L'éducation sexuelle (Saynète du bourg #5)

23 filles, un comte et un forgeron
Saynète #5
L’éducation sexuelle
Malvina et Marie-Madeleine

Écrit par :
Emmanuelle Belleau
Dominic Fortin-Charland

[…]

Marie-Madeleine est en train de ramasser du linge sec sur la corde à linge, alors que Malvina arrive les bras chargés d’un panier de linge encore humide. Marie-Madeleine finit sa tâche avant de s’attaquer au nouveau panier de Malvina. Cette dernière, durant toute la durée de la scène, pliera le linge sec, alors que sa mère s’occupera d’accrocher les vêtements mouillés sur la corde afin de les faire sécher.

Malvina
Tiens Maman, c’est le dernier panier à étendre. Les filles commencent un nouveau lavage.

Marie-Madeleine
S’tais pas comme si j’allions y passer tout le jour, icitte, à tendre la lessive sous le soleil.

Malvina
(le ton exaspéré, pour la contredire)
Maman…

Marie-Madeleine (la coupant)
Ben oui, que je vais y passer tout le jour ! Y faut croire ! Hein, à m’éreinter comme un cheval de traite, à labourer le chemin entre la corde à tendre et le ruisseau où’ se’ que les filles prennent plus de plaisir à se mouiller les creux du corps qu’à laver le linge de la maisonnée. C’est ti point ça qui va leur laver linge, hein ? Ni leur main. De sales petites cochonnes quand elles le veulent, celles-là !

Malvina semble distraite et peu absorbée à sa tâche. Marie-Madeleine, trop absorbée par la sienne, ne se préoccupe pas plus qu’il faut de sa fille. Pendant un moment, la mère se parle à elle-même alors que la fille lui répond de plus en plus vaguement, plongée dans ses pensées.

Malvina
Tu as raison.

Marie-Madeleine
Et puis, tu sais, ma fille, laisse-les à leur jeu. Un peu plus, un peu moins, hein, c’est point ça qui va me redonner ma jeunesse, ni des reins droits. Non, c’est point le pire ! Le pire ennemi de mon corps, c’est le soleil.

Malvina
Oui, maman.

Marie-Madeleine
Je suis en train de rôtir sur place, comme un poulet de farce sur la broche. Je sus toute l’eau de ma carcasse, à en être trempée comme un poisson tout frais sorti de la pêche. Mais le pire, et ne ris pas, c’est que je séchions aussi vite qu’un poisson sur un feu de bois. Un peu plus que je serais servi en tourtière au Seigneur. Hein qu’y fait chaud ?

Malvina
Oui…

Marie-Madeleine
Que oui ! Un peu plus que tu vas me faire cuire sous la cendre pour me servir en tourtière au Seigneur, la semaine des quatre jeudi avec une soupe de poule à dents, à part de t’ça ?

Malvina
Tu as raison, chez le Seigneur.

Marie-Madeleine
Malvina Girard dit l’hermine Girardin. Veux-tu bien cesser de faire la poule pas de tête et m’écouter un peu, bon ! Cré non de non… Y’en a marre de parler seule à ton regard de biche perdue ! Il n’y a que moi qui puisse dire que je vais être servi au Seigneur. Tu me comprends Malvina ? Il n’y a pas d’autres hommes que ton père qui va me toucher, veux-tu ! Cesse d’insinuer de pareille chose ! Je suis ta mère, tu m’entends ? Tu me dois respect, comme c’est écrit dans bible de ton père !

Malvina
(sarcastique)
Désolé, je m’applique puisque c’est ce que je vais faire toute ma vie, plier du linge…

Marie-Madeleine
Tu vas rompre ton petit tour tout de suite ma fille. Point de jeu d’esprit avec moé. Je suis pas une femme de lettre, ni point sainte, tu le sais. Reste que je suis ta mère, et que je vois bien que tu te tracasses pour quelques choses. Comme s’il y avait quelques loups dans ta basse-cour. Tu peux me le dire.

Malvina
Vous aimez le linge bien plié, je plie bien le linge, y’a rien d’autre à comprendre !

Marie-Madeleine
Ça serait ti pas l’autre là, l’Ambroise, qui vient vous brouiller les esprits avec ses chansons et ses fleurs. Je te dis qu’il y a de quoi en perdre ses sens, et surtout le bon, à le voir aller celui-là. C’est pas demain la veille qu’on va retrouver dans le bourg un énergumène comme lui. Y’a de quoi se méfier, avec ses habitudes d’étranges de l’ancien pays.

