[D.U.A.M.] Brouillon de l'épisode 5

Dans un appartement miteux

Épisode 5 :
Plan d’action

par Dominic Fortin-Charland
2009

[…]

Quatre hommes regardent les événements à travers des écrans éthériques, tels des dieux. Champion et Scènare sont les seuls a y prendre du plaisir, Einos restant excessivement sérieux et l’homme dans l’ombre, Honeive, s’ennuyant de ne pas pouvoir jouer avec les protagonistes de sa petite expérience.

EINOS
Bon, si vous voulez bien, il serait temps de dresser un bilan.

CHAMPION
Un millième bilans…

EINOS
Si ce n’était que de moi, j’en dresserais un toutes les heures ! Votre manque de rigueur m’exaspère.

SCÈNARE
Un bilan, n’est-ce pas, en théorie, seulement à toute fin ?

EINOS
Ne tente pas de rhétorique avec moi ! C’est le bilan de la journée, le suivi quotidien, le…

CHAMPION
…moment où je regrette d’exister.

EINOS
…le résumé, la rétrospection…

CHAMPION
Ça va, on a compris !

EINOS
…le compte rendu !

SCÈNARE
Tu vois, « compte rendu » serait le bon terme. Un grand « scientifique » comme toi devrait le savoir !

EINOS
Bilan est tout aussi adéquat.

SCÈNARE
Absolument pas.

EINOS
Prouve-le.

SCÈNARE
Dois-je réellement faire appel aux dictionnaires dans une assemblée d’apprentis dieux ?

EINOS
Si cela peut enfin vous faire taire !

SCÈNARE
(soupirant)
Je connais huit dictionnaires par coeur. Bilan signifie le compte en pertes humaines et matérielles APRÈS une catastrophe ou un incident, ou le résultat GLOBAL d’une opération quelconque. Or, la nôtre de « catastrophe », elle est loin d’être terminée. D’ailleurs, nous sommes en train de perdre le fil !

CHAMPION
Amen, le scénariste a parlé !

EINOS
Foutaise, depuis quand les scénaristes savent-ils écrire ? Ils ne savent qu’enchainer les dialogues, y ajouter des femmes, des explosions… Laissez aux romanciers les qualités qui leur appartiennent !

SCÈNARE
Un jour, j’écrirai la thèse de ta propre mort.

EINOS
(jubilant d’extase)
Voilà enfin quelque chose qui me plairait !

SCÈNARE
C’est malsain, tu jouis dès que tu entends le mot thèse.

EINOS
Champion aime regarder des combats, toi les truquer, moi les analyser… Chacun sa noblesse.

HONEIVE
(sans sortir de l’ombre)
Et moi ?

Les trois autres hommes se taisent, par peur autant que par respect.

HONEIVE
Moi j’aime jouer… et vous m’ennuyez avec des détails sommaires.

CHAMPION
Si monsieur est d’avis que les bilans sont sommaires, je suis d’avis de ne plus en faire.

SCÈNARE
Je plussoie.

HONEIVE
C’est votre existence qui l’est. Einos, note…Azure a tué Bobino, Cize et Venban. Malias a tué le fils de celui-ci avant qu’il n’ait eu le temps de parler. Dommage. Toqui a tué Ontenne, les jumeaux, Terry, Ferdinant et a plongé Séniba dans un état de comas avancé. Je propose d’accélérer ses soins puisque si la tendance se maintient, Omaco sera bel et bien un roi esseulé errant comme un fou sur son échiquier.

EINOS
Jusqu’à maintenant, il n’a tué que Benjamin et Scios, il a

SCÈNARE
Omaco a sacrifié tous ses pions, il ne lui reste que sa reine, et ses deux tours.

CHAMPION
Pourriez-vous les nommer ? Pas que je n’aime pas vos terminologies de bac à sable, mais…

SCÈNARE
… tu n’arrives pas à suivre dès que ça ne devient un peu compliqué.

CHAMPION
Nuance, dès qu’on sort du concret ! Et le concret avec vous très, c’est TRÈS relatif !

SCÈNARE
Ne parle pas de relativité, Einos va encore nous agrémenter d’un monologue de dix ans !

HONEIVE
(retournant dans la conversation, n’aimant pas leur égarement)
Les tours sont Martine Lelièvre et monsieur Aku, le chef de la police. Omaco possède également d’autres pions substantiels, mais l’important est de déterminer s’ils lui seront réellement fidèles.

EINOS
D’ailleurs, dans le cas de Jesom et Take, rien ne suppose concrètement qu’ils resteront les alliés de Rabi.

CHAMPION
Jesom peut-être, c’est un peureux de première, mais les interrogations sur Take me semblent superflues.

SCÈNARE
Tu ne vois pas assez loin, un jour où aura à choisir entre Rabi et la sécurité de sa famille…

EINOS
Il est également un sociopathe en puissance qui peut être sujet à de graves troubles de la personnalité.

CHAMPION
Vous exagérez, Take a changé… Je ne miserai pas sur lui, mais il a ses chances.

EINOS
Qui sait ce qu’il se serait produit s’il avait l’exact sens de la vérité ?

SCÈNARE
La vérité n’est-elle pas relative ?

EINOS
Tais-toi…

SCÈNARE
Vous n’avez pas l’impression que nos bilans tournent en rond ? Nous ne parlons que de faits et gardons nos réelles réflexions pour nous par paresse de les partager avec nos comparses réprobateurs.

CHAMPION
Ah ! Ah ! Ah ! Enfin quelqu’un qui ose le dire tout haut !

EINOS
Au moins, cela nous fait parler… Je fatigue après des heures d’écoute, entendre vos voix me réconforte.

SCÈNARE
Oh comme c’est touchant… Dans mes bras Einos !

EINOS
Seulement si tu me murmures le mot thèse à l’oreille !

HONEIVE
Allons-nous oui ou non soigner Séniba ?

CHAMPION
Nous avons tous promis de ne pas interagir. Nous avons choisi les paramètres puis jeté les dés…

HONEIVE
Ne connaissez-vous pas à regretter cette idylle de libre arbitre ?

CHAMPION
Que deviendraient mes paris sans libre arbitre ?

HONEIVE
Que devient un échiquier sans joueurs ?

SCÈNARE
Que devient la scénarisation sans scénariste ?

EINOS
Un roman de meilleure qualité ?

SCÈNARE
Einos, nous qui venions à peine de nous réconcilier !

EINOS
Il ne faut jamais laisser ses émotions troubler sa quête de vérité !

HONEIVE
Permettez-moi au moins d’animer quelques souvenirs dans l’esprit de Take…

SCÈNARE
Non, regardez bien, Omaco a amené les pions ennemis là où il voulait, il les a tous piégés.

EINOS
Effectivement, il semble que nous soyons peut-être au début de la déchéance.

SCÈNARE
Omaco transformera le jeu d’échecs en jeu de dominos…

CHAMPION
Ne dites pas ça, j’ai gagé la moitié de mes pouvoirs qu’Azure ne redeviendrait pas Folio Mentol !

EINOS
Ne t’en fais pas mon ami, c’est un pari un peu trop relatif pour être pris en considération.

SCÈNARE
Crois-moi, si Azure redevient Folio Mentol, ça n’aura rien de relatif…

HONEIVE
Voilà qui termine notre bilan de mi-parcours. Je vous ai assez entendu, qu’on m’apporte mes figurines !

