[D.U.A.M.] Brouillon de l’épisode 4

Dans un appartement miteux

Épisode 4 :
Quatre homosexuels et un tyran

par Dominic Fortin-Charland
2009

[…]

Six ans avant les attentats, Rabi et Take regardent les étoiles étendus sur le sable encore chaud de la plage. Ils sont entièrement nus, amoureux, pleinement satisfaits après une baise des plus mémorables. Mais la « magie » ne dure pas, le sourire de Take faisant place à quelques inquiétudes…

TAKE
T’es sûr que ça changera quelque chose ?

RABI
(moqueur)
Je t’avertis, si tu recommences à douter, je te suce jusqu’à ce que t’en crèves !

TAKE
Omaco ne pliera jamais, j’ai juste l’impression que ça va empirer…

RABI
Ne parle pas de lui, pas pendant que je savoure encore la sensation de tes va-et-vient…

Il se blottit contre Take et ferme les yeux, déterminé à ne pas gâcher ce beau moment.

TAKE
Rabi, je suis sérieux, ça risque d’être dangereux.

RABI
Tu l’entends, le bruit des vagues ?

TAKE
Oui…

RABI
Écoute-le, écoute la marée qui monte et qui descend et refais-moi l’amour !

Il mord l’oreille de Take, sensuel, prêt à rêver encore un peu.

TAKE
(lui résistant, même si son corps en brûle d’envie)
J’insiste, il vaut mieux qu’on laisse tomber !

RABI
Dis ça aux milliers de personnes qui envahiront les rues ! Dis ça à Scios et Benjamin…

TAKE
Ils peuvent se passer de nous.

RABI
L’idée vient de moi Take…

TAKE
C’était qu’une idée ! Scios est allé trop loin, il veut déclarer la guerre au gouvernement !

RABI
Omaco nous a déclaré la guerre depuis longtemps et j’ai pas plus envie qu’eux de continuer à me taire ! (se redressant, foncièrement énervé)
Mais qu’est-ce qui te prend soudainement ? T’es en train d’oublier tout ce qu’on a accompli ? On est Take et Rabi, les deux mâles passionnés et indéfectiblement amoureux qui militent pour les droits de l’homme depuis presque dix ans ! J’vois pas pourquoi on arrêterait, on touche enfin au but !

TAKE
Jusqu’à maintenant, on a milité anonymement, sans prendre de risques…

RABI
Tu veux vivre dans le mensonge toute ta vie ?

TAKE
Je préfère ça à la peur de te perdre…

Rabi embarque sur lui et appuie une main contre sa bouche pour l’empêcher de parler.

RABI
Arrête, tout se passera à merveille et dès que ce sera fini… on se mariera.

Il le regarde intensément, amoureux, et s’approche pour l’embrasser tendrement. Cette tendresse évolue brusquement, Rabi saisissant le pénis de Take pour le masturber d’une hâte et gourmandise tout à fait incontrôlée ! Take ne peut plus résister, l’habilité de Rabi réduisant sa volonté à néant.

RABI
Cesse d’avoir peur, je prendrai soin de toi !

TAKE
Désolé, tu sais l’effet que ça me fait de regarder les étoiles…

RABI
(à nouveau moqueur, redevenant plus léger)
Tu es un drôle de spécimen… mais peu importe, tu es bien membré !

Il descend entre les jambes de son bien-aimé et sa bouche remplace vite ses mains.

TAKE
(en gémissant quelque peu)
Tu me dis d’écouter le bruit des vagues, mais as-tu déjà écouté celui des étoiles ?

RABI
Tais-toi et gémis plus fort !

TAKE
(lui souriant enfin, lui obéissant sans peine)
Je t’aime Rabi, ne change jamais !

RABI
Répète-le…

TAKE
Je t’aime !

RABI
(en accélérant ses mouvements, de plus en plus excité)
CRIE-LE !

TAKE
JE T’AIME !

Rabi fait un mouvementé plutôt inusité avec sa langue et sa bouche… Take jouit instantanément.

RABI
(en lui souriant, fier du sperme coulant de sa bouche)
Déjà ?

TAKE
(troublé par cette nouvelle technique plus qu’efficace)
C’était quoi ça ?

RABI
Oh, j’apprends comme je peux à faire plaisir à mon rabat-joie préféré !

Il retourne se blottir aux côtés de Take et celui-ci replonge bien vite dans ses pensées…

TAKE
J’espère que « ton » idée fonctionnera, j’aimerais mieux éviter de protéger un hors-la-loi !

RABI
(ravi)
Oh, tu continuerais de m’aimer ? Vilain garçon !