Malvina
(amusée)
Il regarde tout le monde dans les yeux, comme s’il voulait sonder nos âmes !

Marie-Madeleine
Ça, oui ! Et ça façon qu’il a de dire les choses, avec ses manières, si, si …

Malvina
Nobles ?

Marie-Madeleine (avec horreur)
Ça me pue autant au nez que lorsque j’étends du purin dans le jardin… Il se fait passer pour un agneau du Bon Dieu celui-là, hein, mais ça sera ti pas long avant qu’on découvre que sous sa laine, c’est un monstrueux de loup qui s’y trouve. Et ce jour-là, on se fera manger ! Et tu pourras plus venir le défendre quand il aura ta gorge entre ses dents. Pense même plus à crier !

Malvina
(prenant la défense d’Ambroise)
Ambroise apporte ses us et ses coutumes ici. Ça lui demande autant d’adaptation à lui, qu’à nous !

Marie-Madeleine (criant)
C’est trop tard. Il t’a eu ma pauvre fille. Aussi idiote qu’une canne, celle-là. Et je suis sûr que si le loup te promettait de couver tes œufs, tu le laisserais faire.

Malvina
N’en doute pas maman, il est juste et bon.

Marie-Madeleine
Ah oui ! Juste et bon, comme dans la chanson. Tu sais bien ce qui dit le refrain, hein ?

Malvina
Relève donc son jupon, cela est juste et bon.

Marie-Madeleine (prenant frayeur soudainement)
Tu n’aurais tout de même pas… Que la terre nous préserve de ce qui est point juste et bon !

Devant les fausses peurs de sa mère, Malvina reprend le contrôle de la situation, ajoutant de la vigueur à son ouvrage.

Malvina
Il ne s’est rien passé de la sorte, tu n’as pas à t’en faire avec ça… ni avec autre chose !

Marie-Madeleine (cessant de mettre du linge sur la corde)
Il n’y aura qu’un seul homme qui va te toucher, c’est moi qui te le dis ! Tu feras une bonne épouse, comme ta mère. (Une pause) Et tu vois, quand tu y mets le cœur à l’ouvrage, ça va plus vite. (Elle regarde Malvina faire la tâche toute seule). Et c’est qui fait chaud hein ? Sous ce bonnet, c’est que je cuis comme une poule en pot ! C’est pas créyable. Et qu’est-ce qu’il fait Mathurin quand on a besoin de lui ? Pour une fois que ça servirait à quelque chose qu’il me délace le corset.

Malvina
(les yeux sur les linges, hésitante)
Il ne s’est rien passé, mais, lorsque je l’ai croisée au bord de la rivière, il s’est montré chaleureux…

Marie-Madeleine reste sous le choc. Pour une première fois, bouche bée. Malvina la regarde, ne sachant trop quoi faire devant elle, craignant sa réaction.

Malvina
Rien de grave maman. Il n’a touché que mes mains. Et ne réagis pas comme ça. Tu peux pas dire que tu ne t’en doutais pas.

Marie-Madeleine
Y’a ben des affaires que les mères disent juste pour voir, pour tâter le terrain, un peu parce que dans le fond, leurs filles sont bien ignorantes de leur jeunesse.

Malvina
Ambroise et moi ne sommes pas ignorants, j’ai beaucoup lu et lui, il a beaucoup vécu…

Marie-Madeleine
(la coupant)
Ne dis plus son nom à celui-là. Attends que j’apprenne à Mathurin l’offense qu’il a fait à notre famille, celui-là. À moi ! À moi qui le considérais comme sa propre fille. Il va savoir qu’il n’y a pas que les bouc qui ont des cornes celui-là ! Je te jure, si je le croise, il va recevoir un bon coup de sabot dans les fesses ! Assez fort qu’il va avoir droit à un allez retour pour retourner d’où c’est qu’il vient. Cré non de non ! (Hurlant presque de furie) Non, mais ! C’est qui qui lui a permis de toucher un de tes cheveux! Toujours ben pas le curé qui vous a marié en cachette !

Malvina
Non maman, pas de mariage secret ni de charivari pour ce soir. Tu peux dormir sur tes deux oreilles. Quoique, (en insistant sur son nom) Ambroise a quand même touché mes cheveux…

Marie-Madeleine
Pardon ? Ça serait-ti pas mes oreilles qui cille comme un bourdon ? Ou bien t’es-tu en train d’insinuer que ce demi-homme t’a, d’une quelconque façon, touché ? Ne me mens pas Malvina ! J’ai perdu mes humeurs.