EINOS
Ah, le bilan de « mi-parcours », voilà visiblement le terme que je cherchais tout à l’heure.

HONEIVE
Tais-toi.

Scènare ne peut s’empêcher de ricaner.

HONEIVE
Toi aussi.

CHAMPION
Je parie que le prochain à mourir, ce sera Toqui. Même si Omaco ne le tue pas, Take s’en chargera…

SCÈNARE
Tu délires, la volonté de Toqui briserait l’immobilisation avant qu’il n’y parvienne.

CHAMPION
Vous voyez, c’est pour ça QUE PERSONNE N’OSE RÉELLEMENT DONNER SON AVIS.

HONEIVE
Champion…

CHAMPION
Pardon, je me tais moi aussi. Mais reste que ce Take, sa violence quand il a vu les peintures, ce n’était pas net. Il y a quelque chose en lui des grands guerriers d’autrefois, Take tirera toujours le premier.

[…]

Quelque temps avant le départ de Rabi de l’appartement… Au sous-sol, Azure ouvre la lumière et devant Take, il y a des centaines de dessins de Rabi sur les murs, sans parler de l’écriture qui couvre chaque espace vide entre chaque oeuvre d’art. Take n’en croit pas ses yeux, il s’attendait à tout sauf à ça.

Étrangement, Rabi ne porte pas d’uniforme de police sur les dessins. Il porte même des habits que Take n’a jamais vu, des habits qui ont l’air de venir d’un tout autre monde. L’un des dessins retient davantage son attention. Il montre Rabi, blessé mortellement, qui porte Azure, inconscient dans ses bras.

TAKE
(horrifié, ne pouvant cesser de regarder le dessin)
C’est… c’est Rabi ? QU’EST-CE QUE ÇA SIGNIFIE ?

Il attrape Azure par le collet et le plaque contre le mur.

TAKE
J’espère pour toi que tu as de bonnes explications !

AZURE
Woah, tu te décides enfin à me tutoyer !

TAKE
RÉPONDS À MA QUESTION !

AZURE
(distant)
Regarde chacun des dessins et tu comprendras par toi-même.

TAKE
Je ne suis pas d’humeur à analyser chacun de tes petits délires ! Tu vas m’expliquer ce qui se passe ici ou tu peux sûr que je n’hésiterai pas à faire de ta vie un enfer ! Est-ce c’est Rabi ? RÉPONDS !

AZURE
Qui te dit que c’est moi qui aie dessiné tout ça ?

TAKE
Ce n’est certainement pas le gros plein de marde écrasé sur son divan !

AZURE
Pourquoi pas ?

TAKE
(en le plaquant à nouveau contre le mur, insistant)
Réponds à mes questions !

AZURE
Brutalité policière ?

TAKE
RÉPONDS !

AZURE
Seulement si tu acceptes de faire un marché avec moi…

TAKE
(sec)
Lequel ?

AZURE
Si tu ne fouilles pas les autres pièces, je te dirai tout ce que tu veux savoir sur celle-ci.

Take scrute les environs plus attentivement et remarque une petite porte couverte de dessins.

AZURE
Tu as dix secondes pour accepter ! Tic, tac, tic, tac…

TAKE
Qu’est-ce que tu caches ?

AZURE
Quand je t’aurais dit la vérité, être policier ne t’effleurera même plus l’esprit.

TAKE
Je refuse et tu vas quand même me dire tout ce que je veux savoir !

AZURE
C’est malheureux, je vais devoir te tuer.

TAKE
(en mettant une main sur son arme)
J’espère pour toi que c’est une blague…

AZURE
La folie est la meilleure des armes, dommage qu’elle soit si instable.

Il sourit d’une manière démentielle, d’une manière qui n’a rien de sa douceur habituelle… puis, il avance d’un pas vers Take. Immédiatement, le policier dégaine son arme. Azure s’arrête et rigole un peu.

AZURE
Ah ! Ah ! Commencez par me lâcher monsieur l’agent, ensuite seulement je parlerai !

Take obtempère sans le quitter des yeux, grave, prêt à dégainer son arme.

AZURE
(en frictionnant son cou pour atténuer la douleur)
Je vous teste, j’espère que vous en êtes conscient.

TAKE
C’est un peu tard pour décider de me vouvoyer…

AZURE
Ça fait partie du jeu.

TAKE
Quel jeu ?

AZURE
Je sais que je peux compter sur Rabi, mais toi, qui es-tu Take ?

TAKE
Je suis un bon policier qui fait son travail.

AZURE
Un chien.

TAKE
J’assure la sécurité du peuple pendant que des gens comme toi dessinent des inepties dans leur sous-sol.

AZURE
« Wouf wouf. »

TAKE
Cesse de jouer avec mes nerfs !

AZURE
Es-tu une mauvaise personne, es-tu comme autrefois ?

TAKE
T’en fais une obsession de Rabi ? Tu comptes le tuer, tu veux l’ajouter à ta collection de squelettes

AZURE
Tu ne paranoïerais pas un tout petit peu ?

TAKE
IL EST QUESTION DE L’HOMME QUE J’AIME, ALORS OUI, JE PARANOÏE ! Il est blessé sur la majorité des peintures ! Sur celle-là, il est criblé de balles, sur elle, il est à l’hôpital et sur… sur celle-là…

AZURE
(regardant dans la même direction que lui)
Il explose. Mais bon, ça ne veut rien dire, il n’est pas nécessairement mort pour autant.

TAKE
Veux-tu bien juste répondre à mes questions, S’IL TE PLAIT ?

Azure se dirige vers un dessin représentant Rabi, géant et souriant, pourvu d’un joli ensemble veston cravate, debout sur une petite planète. Take le suit du regard et finit par baisser son arme, sceptique.

AZURE
Sur celle-ci, Rabi remplace le gouverneur, heureux et épanoui, à la tête d’un monde meilleur.

TAKE
Tu t’amuses à imaginer le futur des autres ? Tu l’espionnes depuis quand ?

AZURE
Au fond de toi, tu sais pertinent qu’il en est capable.

TAKE
Oui, mais ça ne m’empêche pas de trouver ça LÉGÈREMENT ÉTRANGE.
(regardant à nouveau la porte au fond de la pièce)
Et dans les autres pièces, y’a quoi ? Des photos, des destins plus macabres ? Ses poubelles ?

AZURE
Chaque pièce représente le passé ou l’avenir d’une personne en particulier, ça ne t’intéressera pas.

TAKE
Effectivement, je m’en fous, mais je dois quand même vérifier si le terroriste s’y cache !

AZURE
Ton destin est lié à celui de Rabi, tu n’as pas à voir les autres pièces.

Take parcourt les murs à la recherche d’une peinture de lui, mais n’en voit tout simplement pas.

TAKE
Il n’y a que Rabi et toi.

AZURE
C’est que tu es aveugle cher Take, ce qui confirme mes doutes à ton sujet.

TAKE
(froid)
Quels doutes ?

Azure avance d’un pas, Take recule d’un autre.

AZURE
Tu ne fais que fuir qui tu es, c’est même ta principale occupation.

TAKE
Reste où tu es…

AZURE
Rabi et toi avez un destin, vas-tu l’accepter ou le fuir ?

Take s’approche du dessin où Rabi, mourant, porte Azure inconscient dans ses bras.

TAKE
C’est ça son destin ? Une scène romantico-tragique avec toi ?

AZURE
Non, ça c’est sa vie antérieure. Son destin, c’est celui d’être à la tête de ce monde !

