main ?

MALIAS
Elle a un trou de balle et je n’aime pas les trous… ou je les aime trop.
(se reprenant)
Mais merci, d’autres policiers m’auraient juste abattu.

RABI
(lui souriant)
C’est quoi ce problème avec les filles ?

MALIAS
Leur corps me rend fou, j’en brûle, comme si des montagnes de magma me montaient à la tête, ou ailleurs, et m’empêchait de… pis c’est ça, j’ai pas vraiment envie d’en parler. J’suis juste un gros pervers.

RABI
Fais-moi signe quand tu te sentiras prêt pour « réellement en parler ».

Il sort et Malias ferme les yeux pour tenter de calmer son érection. Rabi revient aussitôt…

RABI
Ils ne sont plus là !

MALIAS
Sont sûrement partis chercher Toqui ! Faut pas te mêler au sale boulot, monsieur le gouverneur.

RABI
Je leur avais quand même demandé d’attendre, histoire de bâtir une stratégie…

MALIAS
(riant grossièrement)
Dami c’est l’ace des stratégies, c’est le seul élément fort de sa personnalité.

RABI
(traumatisé par ce qu’il vient de voir)
Malias…

Malias fige d’horreur à son tour, à la télévision, il montre les photos d’Azure et Dami.

Il monte le son.

MARTINE LELIÈVRE
Tandis que le terroriste a été arrêté par Omaco, les experts du laboratoire Servor Inc. viennent tout juste d’identifier ses potentiels complices. En effet, l’assassin d’origine oriental avait épargné deux hommes lors de son assaut contre les policiers, allant même jusqu’à les sauver comme le démontrent ces images. Il s’agit vraisemblablement d’Azure X, un survivant de l’orphelinat d’État du district 94, et de Rose Lamare, une jeune femme recherchée pour fugue et hypothétiquement, pour viol du couvre-feu.

RABI
Il faut les prévenir !

Rabi court vite à l’extérieur et Malias reste là, bouche bée.

MARTINE LELIÈVRE
Les policiers ont obtenu une adresse et son présentement en route pour procéder aux arrestations.

MALIAS
Merde, merde, MERDE !

[…]

Dami marche d’un pas déterminé vers le centre-ville. Azure et Michael tentent de suivre la cadence.

DAMI
J’ai assez perdu de temps, dis-moi comment désactiver les puces !

AZURE
Pour la MILLIÈME FOIS, Omaco va vous tuer si je vous le dis !

DAMI
C’est déjà ce qu’il compte faire ! Il veut nous tuer pour faire renaître « Folio Mentol » ! C’est son plan depuis le début : nous réunir, faire renaître nos liens, puis tous nous tuer juste pour te détruire !

AZURE
Ce n’est pas toi qui disais qu’on existait tous que pour te rendre fou ?

DAMI
Tu deviens fou quand je deviens fou ! Ai-je vraiment besoin de tout expliquer ?

AZURE
(léger)
Tout ça devient trop compliqué pour moi…

DAMI
Quand j’aurai terminé ma partie du plan, il faudra que tu sauves Toqui et que tu aides Michael.

AZURE
L’aider à quoi ?

MICHAEL
(chantonnant)
Les puces, les puces…

AZURE
(à Michael)
Méchant illustre inconnu, j’ai le droit de faire semblant de ne pas suivre pour fuir la conversation !

MICHAEL
JE SUIS TON FRÈRE !

AZURE
Si Malias c’est le magma, moi la glace… Toi t’es quoi exactement ?

MICHAEL
L’intelligence ?

AZURE
Pas bête, c’est vrai que je suis un peu niais. DANS MES BRAS MON FRÈRE RETROUVÉ !

MICHAEL
(sautant dans ses bras)
C’est le plus jour de ma vie ! Le dernier, mais NON LE MOINDRE !

DAMI
S’il vous plait, j’ai besoin que vous restiez concentré !

AZURE
Je ne peux pas ! Je veux m’amuser, je veux être heureux avec vous ! Omaco a juste besoin d’attention !

DAMI
Arrête de jouer, j’ai écrit ton passé, je connais Folio Mentol, je sais ce dont tu es capable.

[…]

Chez Azure, dans la dernière pièce du fond au sous-sol, dans la chambre froide, plusieurs corps et squelettes d’humains, surtout des policiers, festoient dans une mise en scène de bal masqué funeste.

[…]

AZURE
(en haussant les épaules)
J’ai changé.

DAMI
Combien de personnes as-tu tuées dans cette vie ?

AZURE
Quarante-deux, mais je ne vous ferai plus jamais de mal.

DAMI
C’est quoi exactement la différence entre moi et l’une de tes victimes potentielles ?

AZURE
Vous existez dans ce petit espace clos d’humanité que nos rocambolesques aventures ont créé.

DAMI
C’est exactement pour ça qu’Omaco est notre ennemi, il veut faire partie des gens qui « existent ». Il a déjà compté pour toi, puis il a disparu de ton univers. Sais-tu ce que ça fait de disparaître ?

AZURE
Tu réfléchis trop. Mais oui, je le sais.

MICHAEL
Tout le monde le sait. Y’a toujours une belle brune quelque part pour nous briser l’âme !

AZURE
Moi elle avait les cheveux jaunes.

MICHAEL
Blonds ?

AZURE
Non, jaune, couleur de l’éclair.

MICHAEL
C’est pas vraiment jaune un éclair… à moins qu’on parle d’éclairs au chocolat !

AZURE
C’est tellement bon des éclairs au chocolat !

Dami enlève ses vêtements. Michael se bat avec lui-même pour détourner son regard.

AZURE
Heu, que fais-tu gentil Dami ?

DAMI
Tu comprendrais si tu avais lu mon plan.

AZURE
(avec dégoût)
C’est tellement long « lire », déjà que j’ai lu la fin de ton roman dialogué…

DAMI
Je t’avais fait un résumé de trois pages.

AZURE
(avec un soupçon de souffrance)
« Trois pages. »

DAMI
(en détournant son attention sur Michael)
Est-ce que c’est prêt ?

MICHAEL
(en fixant l’écran de l’ordinateur portable qu’il tient d’une seule main)
Presque… une question de secondes… Ah… et tu as été mon seul ami, merci.

DAMI
Merci à toi aussi, prends soin d’Azure.

MICHAEL
Promis…

AZURE
Azure qui nage dans la confusion la plus totale.

DAMI
Rendez-vous dans « l’entre-deux vie »…

Il sourit un peu, finit de se déshabiller et se dirige au milieu de la rue.

AZURE
Au secours ?

MICHAEL
J’ai réussi.

AZURE
Réussi quoi ?

MICHAEL
À pirater les chaînes de télévision.

AZURE
Mais qu’est-ce qui se passe ? Reviens Dami, il faut sauver Toqui ! DAMI !

DAMI
Ça ne sert plus à rien de changer la fin de mon plan, je dois agir tout de suite avant de sombrer.

AZURE
J’ai besoin de toi ! Si tu deviens fou, je deviens fou… ET SI TU MEURS, je… DAMI !