Malvina
Tu ne les as jamais.

Marie-Madeleine
(Elle réfléchit un moment, puis lui tend une veste de son père, et l’aide à l’enfiler. À son tour, elle prend la châle bleu de Malvina et s’en recouvre la tête) On est ti pas beau, comme ça ? Bon, c’est simple : toi, tu vas être Ambroise, et moi je vais être toi. T’as qu’à me rejouer la scène, je veux toute savoir !

Malvina
Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée…

Marie-Madeleine
Ne rouspéte pas, je suis ta mère !

Pendant ce temps, Marie-Madeleine prend des airs affligés et une voix plus aiguë qui ne lui sied pas bien du tout. Malvina, quant à elle, sceptique, tente de suivre sa mère dans son nouveau délire.

Marie-Madeleine 
AH ! Ambroise. Que vous voilà donc bien à l’opportun pour m’aider à laver tout ce linge. Et mes mains, si délicates qui doivent cogner contre les galets.

Malvina, déconcertée du jeu de sa mère
Là, il a touché mes mains.

Marie-Madeleine
AH ! Ambroise, vous voilà bien gaillard. Et si on nous surprenait ?

Malvina, définitivement mal à l’aise
Est-ce qu’on peut arrêter ?

Marie-Madeleine
AH ! Ambroise…

Malvina (la coupant)
Franchement, maman ! C’est loin de la vérité cette petite comédie. Comme si je commençais mes phrases par, AH! Ambroise ! C’est pas sérieux et ça ne mène à rien.

Marie-Madeleine
J’ai point vu de comédie, comme toi ! Comme tu dis, ça ne mène à rien ce théâtre ! Tout comme lui d’ailleurs ! Alors fais tout de suite une croix, enterre le bien loin dans ton jardin secret parce qu’il est hors de question que tu le revois. (Menaçante) Je le chasse de mon terrain dès que je le croise. Quand à toi, tu vas aller te préparer pour ce soir. Tu dois te rendre chez les Bellanger.

Malvina
Mais qu’est ce que tu veux que j’aille y faire, chez les Bellanger ? Je ne partirai pas pour ton bon plaisir, tu sauras.

Marie-Madeleine.
C’est ton père qui décide, Malvina ! Si c’était rien que de moi, j’aurions choisi un homme avec plus d’argent, mais bon. Il est pas si mal, après tout. Il a une terre à cultiver, une petite réserve sous sa paillasse et puis, il est pas si mauvais garçon. Bon, c’est sûr, il a fait des coups pendables…

Malvina (commençant à comprendre ce que sa mère insinue)
De quoi est-ce que tu me parles, maman ?

Marie-Madeleine
Quelquefois je me demande vraiment si tu les lis tous tes livres… Ou si ça te change pas de notre monde… Tu vas chez les Bellanger pour rencontrer leur fils, Barnabe, de façon officielle. Ton père a promis ta main. Les premiers bancs seront publiés demain à l’église.

Malvina
Tu peux être sûr que je serai la première à les contester. Je refuse de marier Barnabe !

Marie-Madeleine
Ton père a fait le bon choix pour toi, ma fille. Viens pas t’en plaindre ! T’es encore chanceuse d’avoir le fils, tu aurais pu avoir le père ! Et crois-moi, il m’a longtemps dragué, ce drôle-là. Compte-toi chanceuse. C’est que le Mathurin a négocié serré pour ce mariage. La dot et puis tout. Il faut lui donner ça. Et puis, les Bellanger, c’est pas du mauvais monde dans le fond. Un peu bête le Barnabe, mais pas plus qu’un autre idiot. Il te plaira. Ou du moins, tu t’y feras, j’en suis sûr.

Malvina
Non, je ne m’y ferai jamais, c’est injuste !

Marie-Madeleine
Tu peux plus reculer, là. Ton père a déjà forgé une plaque avec vos deux beaux noms sul’dessus. Il doit l’installer à la cuisine, le jour des noces.

Un temps, elles reprennent leur ouvrage. Un silence.

Malvina
Comment est-ce qu’on le sait ?

Marie-Madeleine
Comment on sait quoi ? Comment, comment, je sais ti !

Malvina
Comment on sait qu’on est en amour ?