TAKE
C’est de la folie… Sois franc, t’étais un ami de Scios, ou on t’a déjà arrêté…

AZURE
Lis…

Il pointe ce qu’il y a d’écrit en dessous du dessin de Rabi, souriant, debout sur sa planète.

TAKE
(s’exécutant, ne sachant plus quoi penser)
Deux policiers et âmes soeurs
Entreront dans l’antre des fous
Le soir même qu’un terroriste de coeur
Aura brandi son génie avec mauvais goût

AZURE
Take Zanoke découvrira les secrets de son amant
L’aidera-t-il ? Fuira-t-il ?
De sa réaction dépend le sort des siens
D’inconnu à guide, d’amant à amour

Cet homme qui renversera le démon, Rabi
Le laissera-t-il exister ?

Take reste silencieux, ne sachant pas quoi dire, stupéfait, traumatisé.

AZURE
Certes, ce n’est pas de la grande poésie… quoique je ne m’y connais pas du tout en poésie.

TAKE
C’est impossible… tu dois avoir un complice, quelqu’un qui a peinturé ça à notre arrivée !

Take touche la peinture pour vérifier si elle est fraiche… Elle ne l’est pas. Il y a même de la poussière.

AZURE
Tu es définitivement l’être le plus sceptique du monde.

TAKE
J’essaie simplement de rester sain d’esprit.

AZURE
Je te comprends. Moi aussi j’ai été quelque peu perturbé quand quelqu’un a frappé à ma porte, a écrit, a dessiné, puis est reparti sans réellement m’expliquer quoi que ce soit. J’ai légèrement eu envie de le tuer.

TAKE
Te souviens-tu de son visage ?

AZURE
(niais)
Pas vraiment, ça fait longtemps… quelques années… mois… jours… On est en quelle année déjà ?

TAKE
Peut-être qu’il reste des empreintes digitales…

AZURE
Il portait des gangs. Un vrai professionnel, il n’a pas taché son costume trois-pièces une seule fois !

TAKE
Tu permets que je te pose un million de questions ?

AZURE
(lui souriant)
Oui, tout ce que tu veux. Tant que tu me promets de ne pas visiter les autres pièces…

TAKE
C’est Rabi qui m’intéresse… Dis-moi tout ce que tu sais !

AZURE
Dois-je en conclure que tu commences à t’intéresser à mes inepties ?

Take est confus, mais tranquillement, il sourit en regardant Rabi, fier de lui, triste, nostalgique.

TAKE
J’ai toujours tué ses ambitions… sans moi, il serait déjà gouverneur.

[…]

De retour au présent, Take et Dami sont en voiture et aucun des deux ne brise le silence. Take a cessé de sourire, très grave. Il immobilise le véhicule devant le poste de police et se prépare à descendre.

TAKE
Attends-moi ici…

DAMI
Je préfère venir, j’ai deux trois arguments pour convaincre Rabi.

TAKE
Tu n’étais pas recherché ?

DAMI
Le poste doit être vide en ce moment, c’est certainement l’endroit le plus sûr pour se cacher.

TAKE
Effectivement… sauf qu’il y a des caméras.

DAMI
J’ai mon capuchon.

TAKE
Tes arguments, c’était hier qu’il fallait les dires… reste ici, je m’en occupe.

Il ferme la portière… et Dami le rejoint dehors.

DAMI
Et si je te dis que j’ai prévu de cacher des micros et d’essayer de pirater leur base de données ?

TAKE
C’est trop risqué…

DAMI
Oui, mais si Rabi nous a « trahis », ce sera la seule manière de sauver notre peau.

TAKE
Reste dans la voiture.

Léger silence, Take se dirige vers le poste de police. Dami reste là, pensif, désespéré…

DAMI
Je peux t’avouer un truc sans que tu en parles aux autres ?

TAKE
(exaspéré, se retournant vers lui)
Oui.

DAMI
Je me souviens de notre vie antérieure dans les moindres détails. Je connais Rabi, je sais quoi lui dire.

TAKE
Tu connais le Rabi d’avant, pas celui de maintenant.

DAMI
Je connais celui qu’il rêve de devenir.

TAKE
C’est toi, le gars des peintures ?

DAMI
Non… mais j’ai écrit un « roman » qui pourrait te traumatiser à vie.

TAKE
J’étais comment avant ? Azure a l’air de se méfier de moi…

DAMI
Fais juste attention à ne pas trop t’énerver… Rabi a besoin de compréhension.

TAKE
Bon, suis-moi… on a assez perdu de temps.

Ils se mettent en marche.

DAMI
Merci…

TAKE
Mais faudra que tu m’expliques pourquoi tu ne veux pas en parler aux autres.

DAMI
Bah, c’est une longue histoire… Disons simplement que j’ai toujours peur d’être trahi.

[…]

Pendant ce temps, dans son bureau, Rabi parle au téléphone avec nul autre que le gouverneur.

RABI
Merci de m’avoir rappelé, je, je…

OMACO
(coupant sec l’hésitation de Rabi)
Dîtes-moi ce que vous savez…

RABI
J’aurais premièrement quelques questions à vous poser.

OMACO
Vu votre rang, je suppose que je n’ai pas réellement besoin d’y répondre.

RABI
(déterminé)
C’est à vous de décider, mais ce serait à votre avantage de coopérer.

OMACO
(amusé)
J’aime votre attitude, posez-moi vos questions.

RABI
Que prévoyez-vous faire dans les prochaines années ?

OMACO
Ma campagne est déjà disponible en librairie.

RABI
Répondez-moi.

OMACO
Vous n’avez qu’à la lire.

RABI
Je veux savoir si vous la connaissez aussi bien que moi.

OMACO
Je vois, vous tentez de me piéger… mais pour cela, il vous faudrait être un peu moins évasif.

RABI
Qu’avez-vous prévu pour régler l’abandon scolaire dû aux précédents attentats sur les écoles ?

OMACO
Vous posez vos questions d’une manière beaucoup trop formelle. Je croirais entendre Martine Lelièvre !

RABI
Qu’avez-vous l’intention de faire pour freiner l’analphabétisme grandissant de la population ?

OMACO
Ai-je vraiment prévu quelque chose en ce sens ?

RABI
Pages 57, article 14, vous dîtes que les écoles publiques seront aussi bien protégées que votre propre maison ; article 23, vous ajoutez que les cours à distance seront gratuits et article 25, vous…

OMACO
(impatient)
Ça suffit, avez-vous des questions plus pertinentes ? Si les jeunes veulent apprendre, ils n’ont qu’à lire.

RABI
(sec)
Pourquoi êtes-vous au pouvoir ?

OMACO
Pour que personne d’autre n’y soit.

Rabi éprouve un petit rictus au niveau de la lèvre inférieure… Il sourit malgré lui, découragé.

RABI
Est-ce une plaisanterie ?

Un léger silence s’installe…

RABI
Omaco, êtes-vous quelqu’un de bien ?

OMACO
Je n’ai pas le mandat de l’être.

RABI
Oui, vous l’avez.

OMACO
(lassé)
Avez-vous oui ou non des informations à me donner ?