DAMI
Je n’ai pas envie de refaire les mêmes erreurs ! Si je reste en vie, je tuerai Omaco. Je le découperai en morceaux, en mille et un morceaux, jusqu’à ce que… BREF, Michael, démarre la transmission.

AZURE
Toqui l’a sûrement déjà tué ! Omaco le sous-estime, il a causé sa propre perte en le kidnappant !

DAMI
Azure…

AZURE
Je prendrai soin de toi comme j’aurais toujours dû le faire !
(en lui ramenant ses vêtements)
RHABILLE-TOI TU VAS ATTRAPER FROID !

DAMI
C’est trop tard…

AZURE
Non, ce n’est jamais trop tard, JAMAIS ! Je t’aime, laisse-moi t’aider, laisse-moi te sauver !

MICHAEL
Dami, c’est en onde dans 3, 2…

AZURE
DAMI !

MICHAEL
1.

DAMI
(jouant son rôle à merveille)
Regardez-moi vous qui vous emprisonnez dans vos immeubles ! Regardez-moi et cessez d’avoir peur ! La beauté ne doit plus être stigmatisée ! Le contrôle totalitaire rend la société malade, il faut rétablir la véritable démocratie ! La propagande et la désinformation d’Omaco sont les cancers de la société !

Jesom arrive le premier sur les lieux. Il a un bandage sur la tête.

JESOM
Madame, rhabillez-vous immédiatement !

DAMI
Non, je suis libre et je ne fais rien de mal.

JESOM
Vous enfreignez un règlement grave, une atteinte à la pudeur passible de cinq ans de prison !

DAMI
Alors, arrêtez-moi et jugez-moi de manière équitable.

JESOM
Commencez par vous rhabiller.

DAMI
Commencez par baisser votre arme.

JESOM
(en regardant Michael)
Toi, tu fais quoi, tu filmes la scène ? Vous jouez à quoi tous les trois ?

DAMI
À « ça »…

Aku, le chef de la police, arrive à son tour et tire une première balle dans le corps de Dami. Celui d’Azure se met à trembler. Il est si crispé que ses muscles paralysent… il n’arrive plus à respirer.

AKU
Jesom, ne laissez pas passer cet affront à l’ordre public, il ne faut tolérer aucune faille.

JESOM
Vous êtes un peu moins compréhensif lorsqu’il n’y a plus d’enfant à « rassurer ».

AKU
La petite venait de perdre son père, mais j’aurais quand même dû tuer votre collègue. Je ne faiblirai pas deux fois et vous non plus Jesom ! À partir de maintenant, nous abattrons toute forme de rébellion !

JESOM
S’il fallait que je tire sur ma femme chaque fois que je la vois nue…

AKU
Tâchez de faire preuve de professionnalisme, vous êtes à un cheveu d’être renvoyé !

JESOM
(sombre)
Me voilà content d’être chauve.

AKU
Réveillez-vous Jesom, cette femme est un appel à la révolution et en temps de guerre contre le terrorisme, il ne s’agit probablement que d’une propagande directement financée par l’ennemi ! Tuons-la, ces orientaux ne nous rentrerons pas dans le crâne que leur société est meilleure que la nôtre !

Il tire plusieurs fois et Dami s’effondre sous le regard de plus en plus perdu d’Azure.

MICHAEL
(en refermant l’ordinateur, agrippant Azure)
Il faut partir !

Le sourire d’Azure jaillit d’une démence sans nom.

AZURE
Non, ils veulent tuer toutes les failles et j’ai envie d’être eux, d’être « Folio Mentol ».
(en fixant Aku)
Il devrait savoir que les failles permettent de laisser entrer la lumière…

MICHAEL
Il faut suivre le plan de Dami, ne rends pas son sacrifice inutile !

AZURE
Folio Mentol n’est que le reflet de la piètre santé de l’humanité.

MICHAEL
Calme-toi, je vais tout t’expliquer !

Le chef de la police remarque le regard que lui jette Azure…

AKU
Jesom, occupez-vous de l’ahuri, je m’occupe du marginal.

JESOM
(n’en pouvant plus)
Messieurs, vos codes d’identification je vous pris…

Michael attrape le bras d’Azure pour l’entrainer dans sa fuite, mais celui-ci le repousse pour marcher vers les policiers. Ceux-ci lèvent immédiatement leur arme, n’aimant pas du tout son regard fou.

MICHAEL
(paniqué)
Il faut… suivre le plan de Dami, il a… il a tout prévu !

[…]

Rabi revient dans l’appartement d’Azure, stressé, pressé.

RABI
Du nouveau ?

MALIAS
Non…

La télévision se met à faire des mouches, ce qui attire l’attention des deux hommes. Les images de Dami apparaissent. Il marche nu dans la rue et il n’y a aucun son, seulement sa narration.

DAMI
Dans exactement quinze minutes, toutes vos puces seront désactivées et vous serez libres. Ainsi, aux prochaines élections, vous aurez le choix entre garder un tyran comme gouverneur, un homme qui crée la peur pour mieux nous contrôler, ou élire un vent de liberté, de changement. À vous de choisir : continuer de nourrir le vide, la désinformation et l’injustice ou vous battre pour la vérité, pour des médias qui diffusent les vraies informations. Je laisse la parole à une habitante de la Vanexaska.

Dami est abattu et l’image change pour celle d’une jeune femme de l’autre continent, de l’orient, qui pleure, le regard fort, mais brisé. Il s’agit de Solstice, la même femme qui était sur la photo de Bobino.

SOLSTICE
Bonjour. Je suis ce que vous appelez une femme de l’orient, une femme des « terres barbares ». J’ai appris votre langue d’un soldat plus lucide que les autres. Un soldat assez haut placé pour se rendre compte que jamais nous n’avons fait sauter des bombes ou faits de mal à vos enfants. Ouvrez les yeux, votre gouvernement détruit ce qu’il ne peut contrôler. Nous avons refusé votre capitalisme, votre dépouillement des ressources planétaires, et voilà que nous serons exterminés jusqu’au dernier. Dans votre langue, mon nom se traduit par Solstice du printemps. Demain j’amènerai mes enfants à l’école, je les embrasserai, je les aimerai. Je ne suis pas différente de vous… Votre gouvernement a soif de guerre et ce carnage continuera temps et aussi longtemps que vous n’aurez pas soif de vérité.

L’image devient celle de Rabi, habillé en policier, souriant et droit.

VOIX DE DAMI
Cet homme, c’est Rabi Zan, celui qui se battra pour cette vérité… mais pas sans votre aide. Il se présentera aux prochaines élections et qu’il soit d’accord ou non avec vos opinions, il motivera chacun de vous à faire de même. Rabi rétablira l’importance des débats, de la discussion et de la participation citoyenne. Pour plus d’informations, rendez-vous sur ce site web : aunomdelademocratie.info. Je précise que cette vidéo est ma propre initiative. Je crois en Rabi. Je sais que lui ne m’aurait pas tué. Qu’il soit élu ou qu’il ne le soit pas, Rabi saura servir nos deux sociétés et se battre pour notre liberté.

Le programmation revient à la normale et Rabi s’assoit, troublé, attristé.