Marie-Madeleine
En amour, ma fille? Voilà que des grands mots ! C’est ti point une question facile que vous me posez là. T’as jamais rien lu là-dessus dans tes ouvrages, hein ! Ça reste un mystère ? (Malvina fait un signe de négation) Tu le sais… Quand, quand tu arrêtes de te poser des questions. Tu le sais, ça s’impose à toi, comme le poisson à faire cuire un jour maigre. C’est ainsi ! Tu l’as attendu longtemps, plus qu’une semaine, mais quand ça arrive, c’est clair comme un œil de veau. Tu le sais. Tu le sens.

Malvina
Et comment est-ce qu’on se sent ?

Marie-Madeleine (cherchant ses mots, malhabile)
Ça vient d’en dedans, tu vois. Comme un vellement, mais sourd. En fait, c’est pas du tout un bruit. C’est intérieur, comme une fluxion de poitrine. Et ça dérange. Tu réussis point à t’en défaire ! Tu y penses tout le temps que t’en perds le sens de ton ouvrage, et même l’heure, et même quand tu dois aller ramasser les œufs et traire la vache. Tu brûles le pain dans le four parce que tu songes déjà à la confiture qu’il va t’amener le soir venu. Puis, tu doutes qu’il vienne te rejoindre dans le fossé, de peur de se faire prendre. Une peur. Une grande peur. Mais qui s’envole quand tu le vois. Ça te pogne dans le ventre et ça t’arrache de terre, ma fille. Tu perds pied comme un cochon dans son enclos. Et t’as envie de le suivre, partout, partout, sur chacun de ses pas. Tu vis sur les instants passés et ceux à venir, qu’on se promet. C’est bon, c’est doux, encore plus doux quand il a les mains…

Elle s’arrête un instant, songeuse.

Malvina
C’est comme ça que ça s’est passé avec papa ?

Marie-Madeleine
Mathurin ? Cré moi que non que ça s’est pas passé comme ça. Pour sûr qu’il y a eu des incidents comme ça, où je l’aimais bien. Et je l’aime toujours, car c’est un homme bon, de famille, et ça je l’ai toujours su. Non, Mathurin et moi, on s’est rencontré alors que j’accompagnais ma mère chez les Bellanger pour une visite d’usage. Sous chaperon. Et il était là, avec le fils des Bellanger, son meilleur ami de l’époque. C’est loin tout ça. Un soir, que le fils était malade, cloué au lit par une fièvre terrible. Les mères étaient restées à son chevet, mais par peur que j’attrapions sa maladie, elles m’ont envoyé dehors avec Mathurin, pour une balade dans le jardin. Y’a parlé de son envie de fonder une famille, de bâtir une forge, tu vois. Ça m’a plus sa vision de l’avenir. Et puis, c’est qu’il était gaillard et ça me plaisait bien, ça. Mais si j’avais su à l’époque qu’il allait m’aimer autant que son curé, j’aurais changé mes mains de braguette et j’aurais sans doute pris l’autre-là, avec son coup de chaleur.

Malvina
Et quand il t’a « possédé » pour la première fois…

Marie-Madeleine
OH ! Si tu savais ! Rien qui mérite d’être raconté. C’est pas le genre de chose qui change avec le temps. Ce que vous avez déjà entendu, que vous avez vu de par dessus vos couvertures, le soir… fais pas l’innocente, on sait bien que vous jetez un œil de temps en temps, mais y faut ce qui faut, comprends-moi… Mathurin, il a toujours été un homme qui savait ce qu’il voulait et c’est point du genre à faire des pirouettes pour me le demander. Pas pris quelques seconde que j’avions vite compris son petit jeu de séduction. Un coq de parade, toi ! C’était dans la laiterie, chez lui. Il avait défait mon corsage et a relevé ma jupe, la peau de fesse direct sur les tinettes de fer. Sans m’en rendre compte, sa culotte trainait déjà dans de la crème fraiche. Puis, y’a grogné, y’a remis sa veste en place dans son caleçon et il m’a embrassé. Je peux pas te dire que j’ai compris ce qui se passait, mais ça devait être ça.

Malvina
Es-tu heureuse, dans ta vie de famille avec Mathurin, toujours à la maison ?

Marie-Madeleine
Cré moi que même si parfois je me sentions comme une chèvre attachée à son piquet, ou encore à une lapine toujours grosse, je changerais rien à ma vie. J’ai point à me plaindre. Y’a plus malheureux que moi et je le sais. Je connais ma chance. Et je remercie le ciel de vous avoir auprès de moi tous les jours que le Bon Dieu nous amène.

Elle lui embrasse le dessus de la tête.