RABI
Je sais pertinemment que vous n’avez jamais dit la vérité aux médias. Les attentats sur les écoles m’ont donné une impression de « spectacles ». J’ai vite compris que vous vous en serviez pour augmenter votre pouvoir sur la population. Vous accusez des peuples lointains, nourrissez la xénophobie et cela vous permet de faire passer toutes les lois conservatrices qu’y nourriront vos desseins. Pour ce qui est d’hier soir, je sais que le terroriste travaille pour vous. Vous le connaissez en personne. Sans vous, il n’aurait jamais pu poser autant de bombes et désactiver autant de caméras sans éveiller le moindre soupçon. Dites-moi la vérité Omaco, ou je publierai mes déductions.

Il tâte un document en dessous de son rapport, son testament remplit de toutes ces recherches.

OMACO
Dommage, il semble que ta puce ne fonctionne plus.

Rabi est confus, sous le choc, une immense sensation de liberté l’envahissant soudainement.

OMACO
As-tu eu l’immense honneur de goûter la limonade d’Azure ?

Cette fois, c’est un long frisson qui parcourt le corps de Rabi… Omaco sait tout.

RABI
Je ne sais pas de qui il s’agit.

OMACO
Pourtant, j’ai moi-même confectionné votre itinéraire. Je sais que vous avez inspecté son appartement.

RABI
Pourquoi me posez-vous des questions dont vous connaissez déjà les réponses ?

OMACO
Vous faites de même. Alors, as-tu goûté à la limonade d’Azure ?

RABI
Je ne révèle pas d’informations sur les gens qui n’ont rien fait de mal. Contentez-vous de mon silence.

OMACO
T’a-t’il confié ce qu’il sait sur toi ?

RABI
Non…

OMACO
J’espère que c’est faux, je ne veux pas avoir peinturé ces dessins pour rien. J’y ai mis quatre mois… quatre mois à endurer sa basse comédie. Vu sa mémoire de poisson rouge, je n’ai pas eu le choix.

RABI
Le terroriste, est-il oui ou non votre allié ?

OMACO
(banalement)
Je suis le méchant Rabi et si tu ne prends pas ma place, j’amènerai ce monde à sa perte.

Il raccroche et Rabi se surprend à trembler. Tous ses soupçons étaient fondés.

Take entre et il sursaute.

TAKE
(hésitant, inquiet)
Salut Rabi…

RABI
Je viens d’avoir la conversation la plus étrange de toute ma vie.

TAKE
(distant)
Est-ce que tu as pris ta décision ?

RABI
Il faut que je voie ces dessins.

TAKE
Tu ne peux pas.

RABI
(perdant patience)
C’est ridicule ! J’ai l’impression de me faire manipuler, même toi tu me caches la vérité !

TAKE
Je ne te ferai jamais aucun mal.

RABI
Ça reste à prouver…

TAKE
Ne doute pas de moi Rabi, je ne le supporterai pas !

RABI
Take, toute cette histoire est complètement folle ! J’ai l’impression qu’on est en train de se faire avoir et que c’est déjà trop tard ! Qu’est-ce qu’ils ont fait pour te convaincre ? Qu’est-ce qu’ils t’ont dit ?

Take sent la rage monter en lui et part vite en claquant la porte.

RABI
Take ?

[…]

Take passe devant Dami sans rien dire et celui-ci délaisse ses micros cachés pour le suivre.

TAKE
(enragé, très froid)
Laissez-nous tranquilles !

DAMI
Qu’est-ce qui se passe ?

TAKE
Je suis en train de perdre la confiance de Rabi.

DAMI
Calme-toi, je vais lui parler !

TAKE
Parle-lui autant que tu veux, moi j’ai quelque chose à faire et je te déconseille de me suivre.

DAMI
Hors de question que je te laisse seul, pas dans cet état.

TAKE
J’ai pas besoin d’une gardienne.

DAMI
Take, je sais ce qui se passe quand tu t’énerves ! Je parlerai à Rabi et d’ici-là, promets-moi que tu ne…

Take se retourne vers lui, son impulsivité toujours aussi flagrante.

TAKE
Je t’attendrai chez Azure… Je compte sur toi pour Rabi.

DAMI
Merci.

Dami le laisse partir et retourne sur ses pas pour frapper à la porte de Rabi.

RABI
Oui ?

Dami entre timidement, dévisagé par Rabi.

DAMI
Pas besoin de me faire la morale, Take s’en est déjà occupé !

RABI
Joli capuchon…

DAMI
Ça m’amuse de tester le système.

RABI
Tu agis d’une manière plutôt suicidaire, si tu veux mon avis.

DAMI
C’est sûr que c’est imprudent autant pour moi que pour toi s’ils font le lien entre nous…

RABI
Mais comme les policiers ont d’autres chats à fouetter que des délits de fuite, assis-toi.

DAMI
Je ne resterai pas longtemps. Je veux simplement que tu saches que le destin n’existe pas. Que tu décides de devenir gouverneur, sociologue, anarchiste, policier, l’important c’est juste que tu saches qu’il y a autour de toi des gens qui croient que tu peux faire ce que tu désires réellement.

RABI
Serais-tu un peu moins lobotomisé que les autres ?

DAMI
(amusé)
Autrefois je t’aurais dit que si le destin existe, c’est parce qu’on l’a déterminé avant de naître… Mais bon, j’étais stupide, rien n’est inéluctable. Aujourd’hui, tout ce que je veux, c’est faire ce que tout le monde a peur de faire, dire la vérité haut et fort, sans aucun tabou. Avec un peu de chance, j’aurai le temps d’inspirer les futurs remplaçants d’Omaco avant de m’être fait griller le cerveau !

RABI
Peut-être, mais s’allier avec des terroristes, ça commence mal une carrière politique.

DAMI
Ne me mets pas dans le même bateau que lui…

RABI
Pourtant, tu te caches autant que lui. Tu utilises un pseudonyme, tu te mets toujours en danger. Et même si tu clames que ton but est de dire la vérité « haut et fort », tu passes ton temps à mentir.

DAMI
Peu importe, je voulais te remettre ça en personne.

Il dépose une clé USB sur son bureau.

DAMI
C’est mon plan… le mot de passe c’est z4sauvercequireste.

RABI
Faire un plan quand on croit que tout est inéluctable, ce n’est pas un peu…

DAMI
J’y ai passé dix ans de ma vie… mais c’est sûr que ça ne reste qu’une base. C’est à toi de voir…

Il sourit un peu au policier et s’en va.

RABI
Attends !
(hésitant)
Tu… tu crois que ce serait possible qu’on se soit réellement réincarné ?

Il s’arrête là, confus, à bout, sentant qu’il n’en a pas fini avec cette journée de remise en question.

DAMI
Tout ce que je sais, c’est que du plus loin que je me rappelle, j’ai toujours voulu sauver le monde.

Léger silence, Rabi est clairement perdu dans ses pensées.

DAMI
Ce qui restera de cette histoire, ce sont les gens, leurs sentiments, leur apprentissage. Dans ta prochaine vie, les faits auront complètement disparu, mais Take et toi, vous vous retrouverez. Vous vous souviendrez inconsciemment de l’autre et vous continuerez la véritable histoire, celle de l’amour. Alors si tu veux un conseil « un peu cliché », oublie tout ça et va vite le rejoindre…

Dami s’arrête, épuisé.

DAMI
Voilà, c’est le genre de stupidité que je vomis quand je me laisse aller. Je me dégoûte chaque fois.

RABI
Tu sais que tu pourrais réellement sauver ce monde si tu déchirais ce plan et te laissais vivre…

DAMI
Lis-le avant de dire ça… Take t’attendra « là où tout a commencé ».