MALIAS
Azure avait raison, j’aurais pu voir Dami autrement.
(revenant à lui)
Heu, Rabi, reste pas ici, la police va arriver !

RABI
Si je sors, je suis pratiquement sûr d’être un homme mort.

MALIAS
Ils l’ont annoncé tantôt, y’ont une adresse… C’est sûrement celle de Dami, mais… DÉCRISSE D’ICITE !

Il voit des voitures de police encercler les lieux et comprend que c’est trop tard.

MALIAS
MERDEEEEEEEE !

RABI
J’ai l’impression que le « plan » de Dami ne se passera pas comme prévu…

[…]

AKU
(à Azure)
Restez où vous êtes, vous êtes en état d’arrestation !
(regardant Michael)
Vous aussi.

MICHAEL
Il faut l’excuser, mon ami n’est pas habitué de voir des jeunes filles se faire lapider en public. Moi non plus d’ailleurs. En fait, je ne crois pas qu’on puisse vraiment s’habituer, c’est un peu contre nature. Mais bon, je ne vous juge pas, vous faites votre boulot. Ça doit être dur. Vous êtes suivi par un psy ?

AKU
Je dois confisquer votre ordinateur portable pour voir si vous avez enregistré la scène.

JESOM
Euh… Aku, branchez votre oreillette…

AKU
Quelle fréquence ?

JESOM
N’importe laquelle…

AKU
(en obtempérant, son air devant beaucoup plus grave)
Je vois. Appelle des renforts…

Il tire immédiatement dans l’épaule d’Azure qui réplique en accélérant le pas, courant vers lui d’une vitesse presque surnaturelle. Aku tire à nouveau, mais ne l’atteint pas, Azure ayant attrapé son fusil pour dévier la trajectoire. Michael est éberlué, l’anti-héros du récit de Dami en action juste devant lui.

AZURE
Que dit votre oreillette ?

AKU
Vous êtes de mèche avec le terroriste, vous avez piraté la télévision d’État.

AZURE
Dommage, ils ne disent pas que j’ai froidement dépecé Aku, le chef de la police de Monala.

Aku grogne et utilise un couteau dissimulé en visant très clairement la gorge de l’ennemi. C’est vain, en deux trois mouvements incompréhensibles, Azure se retrouve derrière lui, le tenant, l’immobilisant.

AZURE
Je suis « Folio Mentol », l’incohérence qui n’a pas de limite.

MICHAEL
Woah.

AKU
Jesom, faites quelque chose !

JESOM
C’est qu’il vous a un peu pris en otage…

AKU
PEU IMPORTE, abattez-les !

JESOM
(parodiant sa femme)
Salut chéri, comment c’est passé ta journée ?
(prenant sa vraie voix)
Bof, presque tous mes collègues ont sauté, le terroriste court toujours et devine quoi, mon patron, le vieux moustachu… Oui, c’est ça, Aku, ben j’ai indirectement causé sa mort en tirant dessus.

AKU
JESOM !

AZURE
Vous deux, je vous reconnais parfaitement. Aku, tu es l’être de lumière, celui que Dami a découpé en millions de morceaux. Que fais-tu ici ? Pourquoi joues-tu un rôle aussi insignifiant ?

AKU
Je ne vois pas du tout de quoi vous parler !

AZURE
Un être comme toi qui vit dans l’incapacité de voir la beauté des choses, et des gens, qui ne cherchent qu’une perfection qui n’existe pas, n’est pas digne de porter son regard sur la richesse de l’humanité !

Il lui crève soudainement les deux yeux puis le laisse s’écrouler de douleur.

MICHAEL
Azure, ce serait peut-être réellement le temps de te calmer !

AZURE
(en s’approchant de Jesom)
Et toi…

JESOM
(en le pointant de son arme)
Un seul geste de plus et vous êtes mort…

AZURE
(quittant son regard très sombre pour un air excessivement joyeux)
Bravo, je suis fier de toi ! Le poltron de la bande a bien grandi…

JESOM
(effrayé, s’adressant à son oreillette)
Heu… Excusez, mais puis-je savoir quand arriveront les renforts ? C’EST URGENT !

MICHAEL
Azure, je t’en conjure, PARTONS D’ICI !

JESOM
Je m’en fous qu’on soit en effectif réduit, J’AI PEUR ! Je n’arrive plus à tirer.

Il regarde sa main qui tremble, incapable de bouger.

AZURE
Tire.

Le policier obéit et Azure reçoit la balle dans son abdomen.

AZURE
Bon, tu vois que tu es capable… ne contredis pas mon compliment de tout à l’heure, ce serait vilain.

MICHAEL
Azure, J’AI BESOIN DE TOI POUR LA SUITE DU PLAN !

Une balle percute sa jambe et il perd pied en s’assurant de ne pas échapper l’ordinateur portable. Autour de lui, les renforts les encerclent. Trois hommes et deux femmes prêts à tirer au moindre faux pas.

MICHAEL
FUYONS !

Il court vers la voiture et les tires fusent en sa direction. Une seule balle percute son dos.

Azure, quant à lui, glacial, impassible, agrippe le chef de la police pour se protéger.

Les tires cessent instantanément…

AZURE
Tuez-moi et je reviendrai vous hanter à tout jamais !

AKU
TIREZ !

Les policiers obéissent (sauf Jesom) et une danse s’opère dans l’esprit d’Azure pour éviter toutes les balles en les faisant percuter sur le visage du chef de la police. Son agilité atteint son paroxysme lorsqu’il vole l’arme de Jesom pour tuer d’un tir à la tête l’un des policiers venus en renfort.

AZURE
Vous… vous avez tué Dami…

Son arme se transforme en glace… son esprit défaille complètement. Un black-out. Il disparaît et réapparaît derrière l’une des policières. Lui tord le cou. Enfonce une main transformée en pique de glace dans le crâne de sa collègue. Renvoie les tires des deux autres directement dans leur tête. Se téléporte à côté de Jesom, lui sourit. Place délicatement sa main sur sa gorge. Lui glace celle-ci…

Michael arrête la voiture de luxe d’Azeito à côté d’Azure en ouvrant la portière pour qu’il puisse entrer.

MICHAEL
Embarque !

AZURE
(en lâchant Jesom, confus)
Michael ?

MICHAEL
(en entrainant celui-ci à l’intérieur)
Vite !

À l’intérieur, Azure regarde autour de lui, tous les policiers sont vivants, seul lui a été touché.

MICHAEL
Qu’est-ce qui t’a pris ? Utiliser le gilet par balles d’Aku pour te protéger, okay, désarmer tout le monde, okay, MAIS POURQUOI FALLAIT QUE TU GÂCHES TOUT EN FIXANT SOUDAINEMENT LE VIDE EN ÉTRANGLANT CE PAUVRE TYPE ? Le seul qui ne te tirait pas dessus !

AZURE
J’aurais dû tous les tuer… Ils ont tué Dami.

MICHAEL
Calme-toi, tu dois me dire comment désactiver les puces !

AZURE
(très sombre)
Seulement si tu me conduis à l’immeuble d’Omaco…

MICHAEL
Marché conclu. D’ici-là, il y a une trousse de premiers soins à l’arrière, amuse-toi bien !