TAKE
Ils auraient beau me torturer, me lobotomiser, m’hypnotiser, je ne cesserai jamais de t’aimer !

RABI
Avoue, tu dis ça parce que t’es devenu accro à mes petites gâteries…

TAKE
Peut-être…

Il s’approche de Rabi, ferme les yeux et l’embrasse sensuellement. Lorsqu’il les ouvre à nouveau, il est à l’arrière d’une voiture avec Rabi, un oreiller venant de bondir sur sa tête… et d’arrêter sec leur baiser.

TAKE
(pivotant vers Scios, quelque peu énervé)
T’as rien de mieux à faire ?

SCIOS
(à l’avant de la voiture avec Benjamin)
Non, monsieur Benjamin préfère que je ne le dérange pas !

BENJAMIN
Ai-je déjà spécifié que je déteste conduire ?

SCIOS
Oui oui, un jour je passerai mon permis ! Un jour…

BENJAMIN
Un jour, nous habiterons à la campagne, je brûlerai cette voiture et je m’achèterai des chevaux !

SCIOS
Ça existe encore, la campagne ?

BENJAMIN
Vaut mieux éviter le sujet, j’en parlerais pendant des heures et finirais par faire un accident. ET CE SERAIT VOLONTAIRE !

SCIOS
(en s’adressant à Rabi, excessivement curieux)
Raconte-moi plutôt ta soirée d’hier…

TAKE
C’est-à-dire ?

SCIOS
Vu votre complicité sexuelle plus qu’explicite, je suppose que tu as aimé « tu sais quoi » !

RABI
Oh oui, il l’a même aimé douze fois de suite !

SCIOS
Douze jouissances dans la même soirée grâce à ma bonne vieille technique, je m’en félicite !

RABI
Faut dire que tu as un talent inné pour expliquer les choses de la vie avec une banane.

SCIOS
Que veux-tu, les bananes, ça m’inspire ! Appelez-moi le prof Banane !

BENJAMIN
C’est mou, dégoûtant et la plupart du temps périmé, mais je ne vous juge pas.

TAKE
(mal à l’aise, dévisageant Rabi)
Ah… génial, maintenant je vais penser à Scios chaque fois que tu vas me…

RABI
Ne t’inquiète pas, tu ne penseras qu’à moi ! Je te promets !

Il l’embrasse à nouveau tout en glissant sa main près de son entrejambe, un peu trop excité.

SCIOS
Vous n’arrêtez jamais ?

RABI
Jaloux !

SCIOS
(amusé)
C’est pas le temps de vous disloquer la mâchoire, je compte sur vous pour enflammer à la foule !

TAKE
C’est là que tu nous l’apprends ?

SCIOS
À vrai dire, je compte surtout sur Rabi, mais j’essayais de t’inclure, pour être poli.

TAKE
(légèrement sarcastique)
Tu sais que je t’adore, Scios !

SCIOS
(sarcastique lui aussi)
Voilà qui m’émeut, on devrait définitivement essayer l’échangisme un de ces quatre !

BENJAMIN
Monsieur Banane, votre conducteur se voit dans l’obligation de refuser…

TAKE
(à Scios)
Dommage, j’ai toujours rêvé jouer de la flute avec ton svelte et délicat pénis !

SCIOS
Mon svelte et délicat pénis de vingt-huit centimètres ?

TAKE
Toutes mes félicitations, tu es à la tête d’une armée de révolutionnaires et tu as déjà mesuré ton pénis !

SCIOS
Tu veux le voir ?

TAKE
Non merci.

BENJAMIN
Vous agissez comme des enfants.

SCIOS
C’est pas parce que je suis petit et que j’ai une grande gueule que mon pénis est « svelte et délicat ».

BENJAMIN
Même s’il l’était, ça n’a pas d’importance, les pénis ne sont là que pour aimer.

Un léger silence s’installe dans la voiture.

SCIOS
Benjamin, je t’aime vraiment pour ne pas être sarcastique face à ce que tu viens de dire.

RABI
C’est définitivement la réunion d’avant manifestation la plus prolifique de tous les temps !

SCIOS
(un peu plus nerveux, regardant les noms de rue qui défilent autour de lui)
Est-ce qu’on arrive bientôt ?

BENJAMIN
Plus qu’une dizaine de minutes et ça y est. Préparons-nous…

TAKE
On fait quoi si la police intervient ?

SCIOS
(gravement, n’ayant plus grand-chose en commun avec le Scios comique d’il y a un instant)
Vous n’aurez qu’à courir, je m’occuperai de tout.