Cette fois, les yeux vacants d’un côté comme de l’autre, il s’en va.

Rabi est à nouveau seul avec son rapport de police… et la clé USB.

[…]

Chez Azure, Toqui est étendu au sol, Azure se prélasse à ses côtés et Malias s’éternise sur son divan.

AZURE
Oh comme ce plafond est beau ! Ne trouves-tu pas en ses motifs la véracité de tous les univers ?

TOQUI
Tu changes encore de sujet.

AZURE
C’est qu’il est VRAIMENT beau ce plafond.

TOQUI
Azure…

AZURE
(soupirant, quittant le plafond)
Tu m’ennuies avec toutes tes questions sérieuses.

TOQUI
Si tu ne veux pas y répondre, déparalyse-moi et laisse-moi voir le sous-sol.

AZURE
Non, le plafond du sous-sol est beaucoup trop laid !

Take entre avec fracas, toujours aussi enragé, et se dirige immédiatement vers Azure.

TAKE
Je veux voir les autres pièces.

AZURE
(hésitant)
Non ?

TAKE
Alors je veux que Rabi voie la sienne.

AZURE
(se faisant tout petit)
Non plus ?

TAKE
NE JOUE PAS AVEC MES NERFS !

TOQUI
(à Azure)
Tu vois, il y a des gens moins patients que moi.

AZURE
(triste)
Je n’aime pas quand les gens crient, C’EST MÉCHANT !

TAKE
C’est toi qui nous as embarqués dans cette histoire ! Cesse de jouer à l’autruche et montre-leur le sous-sol !

AZURE
Vous ne croyez pas au destin ?

Take s’approche d’Azure, tremblant de rage.

TOQUI
Calme-toi Take, tu n’es pas de taille !

TAKE
(à Toqui)
Toi tu te tais, je n’hésiterai pas à te tuer !

AZURE
(timide)
Voudrais-tu un peu de limonade ?

TAKE
(en mettant une main sur son arme)
Veux-tu réellement que ça finisse ainsi ?

TOQUI
Azure, déparalyse-moi…

Malias ferme la télévision et tourne difficilement sa tête vers eux.

MALIAS
(tendu)
Azure, ils commencent à m’énerver tes nouveaux invités…

AZURE
N’éteins pas Martine, tout va bien, ne t’en fais pas !

MALIAS
Tu n’as qu’à me faire signe si tu veux sauter par la fenêtre pour que j’active « tu sais quoi ».

Grognon, il ouvre la télévision et la regarde à nouveau.

TAKE
(confus)
Heu, il parlait d’activer quoi ?

AZURE
(en haussant les épaules)
Rien.

Take frappe Azure au visage et des larmes perlent immédiatement sur ses joues.

AZURE
Arrête…

TAKE
CESSE DE RIRE DE NOUS ET DIS-NOUS LA VÉRITÉ !

Discret, Dami vole l’arme de Take et la pointe sur sa tête.

DAMI
D’un, j’ai l’intuition que Rabi ne devrait pas tarder à arriver… De deux, CALME-TOI !

Le coeur de Take bat excessivement vite… Il fait semblant de se calmer, puis il reprend brusquement son arme d’entre les mains de Dami. Celui-ci ne fait pas le poids face à son entraînement de policier.

TAKE
Ne pointe plus jamais d’arme sur moi !

DAMI
Je t’évite d’être paralysé comme Toqui !

TOQUI
(en s’adressant à Take)
Tu devrais le remercier, ce n’est pas vraiment pratique pour aller aux toilettes.

MALIAS
Un jour ou l’autre, tout le monde aura son sceau !

TAKE
TAISEZ-VOUS ! Nous devons voir les autres pièces, vous le pensez autant que moi !

DAMI
Pourquoi ces dessins seraient « si » importants ?

TAKE
Laisse tomber, je m’en vais, ça empeste le gros porc ici…
(marchant vers la sortie, puis s’arrêtant)
Dis à Rabi que j’ai racheté une batterie pour mon cellulaire. Et que je lui en ai acheté un. Ce sera plus sécuritaire que son… enfin, bref, salut !

Il lance le téléphone portable aux pieds de Dami, puis sort de l’appartement, incertain.

MALIAS
Est-ce qu’il vient de m’insulter ?

TOQUI
Finalement, je commence à l’aimer ce « Take ».

MALIAS
Je n’ai rien fait et c’est moi qu’il insulte, je hais ce type !

TOQUI
Pourtant, il ne fait que promouvoir la vérité.

MALIAS
Ouais ouais, très drôle, mais le prochain qui frappe Azure, je lui explose la gueule !

Azurefixe la porte, distant, tandis que Dami l’approche, inquiet.

DAMI
Ça va ?

AZURE
Je vais lui parler, je te confis Toqui.

Il se relève agilement et s’en va lui aussi sans laisser le temps aux autres de réagir.

TOQUI
Dami, voilà notre chance, Azure vient de laisser le sous-sol sans surveillance !

MALIAS
Azure vous sauve la vie, vous héberge et c’est comme ça que vous le remerciez ?

TOQUI
Nuance, j’ai sauvé la vie d’Azure.

MALIAS
Il t’aurait sauvé une centaine de fois que tu serais encore en train de le poignarder dans le dos !

TOQUI
Dami, tu ne dis rien ?

Celui-ci observe la porte du sous-sol, hésitant, perdu dans ses pensées.

[…]

Rabi fixe le plafond étendu sur sa chaise, à moitié mort mentalement, sa tête voulant exploser.

JESOM
Tu travailles ou tu fais semblant ?

Rabi sursaute à nouveau et se redresse pour accueillir son collègue.

JESOM
Ça t’arrive souvent de prendre congé quand le pays est au bord du gouffre ?

RABI
Et toi, qu’est-ce que tu fais ici ?

JESOM
(hausse les épaules)
Du bureau, comme d’habitude. Il fallait que quelqu’un reste, j’ai pas hésité avant de me proposer…

RABI
(lui souriant un peu)
Je comprends.

Jesom semble apaisé par ce sourire et il s’assoit sur le bureau de Rabi, à l’aise.

JESOM
(blagueur)
Dis-moi cher collègue, Take sait que tu reçois des jeunes hommes dans ton bureau ?

RABI
Achète-toi de meilleures lunettes, c’était une fille…

JESOM
Ne fais pas cette tête, c’était juste une blague !

RABI
Dis-le franchement si tu veux savoir si les rumeurs sont vraies.

JESOM
C’est pas drôle Rabi, y’a pas moyen de blaguer sans que tu cernes l’arrière de nos pensées !

RABI
Toi aussi, tu penses que Take trompe sa femme avec moi ?

JESOM
Peu importe, ce ne sont que des rumeurs et il y a beaucoup plus important pour l’instant.

RABI
Qu’est-ce qu’ils t’ont dit ?

JESOM
(soupirant, mal à l’aise)
Tu lui aurais fait une « petite gâterie », stationné dans un cinéparc.

RABI
Est-ce que nos supérieurs sont au courant ?

JESOM
Je ne sais pas trop, mais des gars prévoient de vous espionner ! Je préfère te prévenir ! Au cas où on survivrait…

RABI
Génial…

JESOM
Y’en a même un qui a loué une caméra.

RABI
Terry ?

JESOM
Exactement…

RABI
Terry est mort.

JESOM
Ah, y’a pas à dire, je suis vraiment déconnecté de ce qui se passe !