AZURE
Je ne suis pas blessé.

MICHAEL
(ironique)
MAIS AVEC QUEL GENRE DE FOU SUIS-JE CENSÉ TRAVAILLER ?

AZURE
Un fou qui t’aime ?

MICHAEL
Yeah, moi aussi je t’aime ! EN ROUTE VERS L’AVENTURE !

Il appuie sur l’accélérateur pour semer les policiers.

[…]

Déguisé en gardien, Toqui parvient sur le toit en panique, par les escaliers, avec une blessure au ventre. Tout de suite, les gardiens du missile se tournent vers lui, quelques un prêts à intervenir pour l’aider.

Essoufflé, Toqui pointe son arme derrière lui.

TOQUI
Le terroriste arrive, il est dans l’ascenseur.

L’ascenseur ouvre, il n’y a personne. Confusion dans l’assemblée.

TOQUI
Il a dû descendre à l’avant-dernier étage, dépêchez-vous !

LE CHEF DES GARDIENS
Unité Alpha, dispersion. 3, 4, 3, 4.

4 d’entre eux vont dans l’ascenseur, trois dans chaque escalier et quatre autres restent là, dont le chef.

LE CHEF DES GARDIENS
(en s’approchant de Toqui)
Montrez-moi votre blessure.

TOQUI
Ce ne sera pas nécessaire.

Il vole l’arme de l’ennemi puis le met en joue.

TOQUI
Je ne vous laisserai qu’une seule chance. Soit vous m’aidez à désamorcer ce missile, soit je vous tuerai tous. La vie de milliards d’innocents est entre vos mains, et pour preuve, je suis le terroriste et je suis à même de savoir que le peuple du Vanexaska n’a aucun lien avec moi. Vous n’abattrez que des civils.

LE CHEF DES GARDIENS
J’aime ton audace, mais vous écouter équivaudrait à nous condamner à la peine de mort.

Il fait signe à ses trois complices, mais Toqui les abat tous les quatre d’un tir dans la tête.

TOQUI
Idiots, me désobéir équivaut exactement au même résultat.

Il sait que les hélicoptères et les renforts ne tarderont pas, alors il se dépêche d’utiliser ses connaissances en explosif pour démanteler la bombe. Il détache la tête principale pour arrêter la réaction en chaîne à une seule petite explosion. Il se dirige ensuite tranquillement vers l’ascenseur.

Il jauge ses quatre derniers cadavres encore frais…

TOQUI
Pardon mère, j’ai tenté de minimiser les dégâts, mais je ne sais définitivement pas agir autrement.

L’ascenseur s’ouvre, il abat le gardien qui avait remonté, y dépose la tête du missile et referme les portes. Derrière lui, un autre gardien ayant remonté par les escaliers lui tire dans le dos, puis dans le ventre puisque Toqui s’est retourné et une dernière fois dans l’épaule. Toqui le punit ensuite de son imprécision d’une salle balle bien placée dans la tête. Puis, il se laisse glisser par terre, à bout, épuisé.

TOQUI
Pardon mère, pardon Dami, je suis la haine, je suis le terroriste.

Ironique, il sourit en regardant le missile qui est hors d’état de nuire.

TOQUI
Si seulement il n’en avait pas des milliers d’autres en réserve…

Omaco le rejoint tout en lisant sa bible des sophismes et en mangeant une glace à la fraise.

OMACO
J’ai toujours préféré prendre les escaliers et voilà que l’explosif dans l’ascenseur me donne raison.

TOQUI
Bien, je vois que je vais mourir en mauvaise compagnie.

Omaco dépose son livre dans un petit étui et dégaine son arme.

OMACO
Dire que j’ai presque cru que tu finirais par me considérer comme ton père…

Il tire dans le torse de Toqui pour ensuite continuer sa lecture en savourant sa glace.

OMACO
En jouant sur leur émotion, les sophismes peuvent s’appuyer sur les mécanismes psychologiques de l’auditoire. Pauvre apprenti héros, tu t’es sacrifié pour un missile qui n’était qu’un leurre.
(joyeusement)
Qu’un leurre de plus, devrais-je dire…
(remarquant que Toqui est raide mort)
C’est bête, tu as rendu l’âme pendant que je te faisais la lecture. Je croyais t’avoir mieux élevé.
(en haussant les épaules)
Tant pis…

Il veut poursuivre sa lecture, mais Azure le plaque violemment au sol.

Omaco délaisse enfin son livre et sa crème glacée toute écrabouillée sur ses vêtements…

OMACO
J’ai presque cru que tu n’avais pas reçu mon invitation. Toqui a longtemps attendu ses sauveurs…

AZURE
Pourquoi as-tu dit à ton personnel de me guider jusqu’à toi ?

OMACO
Tu connais déjà la réponse, je ne vis que pour ce combat.

AZURE
C’est surréaliste.

OMACO
Folio Mentol comprendrait…

AZURE
JE NE SUIS PLUS LUI !

Il soulève Omaco, l’amène sur le rebord de l’immeuble et se prépare à le jeter en bas.

OMACO
En ce moment, tu possèdes la même rage que lui… et j’adore ça.

AZURE
Et le même SOURIRE !

Il sourit de plus en plus, démentiel.

AZURE
Tu as tué Nara, Take, Dami, Toqui… QUAND IL T’AURAIT SUFFI DE ME SOURIRE !

OMACO
J’avoue ne pas bien saisir la subtilité du propos, mais…

Azure le lâche… mais le rattrape aussitôt.

OMACO
Pourquoi hésites-tu ?

AZURE
Il faut que je me calme… Il faut que je pense à la limonade… à boire de la limonade…

OMACO
N’hésite pas. De toute façon, mes réflexes auront raison de toi si tu fais l’erreur de me jeter dans le vide.

AZURE
Pour l’instant, je ne tue que des cibles hostiles, mais si Folio Mentol apparaît, il va… tout détruire.

OMACO
En quoi cela est-il un problème ?

AZURE
Je ne veux plus leur faire de mal.

OMACO
C’était pourtant si amusant…

AZURE
Il mérite ma nouvelle personnalité.

OMACO
Même si ce n’est qu’un autre de tes masques ?

Il pousse Azure, s’accroche au bord et remonte pour lui faire face.

OMACO
Tu me déçois. J’étais sûr que tu viendrais enfin me combattre « pour vrai ».

AZURE
Qui avait-il de si intéressant dans nos combats ?

OMACO
Je pouvais y faire plusieurs choses en même temps, c’était un combat psychologique, physique et…

AZURE
Et ?

OMACO
Émotif, je suppose…

AZURE
Abandonne cette idée de combat et viens habiter chez moi avec les autres.

OMACO
Ils sont morts, les autres.

AZURE
(plus calme, recommençant à flotter par-dessus la réalité)
Toi aussi tu es une âme « différente ». Rejoins Rabi, Take, Nara, Dami, Malias, Michael, Toqui et moi.

OMACO
JE LES AI TUÉS !

AZURE
(le serrant dans ses bras… tout en devenant plus sombre)
Tue-moi, c’est ta dernière chance de survivre.