Malvina
T’es une femme simple, maman…

Marie-Madeleine
J’avions jamais cherché à être autrement, au contraire de certaine !

Malvina
Je n’aspire peut-être pas au même quotidien typé que toi, mais Ambroise et moi…

Marie-Madeleine (mimant une attaque de coeur)
Oh non ! Oh non ! Oh non ! Ambroise ! Je pensais qu’il t’avait juste touché les mains pis les cheveux, mais il t’a aussi touché le coeur ! J’peux pas croire ! Tu peux toujours ben pas t’être épris de ça. Avec ses pattes de cannes et ses bras… Qui ressemblent à des pattes de cannes, comme ses jambes ! Ça n’a pas d’allure, franchement Malvina. Cré moi, si on avait pas été là, Ambroise, y serait encore à quêter quelques sous à l’église. On s’amourache pas des miséreux. Y’a que les bonnes sœurs qui font ça.

Malvina
Maman ! J’ai fait des efforts pour t’en parler parce j’avais besoin que tu me rassures sur l’amour ! J’ai peur parce que pour la première fois de ma vie, je ne comprends pas ce qu’y se passe en moi ! Je joue à la femme forte et indépendante, mais il me hante ! J’ai connu que des hommes rustres qui me voulaient pour des raisons qui… (elle se tait un instant, dégoûtée) Ambroise est différent, sa compréhension m’a étonné et même si vous la voyez tous comme un défaut, sa délicatesse ne me déplaît pas du tout ! Il a beau sentir le lilas, s’excuser tout le temps, ne pas savoir forger, bricoler, cracher ou devenir un alcoolique notoire dans une taverne, il m’attire plus que n’importe quel autre homme. Il redéfinit la virilité en lui ajoutant de la classe ! Il respecte assez les autres pour se laver de temps en temps, lui !

Marie-Madeleine
Questionne dont le ciel pour savoir pourquoi il est comme ça !

Malvina
(se fâchant davantage)
J’ai l’impression de me réveiller d’un long cauchemar, d’enfin découvrir la vie loin de vos cris, de votre méconnaissance et de vos petites histoires réglées d’avance qui vous étourdissent en tournant en rond !

Marie-Madeleine
Je parie que c’est le Curé qui l’a envoyé ici que pour me faire du tort. Je le connais celui-là. Il m’a mis Monsieur le comte dans les pattes que pour son plaisir. HEIN !

Malvina
Voyons maman, tu délires complètement !

Marie-Madeleine
C’est point bon pour notre réputation de l’avoir à la maison, alors imagine s’il fallait qu’une de nos filles le prenne en épousailles. Aussi bien dire la famille disparaît aussitôt ! Y’en aura plus à Beauport ! Tu penses à ce que ça fera à moi et à ton père ? Dans quel état ça nous plongerait ! À la mendiance, comme des gueux, en souillon, à racler les fonds d’arrière-cours pour se nourrir ! Et tu penses à tes sœurs ? À Mathurine qu’y’a pas encore la moitié de sa tête ! Imagine si elle se ramasse à la rue ! Elle va se faire attaquer par des brigands. Et encore, je t’épargne le pire pour qu’on reste tout public !

Malvina
Tant pis pour tes oreilles chastes ! Ambroise et moi allons nous marier et même si vous voulez nous en empêcher, le curé sera de notre bord ! Je pense effectivement qu’il ferait n’importe quoi pour t’entendre grincer des dents et je commence à comprendre pourquoi !

Marie-Madeleine
Ils vont sacrifier Mathurine, comme la vierge qu’elle est ! ou pire encore… La brûlée. (Délirante) Hein, Malvina ! Tu fais ce que tu veux ! Moi et ton père on veut ton bonheur ! Mais si c’est avec Ambroise, je t’aurai prévenu !
(petite pause puisque Malvina s’en va)
Ben voyons ma Malvina, je blaguais, je l’aime notre Ambroise, il sait coudre !

Au loin, Malvina crie.

Marie-Madeleine
(l’air un peu plus songeuse, seule avec elle-même)
Un homme compréhensif, je me demande ce qu’aurait été ma vie…
(petite pause puisque Malvina s’en va)
Ben voyons ma Malvina, je blaguais, je l’aime notre Ambroise, il sait coudre !

Au loin, Malvina crie.

Marie-Madeleine
Je me demande ce qu’aurait été ta vie avec un homme compréhensif, tu serais peut-être ben moins malade ! J’ai hâte de voir ce que ce sera quand t’accouchera de ta 23ème fille…