RABI
(découragé de lui-même, se calant dans son siège)
Regarde-nous, la ville explose et on parle de mes petits problèmes personnels…

JESOM
Bah, tu me connais, j’essaie psychologiquement de rester le plus loin possible du bordel d’Omaco. J’ai dû suivre des années de thérapie avant de pouvoir réintégrer le terrain « après » ce qu’on a vécu.

RABI
Dire que c’est après ça que j’ai décidé de devenir policier…

JESOM
Y’est pas trop tard pour démissionner et rester en vie.

RABI
Take l’a fait…

JESOM
Pis toi t’es encore là ?

Rabi reste silencieux un moment, puis ose un tout autre sujet…

RABI
Si jamais je rends public que j’ai des relations sexuelles avec un autre homme, et je ne parle pas de Take, parce que ce n’était malheureusement pas lui dans la voiture… voudras-tu rester mon ami ?

JESOM
Oui, bien sûr…

RABI
Tu mens.

JESOM
C’est compliqué… J’ai peur qu’ils t’envoient en prison ou qu’ils te… Tu peux être homosexuel, mais c’est interdit par la loi de « pratiquer ». C’est toute, je ne peux rien faire contre ça et toi non plus.

RABI
Tu resteras mon ami, oui ou non ?

JESOM
Fais en sorte qu’il ne t’arrive rien Rabi, je n’ai pas envie que la loi blesse quelqu’un d’aussi bien que toi.

RABI
Si ça trouve, la ville au complet va exploser… c’est le moment ou jamais d’être sincère !

JESOM
Si jamais les gars t’espionnent, on va s’arranger pour qu’ils te surprennent avec une femme. Je vais tout organiser. Ça va les calmer et tu pourras continuer de sucer Take quand tu voudras ! C’est tout ce que je peux faire… Dis-toi que votre amour est trop beau pour être accepté par ce monde beaucoup trop laid.
(troublé par l’absence de réaction de son collègue)
Reste au poste, tu n’as plus ton binôme et j’ai besoin d’un assistant… Je préfère que tu sois en sécurité.

Il sourit un peu à Rabi, puis s’en va, quelque peu mal à l’aise.

RABI
Merci Jesom, merci de me rappeler à quel point je n’ai pas le droit d’exister.

[…]

Toqui soupire face à l’hésitation de Dami.

TOQUI
Vas-y, tu ne le regretteras pas !

DAMI
Tu pourrais y aller toi-même si tu n’avais pas fait l’imbécile.

TOQUI
Faire confiance à des policiers, c’est la dernière chose que je ferai.

DAMI
Ne juge pas un homme par son uniforme.

TOQUI
Je n’ai pas jugé l’uniforme, j’ai jugé l’homme.

DAMI
Rabi prendra la bonne décision.

TOQUI
Je visais Take, il n’est clairement pas sain d’esprit.

MALIAS
Bah, tu dis ça, mais Take et toi, vous êtes pareils !

TOQUI
Précise ta pensée, le « cadavre ambulant » ?

DAMI
(énervé)
Tu es aussi violent et impulsif que lui, mais au contraire de toi, lui n’est pas un assassin !

MALIAS
Bon, enfin un peu de solidarité, la demie portion et le gros porc contrent attaque !

DAMI
Le peuple doit être réveillé par l’art, les coopératives, les organismes, les…

TOQUI
Vas-y voir le sous-sol, ça répondra à tes questions !

DAMI
Aux tiennes ou aux miennes ?

TOQUI
(plus sombre)
Jouons franc jeu, vas-y pour moi et ensuite, je te dirai tout ce que je sais sur le gouvernement.

DAMI
(soupirant)
Je reviens…

Il se lève.

Toqui sourit, il croit avoir gagné, mais Dami s’en va dans l’autre direction, sortant de l’appartement.

TOQUI
Reviens ! C’EST NOTRE SEULE CHANCE ! DAMI !

Malias rit un peu, discrètement, grossièrement.

TOQUI
Si tu ris, c’est que toi, tu les as déjà vus les dessins…

Malias ne répond pas.

TOQUI
Mais naturellement, tu ne trahirais pas Azure comme tu es son petit chat lâche et gras.

Malias ne répond pas plus, à moitié concentré sur les nouvelles (qui se répètent depuis des heures).

TOQUI
Peux-tu au moins me dire si Azure m’a hypnotisé pour savoir que mon surnom est Noroquomi ?

MALIAS
Miaou.

TOQUI
Très amusant…

Malias finit par se retourner vers Toqui, ses yeux remplis de haine et de dégoût.

MALIAS
Je n’aime pas les gens dans ton genre, ceux qui agissent sans penser aux dommages collatéraux, ceux qui agissent en pensant juste à leur petite personne et qui se plaignent d’être tout seul ! Oui, j’ai commis des actes horribles moi aussi, mais j’ai été un héros, un vrai… Toi t’es rien, absolument rien ! Je pourrais écraser ta petite tête d’une seule main si je voulais ! Je me retiens juste parce qu’Azure t’aime bien ! Rends-toi compte de la chance que tu as et arrête de comploter pour le trahir… ou je te boufferai !

Il soutient un regard haineux, dangereux, puis se retourne et monte le son de la télévision.

MARTINE LELIÈVRE
Le terroriste n’a pas encore été retrouvé, mais le Kivemire aurait revendiqué ses agissements, ce qui pourrait déclencher la cinquième guerre mondiale. Avec nous, un spécialiste, monsieur…

Malias change de chaîne pour des petits bonshommes.

TOQUI
(sarcastique)
Tu n’aimes pas la guerre ?

MALIAS
J’ai assez entendu de conneries pour aujourd’hui.

[…]

Take est assis sur un banc de parc. Azure l’y rejoint.

TAKE
(sans le regarder, sombrement)
Comment t’as fait pour me retrouver ?

AZURE
(légèrement)
L’intuition.

Take tente de ne pas le frapper même si l’envie le tenaille.

AZURE
(moins nié)
Je vais être honnête avec toi, je n’aime pas du tout la noirceur que je lis dans ton âme et je crois que celle-ci peut nuire à Rabi. J’espère que tu sauras te calmer à temps.

TAKE
Si le monde ne change pas, Rabi et moi, on ne pourra jamais s’aimer.

AZURE
N’attends pas que le monde change pour l’aimer et c’est comme ça qu’il changera.

Il embrasse Take sur la bouche et s’en va en souriant, très léger, laissant Take perturbé. Celui-ci, après s’être remis du baiser, rejoint Azure en courant. Azure ne semble pas surpris et l’observe, excité.

TAKE
Est-ce que Rabi pourra voir les dessins s’il accepte de venir avec nous ?

AZURE
(hausse les épaules)
Il aurait déjà pu les voir s’il l’avait voulu, il n’avait qu’à me passer sur le corps.

TAKE
Reste sérieux s’il te plait.

AZURE
C’est ennuyant toutes ces prises de tête, théoriquement, j’étais simplement venu pour te tuer.

Take est bouche bée, Azure, sans le regarder, continue.

AZURE
Tu seras soit son meilleur allié, soit son pire ennemi.

TAKE
Je ne vois pas comment je pourrais lui faire le moindre mal !

AZURE
Rabi vit un enfer depuis le jour où tu as tronqué sa destinée.

Take le frappe et propulse Azure par terre, la gueule en sang.