OMACO
Non, laisse aller ta noirceur… Je t’en supplie, LAISSE-TOI VIVRE !

Toqui saute sur Omaco pour tomber dans le vide avec lui, mais Azure les attrape tous les deux.

TOQUI
Lâche-le !

AZURE
C’est un plaisir de te savoir en vie ! Notre voiture nous attend, nous rentrons à la maison.

TOQUI
LÂCHE-LE !

Azure ne sait plus où il en est, il sait qu’il est à deux doigts de perdre la raison.

OMACO
Remonte-moi et offre-moi le combat que je mérite !

TOQUI
Si tu ne le lâches pas, leur mort n’aura servi à rien !

AZURE
Je veux aimer tout le monde, je ne veux plus de haine, de sang, de tripes…

OMACO
Si tu me laisses vivre, j’amènerai ce monde à sa plus totale destruction !

AZURE
(fermant les yeux)
Je dois… penser à eux, à nous, à leur amour. Oui, leur amour est mon amour.

Azure commence à les remonter, presque serein. Toqui dégaine l’arme attachée à sa ceinture. Sa vision s’embrouille, ses forces loin d’être suffisantes pour rivaliser avec Omaco qui s’amuse de la situation.

Toqui tente de le viser, mais celui-ci repousse l’arme sans la moindre difficulté. Ce manège dure un moment, jusqu’à ce que Toqui décide d’accélérer soudainement. Il tire, mais Omaco dévie la trajectoire au dernier instant… Toqui fait exprès pour que cette trajectoire bifurque juste en haut de l’ennemi.

Fatigué de jouer, le gouverneur frappe l’arme qui tombe dans le vide.

OMACO
Désolé, mais seul Folio Mentol détient le privilège de pouvoir causer ma perte.

L’arme cesse soudainement sa chute… Omaco remarque le fil de pêche attaché à celle-ci.

OMACO
Un véritable ninja… dommage que tu n’aies pas tes sabres.

Il pousse Toqui avec ses jambes et Azure l’échappe presque.

AZURE
Arrêtez de vous battre ! L’amour, il n’y a que l’amour de vrai ! Le reste n’est qu’illusion…

OMACO
Il n’y a que ta folie qui m’intéresse…

Il dégaine son arme de son bras vacant, prêt à tirer dans la tête de Toqui.

TOQUI
J’ai vraiment essayé… d’arrêter de tuer. Mais Omaco… tu m’inspires, tu es ma muse.

OMACO
Sache que j’ai tué ta mère.

TOQUI
Sache que tu es mort.

Il regarde en haut d’Omaco. Celui-ci comprend, le précédent tir a touché la main d’Azure.

AZURE
Omaco, grimpe sur mon bras…

OMACO
Tant pis, si tu persistes à rester cet « Azure » de malheur, cette vie n’a plus aucun sens !

Il lui tire directement dans la tête.

AZURE
Je suis désolé. Si j’étais redevenu Folio Mentol, peut-être serais-tu mort heureux…

Il faiblit, rit un peu, pleure… Il a réussi, il n’est pas redevenu « Folio Mentol ». Son corps tombe dans le vide avec Toqui et Omaco, tous les trois s’écrasant juste à côté de la voiture de Michael.

Celui-ci vient tout juste de terminer la configuration de la diffusion du son qui désactive les puces. Il sort à l’extérieur de la voiture pour voir ce qui s’est passé et il découvre les trois cadavres avec effroi.

Michael se rend ensuite compte de son erreur : sortir du véhicule teinté.

Des gardiens de l’immeuble l’entourent et Michael soupire.

UN GARDIEN
Identifiez-vous.

Toujours enfermé dans le coffre de sa voiture, Azeito frappe aussi fort qu’il peut.

AZEITO
(ballonner)
Mmmmmmm, mmmmmmmm mmm mmm, mmmm !

MICHAEL
Heu, bref, Rabi, le reste est entre tes mains.

Ça aura été sa meilleure et sa pire journée… mais surtout sa meilleure.
Michael ne peut s’empêcher de penser qu’il a peut-être sauvé le monde, qu’il leur a rendu leur liberté.

[…]

Malias et Rabi regardent par la fenêtre tous les policiers qui se mettent en place pour les arrêter.

MALIAS
(en état de panique)
Il y a une jolie fille dans le lot, il ne faut pas qu’elle entre ici !

RABI
Je ne pense pas qu’ils soient très compréhensifs.

MALIAS
Bon, okay, je peux faire des efforts… MAIS QU’EST-CE QU’ON FAIT ?

RABI
Ça va aller, j’ai une idée.

MALIAS
Quelle idée ? RABI !

Rabi sort de la maison en levant les mains en l’air, et aussitôt, tous les fusils se braquent sur lui.

RABI
Du calme, je suis en train de mener mon enquête et le terroriste n’est plus là. Il avait séquestré l’homme que je suis en train d’interroger. Il est sous le choc, mais il nous dira tout ce que nous voulons savoir.

POLICIER RESPONSABLE
Qui es-tu ?

RABI
Rabi Zan, un policier.

POLICIER RESPONSABLE
Pourquoi n’es-tu pas en uniforme ?

RABI
J’ai démissionné, je poursuis l’enquête de manière indépendante.

L’adjoint du policier responsable de l’arrestation vient chuchoter à l’oreille de son supérieur.

POLICIER RESPONSABLE
(se retournant vers Rabi)
Vous êtes en état d’arrestation pour diffamation et conspiration contre le gouvernement. Vous aurez le droit de contacter votre famille. Veuillez coopérer ou vous serez abattu sans préavis.

RABI
Je vois… Est-ce que mon avocate pourrait nous rejoindre ? Je suis sûr qu’elle aimerait vous contredire.

POLICIER RESPONSABLE
Non, l’ordre provient des plus hautes instances. Veuillez simplement coopérer.

Il sort ses menottes.

[…]

À l’intérieur, Malias suit tout ce qui se passe tandis que des policiers, dont une policière, passent par l’arrière en défonçant la vitre. Malias crispe sur son divan, approchant sa main vers l’interrupteur.

MALIAS
Ils ne sont plus là.

LA POLICIÈRE
(allant devant le divan, à côté de la télévision, l’arme en joue)
Identifiez-vous.

MALIAS
Gardez vos distances… S’il vous plait…

LA POLICIÈRE
C’est une menace ?

MALIAS
Ça n’a rien de personnel, mon organisme ne supporte juste pas la présence des femmes.

LA POLICIÈRE
Bon, les gars, on a affaire à un gros sexiste…

MALIAS
C’est pas ça, les femmes, vous êtes trop bien… j’en deviens fou dès que vous…

LA POLICIÈRE
(tranchante)
Monsieur, nous devons vous amener au poste pour vous interroger ! Levez-vous !

MALIAS
(en sueur, horrifié)
Non, c’est impossible, je…

LA POLICIÈRE
Levez-vous !

MALIAS
Nous avons tous notre manière de réagir au malheur et moi… moi… c’est la fuite.