AZURE
(triste)
Je comprends pourquoi mon âme ne voulait pas que je montre les dessins à Rabi. Connaître le destin des autres, c’est différent de connaître le sien. Maintenant que tu connais le tien, tu ne réfléchis plus.
(souriant)
Et au contraire de toi, Rabi aurait vu le dessin sous l’escalier.

TAKE
Et puis quoi encore ? JE NE FERAI JAMAIS DE MAL À RABI !

AZURE
(distant, fatigué)
Ce n’est pas lui que tu risques de blesser, c’est son oeuvre ; ce qu’il fera du monde si nous acceptons de croire en lui. Si ça se trouve, tout le monde mourra sauf Rabi… comme pour son ancienne planète.

TAKE
Tu divagues totalement…

AZURE
C’est pourtant la vérité. Take, tu as déjà tué des milliards de personnes qui croyaient en Rabi. Vous étiez riches, tu as acheté des bombes et tu les as tous tués. Tu ne supportais pas la philosophie libertaire de Rabi, tu t’es laissé trompé par des rumeurs et boum… Ton esprit à craque… ton esprit craque encore.

TAKE
Rentre-toi ça dans le crâne : c’est impossible.

AZURE
Que ressens-tu quand tu regardes les nébuleuses ? Cette perpétuelle explosion.

TAKE
De… de la nostalgie…

AZURE
Voilà, de la nostalgie.

TAKE
Arrête ! Les peintures se trompent ! JE N’AI RIEN FAIT ! J’aime Rabi, JE L’AIME !

AZURE
Non, les peintures rendent fous… Heureusement, tu n’as pas vu toutes les tiennes, mais les autres auront l’oeil. Rabi et Dami ne doivent surtout pas les voir. Surtout pas eux. Rabi a survécu à ton explosion, il a sombré, il a commis des actes horribles… et Dami, il se souvient de tout et toute sa vie se résume à tenter d’oublier. Dès qu’il pense à ce qu’il a fait, son esprit lui dicte de se tuer. ET VOUS, VOUS CONTINUEZ DE VOULOIR VOIR CES PEINTURES ! Pourquoi je ne les ai pas détruites ?

Il est pris de rage, son corps se mettant à trembler, à se crisper, prêt à se battre.

TAKE
(quelque peu apeuré)
Calme-toi, je te jure de ne plus essayer de les voir.

AZURE
VA T’EN, VA T’EN AVANT QUE JE TE TUE !

Take n’insiste pas et s’en va, sombre, résigné.

AZURE
ARGH, POURQUOI PERSONNE NE VEUT JAMAIS BOIRE DE MA LIMONADE ?

[…]

Dami revient dans l’appartement avec quatre pots de peinture blanche.

TOQUI
(toujours étendu au sol, immobile)
Qu’est-ce que tu fais avec ça ?

Dami ne répond pas et descend directement les escaliers. Il allume la lumière et regarde autour de lui.

Il voit immédiatement la peinture sous l’escalier, celle de Take qui souffle totalement la planète natale de Rabi. Il soupire, ouvre le pot et commence par peinturer par dessus celle-ci. Toqui ne cesse de lui crier pour lui demander ce qu’il fait, mais Dami n’entend plus rien. Il prend les pots et balance le contenu pour aller plus vite. Les premiers murs y passent de la sorte, ne laissant que des brides.

C’est finalement Rabi qui le rejoint en premier.

RABI
Qu’est-ce que tu fais ?

DAMI
Tout ça c’est le passé, c’est juste le putain de passé ! Ça ne sert à rien de s’en souvenir !

RABI
Pourquoi ?

DAMI
Parce que cette vie, c’est notre chance de recommencer à zéro, de réparer nos erreurs.

RABI
Il faut connaître nos erreurs pour ne pas les reproduire.

DAMI
Ces dessins ne font que semer la confusion.

Il voit la porte du fond et se dirige vite vers celle-ci avec un autre pot de peinture. La porte est verrouillée. Il brise la poignée avec le marteau qu’il utilise pour ouvrir les pots de peinture.

Il fait noir, Dami cherche l’interrupteur et le trouve. C’est une salle remplie de dessins et d’écrits sur Nara et lui ; sauf que sur ces dessins, ce n’est pas une fille, c’est un homme tenant une longue épée.

Il ne regarde qu’une seule peinture. Sur celle-ci, très sombre, il tranche en deux un homme de lumière.

DAMI
Rabi, tu vas t’occuper de cette pièce.

RABI
Non…

DAMI
Personne ne doit voir son contenu, surtout pas moi.

RABI
Pourquoi ?

DAMI
(impatient)
Arrête avec tes pourquois ! Je ne veux plus rien savoir du passé. Cette fois, je réussirai, je sauverai le monde comme j’aurais déjà dû le sauver ! Le passé EST MORT ! IL N’EXISTE PLUS !

Azure arrive à son tour et Dami se tait, se sentant pris aux pièges, ne voulant pas s’expliquer.

AZURE
Tu n’aimes pas la couleur ?

DAMI
(sur le bord de craquer)
Pardon…

AZURE
Dommage, je n’aime pas vraiment le blanc… Mais bon, c’est à toi de décider, ce sera ta chambre !

Azure avance d’un pas et Dami tombe à genou, paniquant, apeuré. Sa voix truquée pour être masculine craque pour laisser place à des sanglots féminins. Il se recroqueville sur lui-même en se mettant les deux mains sur les oreilles. Azure recule d’un pas, il sait que ce n’est pas le moment d’insister.

DAMI
Ne m’approchez pas ! Aku a tué Nara. J’ai tué Aku. Venban a tué le fils de Malias. Malias les a tous violés, tués, déchirés… Il s’est sacrifié pour sa rédemption. Mais c’était vain. Folio Mentol, tu nous as presque tous tués. Cryzaez. Koali. Hysis. On s’est entretué. Toqui nous a achevés. Il nous a monté les uns contre les autres. Puis il a été seul, affreusement seul. Et Take, Take il a… Rabi, comment peux-tu encore l’aimer ? ARGH, ARRÊTEZ-MOI ! Il faut que j’arrête de parler ! Toutes ces saloperies de souvenirs qui ne veulent pas disparaître ! Arrêtez-moi, tuez-moi, je n’en peux plus ! TUEZ-MOI !
(hyperventilant)
Tuez-moi ou aidez-moi À TUER LE PASSÉ AVANT QU’IL NE NOUS TUE !

[…]

Malias rit grossièrement en regardant ses petits bonshommes à la télévision. Deux petites marionnettes se tapent à tour de rôle sur la tête avec des armes de plus en plus exagérées et fort grotesques.

TOQUI
Pourrais-tu, S’IL TE PLAIT, le remettre au canal des nouvelles ?

Malias se contente de monter le son des petits bonshommes.

TOQUI
MERCI !

MALIAS
(en prenant une gorgée de bière)
Tout le plaisir est pour moi.

Toqui soupire, il ne tirera plus rien de lui… Il réfléchit. Ce nom, Rabi, continue de lui dire vaguement quelque chose… et ça n’a rien à voir avec une vie antérieure. Son visage lui est également familier…

Malias ferme la télé, dépose sa bière, le regard perdu dans le néant.

MALIAS
C’est triste quand même, l’histoire de Take et Rabi…

TOQUI
C’est-à-dire ?

MALIAS
Je l’ai compris quand y’ont parlé de Scios et Benjamin… Je me souviens d’eux, les deux révolutionnaires qui sont morts en revendiquant le droit de vivre leur homosexualité.

Toqui réalise enfin où il a déjà vu Rabi…

MALIAS
J’écoutais la radio de Mane ce soir-là. Y’était le plus arrogant des journalistes, mais y’était le seul à encore se battre pour la vérité. Scios et Benjamin sont morts en se demandant en mariage. Take a obligé Rabi à s’enfuir. Et Mane s’est fait tuer par Omaco. Y’a juste eu le temps de prononcer son nom.

TOQUI
Omaco n’est pas du genre très subtil.

MALIAS
Pis malgré tout, y’a été réélu… Tu dois déjà savoir pourquoi.

TOQUI
Le contrôle par la peur.

MALIAS
Le contrôle par la peur du terrorisme. Bravo, grâce à toi, il sera encore réélu !

TOQUI
C’est ce que je veux qu’il croit… et dès qu’il fêtera sa victoire, je lui tirai une balle entre les deux yeux.

MALIAS
Ah ! Ah ! Et ma Martine serait enfin libérée. Tu serais mon héros Toqui, j’écrirais une chanson à ton nom ! « Toqui était un gentil petit tététérroriste ! Boum boum boum dans nos coeurs capitaliste ! »

TOQUI
Puis-je t’applaudir de suite pour m’épargner la suite ?

MALIAS
Ah ! Ah ! De toute façon, j’ai déjà plus d’idées…
(marquant une pause, devenant plus sérieux)
Je vous comprends de m’haïr, de me traiter de gros porc, c’est effectivement ce que je suis devenu. Mais réconciliez-vous. Azure tient à vous, c’est sincère, pis Take et toi avez réellement un point en commun. Vous êtes tous les deux des assoiffés de justice.

TOQUI
Arrête, je vais finir par t’apprécier.

MALIAS
T’en fais pas avec ça, selon Azure, même dans notre vie antérieure, on ne s’est jamais aimé… Excepté la fois où je me suis sacrifié pour que tu les amènes en sécurité. Cette fois-là, Toqui, on avait assuré.

TOQUI
Qu’est-ce que tu lui avais fait, à mon père ?

MALIAS
Je l’ai laissé vivre en le faisant promettre qu’il prendrait soin de son fils. Je suppose que j’ai échoué.

Toqui reste silencieux… La dernière fois qu’il a vu son peut-être, il était différent. Peut-être qu’il avait effectivement changé, qu’il était sincère. Et lui, il l’a froidement assassiné. Avec une fourchette.

MALIAS
C’était mon petit moment sentimental, là je suis en manque de boules.

Il remet Martine, sans son, juste pour la contempler.

TOQUI
Malias, cette fois, ce sera moi qui me sacrifierai pour que tu les amènes loin d’ici, en sécurité.

MALIAS
Je serai même pas capable de me le…

Une petite fléchette percute sa gorge et il se sent vaciller, perdant conscience.

TOQUI
Malias ?

Une fléchette le touche lui aussi. Il tente en vain de voir qu’il l’a lancé, sa paralysie l’empêchant de faire un 360 degrés. La dernière chose qu’il voit, c’est un visage familier arrivant à sa hauteur, au sol. C’est…

TOQUI
Take ?
[…]

Quelques heures plus tôt, Take est sur le bord d’un pont désert, derrière un grillage qui s’arrête à son bassin. Il regarde tristement l’eau en dessous de ses pieds. Il ferme les yeux, se préparant à sauter.

TAKE
Si je saute, plus de Take, plus de cancer dans la vie de Rabi, plus de lâche…
(pleurant)
Je n’ai quand même pas fait exploser une pénible, c’est surréaliste…

Des imagines lui viennent en tête, il fixe les explosions, par le hublot de sa navette spatiale.

TAKE
Je l’ai fait… J’ai tué tous ses gens parce que tu avais absolument tout légalisé. Tu voulais d’un monde totalement libre et moi j’avais peur, j’avais peur de la folie des hommes.
(souriant un peu)
Rabi, tu as tellement changé… Tu as appris, tu es devenu incroyablement beau, doux. Je suis certain que tu le changeras pour vrai, le monde. Tu n’as plus besoin de moi. Tu n’as jamais eu besoin de moi. Azure t’aidera… C’est lui que tu as aimé après moi. Folio Mentol, prends soin de lui. Vous sauverez le monde !

Il lâche une main… puis ressaisit vite le rebord, sur l’adrénaline.

TAKE
Non, c’est ridicule, je n’abandonnerai plus jamais Rabi ! Je vais me ressaisir, ça va al…

Son téléphone portatif sonne et le fait sursauter. Pendant quelques secondes, il manque de tomber à cause de la surprise. Take fait plein de pirouettes rocambolesques pour éviter la mort.

TAKE
Oui ?

SOHA
Papa ?

TAKE
(en traversant de l’autre côté, se sentant terriblement honteux)
Désolé ma puce, je n’ai pas pu t’appeler… Mais j’allais le faire, j’ai enfin droit à une pause diner !

SOHA
Tu rentres quand ? Quand tu auras arrêté les méchants ?

Take reste silencieux, il ne sait pas quoi répondre…

SOHA
Tonton Rabi va bien ?

TAKE
Oui, tout va bien… c’est juste que ça va être plus long que prévu. Mais je passerai te voir ce soir !

SOHA
Tu dors où ?

TAKE
Ton père aime beaucoup le café.

SOHA
Beurk, faut que tu dormes, c’est pas bon du café ! J’pourrais te faire une tisane au citron !

TAKE
(soudainement les yeux en larme, n’en pouvant plus de jouer la comédie)
Soha… je t’aime… Je suis désolé, j’ai l’impression qu’on ne se reverra plus jamais.

SOHA
(anéantie)
Papa ! Pourquoi tu dis ça ? Reviens !

TAKE
Le gouvernement est corrompu, Omaco nous ment… Ton père a décidé de l’affronter, mais il ne sait pas s’il y arrivera. Il a peur, ton père a toujours eu peur… mais cette fois, il ne veut plus reculer.

SOHA
Omaco, c’est lui le méchant terroriste ?

TAKE
Toi, est-ce que tu crois que ton papa peut sauver le monde ?

SOHA
Oui, Rabi et toi, vous êtes invincibles ! Et moi aussi j’aiderai, j’vous ferai des tonnes de café et de câlins ! Reviens papa, s’il te plait… Si Omaco est méchant, on l’explosera ensemble !

Take se calme… Sa fille pleure à grand sanglot, il doit se ressaisir.

TAKE
Ne pleure pas Soha, je serai là dans quelques minutes… je t’aime ma puce.

SOHA
Je t’aime papa…

Take raccroche.

TAKE
Take, t’es vraiment le plus exécrable des pères…

Il sourit en se mettant en route, mais une balle percute son dos et il faiblit rapidement. Une main musclée vêtue d’un gant noir attrape sa tête et la soulève pour entraîner son corps de l’autre côté du grillage. L’assaillant au masque de démon le maintient à bout de bras dans le vide.

TAKE
Qui… qui es-tu ?

LE DÉMON
Le destin.

Il lâche Take et celui-ci tombe dans un long cri d’horreur, s’écrasant sur la surface de l’eau.

[…]

Toqui lutte contre le sommeil… il tente de comprendre. Le visage de Take est livide, immobile. Take est mort. Il y a un autre corps. L’homme à l’effigie de démon l’assomme avec sa crosse de fusil.

À SUIVRE.