LA POLICIÈRE
Lev…

La policière se tait instantanément puisque Malias vient d’enlever son chandail pour lui montrer la bombe attachée sur lui. Il lui montre également le détonateur.

LA POLICIÈRE
Monsieur, vous n’avez pas en arriver là.

UN AUTRE POLICIER
(dans son micro)
Code 334, je répète, code 334.

MALIAS
Partez d’ici ! Je n’ai pas envie de vous tuer, je suis du genre inoffensif. Laissez-moi tranquille et…

LA POLICIÈRE
Déposez le détonateur et ensuite seulement nous pourrons discuter !

MALIAS
Vous me tuerez si je vous obéis. Je sais comment vous fonctionnez, j’suis allé à la même école…

LA POLICIÈRE
Si vous êtes un ancien policier, vous devez également connaître vos droits.

MALIAS
J’suis un ancien gardien de sécurité et j’sais très bien qu’y’en a plus des droits ! Code 334, ça veut dire qu’un tireur d’élite va s’occuper de mon cas d’une seconde à l’autre. JE VOUS DEMANDE JUSTE DE PAR…

Malias se fige soudainement, il y a sa photo à la télévision. Martine Lelièvre parle de lui.

MALIAS
Taisez-vous ! Que personne ne parle !

Il monte le son…

MARTINE LELIÈVRE
(tremblante)
Vous souvenez-vous de cet homme ? Selon le rapport de police, il s’agit de Maze Beyame, l’agent de sécurité qui a tué tous les clients de l’établissement qu’il devait protéger… Il les aurait tous tués excepté moi, grande miraculée de cette histoire. Cette version est fausse, cet homme a voulu sauver tout le monde. Le gouvernement d’Omaco les a tous tués par pur abus de pouvoir, par pur ego, de la même manière qu’il condamne des peuples entiers. Je ne peux vous conter les détails, je serai coupé d’un instant à l’autre, mais Omaco m’a laissé vivre seulement pour que je devienne son instrument, l’un de ses esclaves au même titre que le présumé terroriste qu’il a lui-même formé. Pour lui, nous sommes ses pions et vous ne faites pas exceptions. Il nous a tous rendus dociles, crédules… et son règne doit cesser.

[…]

L’équipe technique regarde Martine d’un air incrédule. Personne ne sait quoi faire. Autant ils veulent obéir à Omaco pour ne pas avoir de problèmes, autant ils respectent et admirent Martine… et autant ils veulent en savoir plus. Martine s’attend à être coupée et arrêtée d’un instant à l’autre… mais au final, un caméraman stagiaire tout droit sorti de l’école de médias ose l’applaudir. D’autres suivent, solidaires.

MARTINE
(surprise d’être encore en onde, elle ajoute un petit quelque chose, maladroite, incertaine)
Maze Beyame, si tu m’entends, sache que je suis désolée.

Les caméras coupent et des agents spéciaux tout habillés de noir pénètrent dans la pièce. Une guerre éclate autour d’elle, son équipe technique se révoltant avec rage contre les forces armées.

Martine, qui se sentait morte depuis si longtemps, savoure cette fierté qui l’habite malgré l’homme qui l’empoigne pour la maintenir face contre sol. Elle a officiellement trahi son monstre de père adoptif.

Elle a réussi, elle est devenue l’idole du peuple pour mieux briser le règne d’Omaco.

[…]

Malias fixe la neige sur son écran, le cœur bouillant d’inquiétude pour sa Martine, le cœur complètement fou. Les policiers qui l’entourent ne savent plus quoi dire, subjugués par ces révélations.

LE POLICIER RESPONSABLE DES COMMUNICATIONS
(en parlant dans son oreillette)
La situation a changé. Nous tenons Beyame. Dites à l’escouade tactique de ne pas tirer, il pourrait parler et avouer que Martine Lelièvre est son complice et qu’elle a tout inventé. Je répète, ne tirez pas !

LA POLICIÈRE
Tu es certain que c’est bien lui ?

LE POLICIER
Il a la même marque sur son cou.

LA POLICIÈRE
Monsieur Beyame, acceptez-vous de collaborer avec nous ? Vous éviterez ainsi la peine de mort.

Le colosse devant eux se lève difficilement, perdant pied plusieurs fois.

MALIAS
(sombrement, le regard fort, grave)
Conduisez-moi immédiatement au studio de Martine Lelièvre.

LE POLICIER
Ça suffit, l’escouade tactique va tirer si tu ne déposes pas le détonateur… et personne ne veut ça !

MALIAS
Je suis prêt à le déposer si vous jurez de me conduire à son studio. Il faut la sauver !

LA POLICIÈRE
Elle sera jugée et arrêtée, sa vie n’est pas en danger ! Déposez le détonateur…

MALIAS
(perdant patience)
ILS LA TUERONT ! Nous sommes les seuls à pouvoir la…

Le tireur d’élite, voyant Malias s’énerver, n’hésite plus et tire. Une balle traverse la fenêtre et percute son bras… le détonateur tombe sur la face qu’il ne faut pas, enclenchant illico presto le compte à rebours.

MALIAS
Putain, pas ma deuxième main ! Avec quoi je vais me branler ?
(il remarque le compte à rebours)
Ah merde… SORTEZ D’ICI !

[…]

L’appartement explose, ce qui à l’extérieur crée une fumée épaisse et une totale confusion. Menotté, Rabi est projeté au sol, puis il se dépêche de se relever pour s’enfuir sans discrétion. Il est vite surpris par d’autres agents de police. Rabi leur sourit, dans quelques instants, il aura gagné… il le sent.

RABI
(en levant ses mains en l’air, illuminé, beau, confiant)
Je suis Rabi, candidat à la gouvernance accusé à tort de terrorisme… Je n’ai aucune arme et je me rends ! Nous n’avons pas à nous entre-tuer, notre seul ennemi est l’ignorance, seul lui nous condamne !

LE RESPONSABLE
Abattez-le !

Des dizaines de balles fusent sur Rabi et un sentiment d’extase l’envahit… il a officiellement gagné.

En fait, les policiers ne les ont pas remarqués, mais des dizaines de citoyens sont sortis dehors, violant le couvre-feu et cessant d’avoir peur après avoir vu Rabi courir dans la rue, poursuivi par les policiers. Certains filment la scène, munis de leur cellulaire ou d’une caméra vidéo.

Rabi espère que la petite Soha connaitra une époque meilleure et qu’elle grandira en ayant pu entendre ses derniers mots. Ses rêveries sont vite anéanties, les policiers confisquant toutes les caméras…

Son existence aura-t-elle été vaine ?

Rabi regarde le ciel comme l’aurait fait Take.

Quelque chose brille encore en lui. Il rit, amusé par l’idiotie et l’allégresse de ce monde.

L’un des policiers s’approche…

RABI
J’espère que tu voteras pour moi. J’ai prévu de belles pancartes bleu azur, bleu comme tes yeux.

Rabi rit encore tandis que le policier aux yeux bleus l’achève d’une balle dans la tête.

[…]

Quelques jours plus tard, Alicia corrige le devoir de sa jeune fille en silence. Soha l’observe, distraite.

SOHA
Maman…

ALICIA
Oui chérie ?

SOHA
Quand est-ce que je vais aller à la « vraie école » ?

ALICIA
Quand ce ne sera plus dangereux de sortir de la maison…

SOHA
Pourquoi c’est dangereux ? Omaco est mort, c’était lui le méchant !

ALICIA
Celui que tu appelais le « vieux moustachu » l’a remplacé…
(fatiguée, retenant ses larmes avec peine)
Oublie tout ça ma puce, ce sont des affaires de grands, tu es plus importante que leurs inepties.

SOHA
Le gouvernement joue encore à la guerre ?

ALICIA
Je ne sais pas, tu sais bien que maman ne touche plus à la télévision…

SOHA
Il se bat contre qui ?

ALICIA
Contre lui-même ou le reste du monde… je ne sais plus, je t’avoue que j’ai perdu le fil.

SOHA
Contre papa et Rabi ?

ALICIA
(craquant)
Ne dis pas ça s’il te plait…

SOHA
C’est parce que c’est un mauvais gouvernement qu’il est toujours en guerre ?

ALICIA
Soha, concentrons-nous sur ton devoir… le reste n’a plus d’importance.

SOHA
Papa, c’est ce qu’il voulait, un meilleur gouvernement ?

ALICIA
Chérie…

Quelqu’un frappe à la porte et Alicia s’empresse d’aller ouvrir comme si elle allait revoir Take ou Rabi.

ALICIA
Jesom ?

SOHA
Tu es venu porter d’autres choses qui appartenaient à mon papa ?

JESOM
(pâle)
Soha, peux-tu nous laisser un instant s’il te plait ?

ALICIA
(en embrassant le front de sa fille)
Attends-moi dans la cuisine.

SOHA
C’est toujours la même chose, tout le monde est silencieux… on me dit rien à moi ! Je vous déteste !

Fâchée, elle court jusque dans sa chambre et claque la porte. Alicia n’ajoute rien, excédée.

JESOM
Dans l’appartement où a été abattu Rabi, il y avait des peintures d’elle… des peintures de Soha.

ALICIA
Ne mêle pas ma fille à tout ça.

JESOM
Je crois que… la vie nous envoie des anges et qu’il faut les écouter.

ALICIA
Ne dis pas n’importe quoi !

JESOM
Ils nous ont ouvert le chemin, c’est à nous à présent de faire les bons choix.

ALICIA
SORS D’ICI ET NE REVIENS PLUS JAMAIS !

Elle le pousse sans retenue et claque la porte. Puis, l’âme à flot, elle s’adosse contre le mur et se laisse glisser, pleurant, tremblant, anéantie par ces événements qui lui ont enlevé les deux hommes de sa vie.

[…]

Dans sa chambre, Soha prend une photo de Take et Rabi et se réfugie sous les couvertures avec celle-ci.

SOHA
Je le sais moi papa que Rabi et toi étiez les gentils ! Tonton Rabi ne mentait jamais !

Elle voit une ombre bouger de l’autre côté de son petit refuge de couvertures. Elle veut crier, mais une main se place immédiatement devant sa bouche, puis un fusil. Un homme masqué se tient devant elle.

L’INCONNU
Je suis désolée petite, mais les successeurs d’Omaco payent vachement bien !

L’homme hésite… mais son doigt se prépare finalement à appuyer sur la gâchette.

L’INCONNU
Meilleure chance dans ta prochaine vie !

Une autre ombre apparait, celle d’un colosse musclé… et grassouillet. Cette fois, il n’est pas masqué…

MALIAS
Les successeurs d’Omaco ne te payeront certainement pas là où je les ai envoyés.

L’INCONNU
Quoi ?

Tandis que l’assassin se retourne, Malias le frappe directement entre les deux yeux et il s’effondre.

SOHA
Qui… qui êtes-vous ?

MALIAS
Quelqu’un qu’ils ont oublié d’achever. Un ami de ton père.

SOHA
Est-ce que c’est vrai que mon papa est un héros ?

MALIAS
Ouais, une vraie tête brûlée… J’avoue qu’il m’a inspiré.

[…]

Quelques jours plus tôt, tout de suite après l’explosion de l’appartement miteux, Malias est à l’extérieur, carbonisé, se tenant au-dessus de la policière. Il lui a sauvé la vie en sautant par la fenêtre avec celle-ci.

LA POLICIÈRE
(croyant qu’il est peut-être mort, Malias ne bougeant plus, les yeux fermés, excessivement brûlé)
Mon… monsieur ?

MALIAS
(sans ouvrir les yeux, endolori)
Cette sensation de chaleur me rappelle de bons souvenirs…

LA POLICIÈRE
Puis-je ?

MALIAS
Oui… oui… bien sûr…

Il s’enlève pour qu’elle puisse s’éloigner. Elle est sous le choc, hésitante à l’idée d’à nouveau l’arrêter.

MALIAS
Désolé pour vos coéquipiers…

LA POLICIÈRE
(en le mettant en joue, confuse)
Je… je suis désolée…

Malias remarque tous les autres policiers qui l’entourent, ainsi que le corps de Rabi, au loin, inerte.

MALIAS
Ça vous amuse de tuer CEUX QUI SONT CENSÉS SAUVER LE MONDE ?

LE RESPONSABLE
TIREZ.

Une dizaine de balles le percutent, mais aucune ne le blesse. Ce n’est plus du sang qui coule dans ses vaines, mais bien de la lave, son corps ayant absorbé les balles pour mieux les incinérer.

Jadis, même l’arme spéciale d’Ontenne ne l’avait pas tuée.

MALIAS
Désolé les gars, mais j’ai un rendez-vous galant. Quelqu’un me prêterait-il sa voiture ?

LE RESPONSABLE
(troublé)
Videz vos chargeurs, CET HOMME EST UN DÉMON !

[…]

Quelques instants après, Michael est sur une chaise électrique, seul avec Azeito.

MICHAEL
Laisse-moi au moins te montrer ma nouvelle invention ! C’est une réplique exacte du corps de la femme, un vrai bijou de technologie pour l’apprentissage autodidacte sans gêne et sans tabou des organes féminin ! Promets-moi de la commercialiser pour moi, je te donne tous les droits !

AZEITO
(exaspéré)
Tu es l’être le plus dégradant qu’il m’est advenu de rencontrer.

MICHAEL
Heu… je me suis peut-être mal exprimé. Et si je dis que c’est pour sauver le monde ?

Un cri de mort retentit dans une autre pièce.

AZEITO
Bon, c’est ton tour.

MICHAEL
Déjà ? Ai-je au moins le droit à une dernière parole qui passera à l’anthologie ?

AZEITO
Non.

MICHAEL
IL N’Y A RIEN DE PLUS VRAI QUE L’ORGASME D’UNE FEMME !

Le garde soupire, dépose sa main sur la manivelle et… hésite.

AZEITO
Bah, pourrais-tu juste me donner un conseil ? Ma femme n’aime pas ce que je fais avec mes doigts…

MICHAEL
Lèche-la, lèche-la comme si tu léchais la chose la plus précieuse, savoureuse et fragile de l’univers.

À cet instant, des cris de joie et d’autres de panique se font entendre dans le corridor, ainsi que des coups de feu. Azeito dégaine son arme, mais abandonne l’idée d’y aller, les murs fondants, couverts de magma. Michael sourit, c’est exactement comme dans le texte de Dami, « Folio Mentol ».

Malias a retrouvé ses pouvoirs et il les observe par un trou dans le mur, le corps brûlant.

MALIAS
Dépêche-toi !

Le métal qui retient Michael sur sa chaise fond à son tour et l’inventeur se délivre avec jubilation.

MALIAS
(en regardant le garde)
Laisse ton arme et enlève tes habits de garde si tu ne veux pas être réduit en charpie par les prisonniers. En temps de révolution, il veut mieux rejoindre la masse. La colère du peuple est sans merci.

AZEITO
(en obtempérant)
Faites tout ce que vous avez à faire, je suis à votre entière disposition…

MALIAS
Où est Martine Lelièvre ?

AZEITO
Complètement au fond du couloir… si ce n’est pas déjà trop tard.

Malias n’ajoute rien, se dirigeant vers la salle d’exécution en question. Autour de lui, une guerre fait rage entre les prisonniers et le peu de gardes restant. C’est l’hystérie. Des gens du peuple ont suivi Malias pour l’aider dans son combat, même la policière et d’autres de ses acolytes ont changé de camp. Les gardes de la prison ne peuvent plus rien faire, la plupart se contentant de capituler ou de fuir, le simple fait d’attaquer les ennemis les condamnant à mort. Plus personne ne peut arrêter la révolte.

Malias avance d’un pas lourd, le magma engloutissant la porte au fond du couloir.

MALIAS
Martine…

MARTINE
(illuminée)
Maze.

Le garde l’a déjà détaché, et il reste en retrait, effrayé, espérant ne pas être tué.

MALIAS
(s’agenouillant devant elle, son corps cessant d’être du magma)
Martine Lelièvre, puis-je être l’homme de ta vie ?

MARTINE
Oui.

Elle court pour l’enlacer. Des balles veulent les toucher, mais elles se transforment vite en cendre, Malias ne permettant à rien ni personne de gâcher ce doux moment, son premier souffle de vie.

[…]

De retour dans la chambre de Soha, Malias se plait à se rappeler ses beaux souvenirs.

MALIAS
Disons simplement que ton père et Rabi m’ont convaincu d’être une meilleure personne… Une personne un peu plus impulsive et clichée sur les bords, mais une bonne personne. J’ai même perdu du poids !

Malgré cette blague, la petite fille ne peut s’empêcher de pleurer en repensant à eux.

SOHA
Un jour je me vengerai, je tuerai ceux qui leur ont fait du mal…

MALIAS
Non, tu seras pas mieux qu’Omaco si tu penses comme ça. C’est la haine ton ennemi, celle des autres, mais surtout la tienne. La haine nous transforme, elle nous rend égoïste, nous aveugle, nous ferme aux autres et à toute forme d’empathie. La haine nous fait douter de nous-mêmes…

[…]

Rabi conduit loin du massacre de la manifestation pour le droit de vivre pleinement sa vie affective, et ce, peu importe son orientation sexuelle. Son regard est brisé, il regarde à peine la route devant lui.

[…]

MALIAS
La haine nous fait perdre la tête…

[…]
Le jeune Azure marche tout seul dans la rue, couvert de sang… derrière lui, le corps d’un policier.

[…]

MALIAS
Elle fait de nous des monstres aussi peu louables que nos ennemis.

[…]

Toqui contemple ses explosions.

[…]

MALIAS
Elle finit par contrôler nos décisions, par nous donner l’impression qu’il n’y a pas d’autres solutions.

[…]

Dami, toute nue, sourit en recevant les balles tirées par Aku, le chef de la police.

[…]

MALIAS
Toi Soha, tu te battras justement contre toute forme de haine… et de contrôle.

SOHA
Mais ils ont tué mon papa, et tonton Rabi…

MALIAS
La haine n’engendre que la haine, c’est ton choix de l’alimenter ou de te montrer à la hauteur du vrai sens de la démocratie… Bon, j’ai encore oublié ce que m’avait dit de dire Martine… Ah oui, c’est ça, l’écoute. L’écoute et le partage. Pis, ne dis pas aux autres dingues que tu rencontreras après moi que je t’ai dit ça, mais tu es celle qui dans une autre vie a été maudite de toutes les haines de l’humanité… et qui a quand même décidé de la sauver. Tu as été plus forte que chacun d’entre nous, tu étais notre reine.

SOHA
Est-ce que tu vas me gronder si je pète quand même la gueule des « successeurs » d’Omaco ?

MALIAS
Ah ! Ah ! Ah ! Absolument pas, je serai même aux premières loges avec toi ! Mais bon, un jour ou l’autre, faudra quand même que quelqu’un quelque part arrête le foutu cercle vicieux de la haine…

[…]

Ailleurs, dans l’autre-monde, quatre apprentis dieux analysent Omaco… qui s’ennuie ferme.

EINOS
Avez-vous un quelconque témoignage à ajouter à votre expérience ?

OMACO
Non, il me semble que ma prestance parle d’elle-même.

EINOS
Si vous le dites.

OMACO
Sur ce…

Il se lève, prêt à partir.

SCÈNARE
Je suppose que c’est la dernière fois que nous nous voyons.

Omaco rit un peu, sombre, n’ayant pas l’intention ni l’envie d’entretenir la discussion. Il s’en va, les deux mains dans ses poches, le regard éteint. À sa grande surprise, Azure l’attend à l’extérieur.

AZURE
Tu ne pensais quand même pas t’en tirer sans une ultime bataille…
(en montrant son jeu, soudainement plus enthousiaste)
… aux échecs !

OMACO
(souriant quelque peu)
Pourquoi pas.

Azure installe le jeu sur le sol et les deux hommes s’assoient chacun de leur côté de l’échiquier.

FIN

 

AZURE
(un peu hébété)
Je t’avertis, je ne sais pas du tout comment jouer !

OMACO
Je t’apprendrai.

AZURE
Bonne chance.

OMACO
(jouant le premier coup)
L’éternité se doit bien de servir à quelque chose…

AZURE
(jouant à son tour)
On devrait inviter tout le monde et faire un gigantesque tournoi !

OMACO
Ah ! Ah ! Ah ! Toqui ne pourrait s’empêcher de me tuer pour vrai ! Ou du moins, d’essayer…

AZURE
Ce serait drôle de mourir dans l’au-delà !

OMACO
Réactive ton cerveau Folio Mentol : peu importe le monde, il y a toujours une manière de « mourir ».

AZURE
Est-ce qu’on peut quand même jouer aux échecs sans tenter de s’entre-tuer ?

OMACO
Tant que tu joues pour vrai, je promets de ne pas t’estropier.

AZURE
C’est gentil… D’ailleurs, tu es échec et mat.

Omaco observe le jeu attentivement.

OMACO
Folio Mentol… je te déteste. Rejouons.

FOLIO MENTOL
Ah ! Ah ! Ah ! Avec plaisir ! Que le plus fou gagne !