BENJAMIN
« Nous » nous occuperons de tout, le « je » est révolu depuis longtemps.

SCIOS
Benjamin, je vous ai embarqué dans tout ça et j’en subirai les conséquences !

BENJAMIN
J’irai jusqu’au bout pour terrasser les idées rétrogrades et homophobes d’Omaco ! Ce n’est pas seulement ton combat Scios, c’est notre combat ! Cesse d’oublier que tu as épousé un guerrier…

SCIOS
J’aime quand tu parles comme si nous étions déjà mariés !

BENJAMIN
Plus que quelques heures et nous le serons !

SCIOS
Si tout se passe bien…

RABI
Arrête de t’en faire, notre manifestation se déroulera dans la paix et l’harmonie !

SCIOS
Est-ce que je peux lire ton discours ? Ça me détendrait… un peu.

RABI
(en pointant sa tête)
Tout est là-dedans !

SCIOS
(en essayant de respirer normalement, de plus en plus nerveux)
Récite-le s’il te plait…

RABI
Take, pourrais-tu mettre ton pénis près de ma bouche pour que je m’imagine parler dans un micro ?

TAKE
Contente-toi du vrai micro…

Il fouille quelques instants par terre, en ressort un micro et le tient devant Rabi.

RABI
Je vous avertis, ça sonne un peu comme un oral de la petite école, je l’ai appris par cœur…

SCIOS
Tu parles dix fois mieux que moi en public… et c’est moi le chef de l’organisation !

TAKE
C’est parce que t’as un pénis de vingt-huit centimètres ! Ça t’empêche d’avoir du sang dans le cerveau !

BENJAMIN
De vingt-neuf centimètres pour être plus précis ! Trente quand je porte mon habit d’escrime…

TAKE
Au secours ?

SCIOS
Bref, Rabi, nous t’écoutons !

RABI
C’est parti ! Le premier qui s’endort a perdu !

Il prend un grand respire et…

RABI
Omaco, gouverneur de la nouvelle dictature conservatrice et bourreau de la charte des droits et libertés, nous te demandons de reconsidérer tes dernières déclarations. Vous avez banni le mariage entre personnes du même sexe, et ce, même si le mariage a depuis longtemps perdu son sens religieux. Il représente à présent l’amour entre deux individus. Le mariage ne sert plus à soumettre la femme dans le but inavoué de l’obliger à enfanter d’innombrables nouveaux pratiquants, soldats et contribuables. Oui, la société a évolué et nous ne comprenons pas ce retour en arrière que vous nous imposez !
(marquant une petite pause, plus émotif qu’au début)
À vous écouter, l’homosexualité est un crime, une maladie mentale, une aberration qui devrait être sévèrement punie ou corriger à l’aide de moyen totalement inhumain. De la haine, vous en nourrissez également pour les artistes, les traitant comme les « vaches maigres de l’humanité bonnes qu’à traire et à être envoyé à l’abattoir », ainsi que pour les services publics que vous avez mené au bord de la crise par pure camaraderie avec des entreprises qui ne pensent qu’au profit. Je ne parle même pas de votre misogynie, de votre racisme, de votre mépris de l’éducation et de vos guerres imaginaires qui…

Rendu à destination, Benjamin arrête brusquement la voiture, traumatisé parce qu’il voit. Sur une plaine où a été aménagée une estrade et plusieurs bannières pour le droit de vivre son orientation sexuelle en paix, des policiers attaquent des manifestants. Certains fuient, d’autres ripostent, ce qui occasionne une guerre aux forces tragiquement inégales. Les grenades fumigènes fusent de partout, rendant difficile de tout voir, mais bon nombre de manifestants sont déjà au sol, menottés ou blessés, certains inconscients.

SCIOS
(aussi traumatisé que Benjamin)
Ouvre la radio…

BENJAMIN
Mane ?

SCIOS
Oui.

Benjamin active la radio et la voix puissante, revendicatrice et arrogante de « Mane », l’animateur vedette d’une radio indépendante, et clandestine, envahit la voiture. Tous l’écoutent attentivement.

MANE
C’est du grand n’importe quoi, UNE BOUCHERIE ! Un policier vient de tirer sur un manifestant qui lui a lancé une pierre ! Il a vidé son chargeur, SIX BALLES POUR AVOIR TIRÉ UNE ROCHE SUR UN GARS PROTÉGÉ D’UN BOUCLIER ET D’UNE ARMURE ! Vous avez bien entendu, Omaco vient tout juste de déclarer que tout témoignage d’homosexualité serait désormais interdit par la loi et il y a déjà des morts ! Message aux manifestants et manifestantes qui sont en route, FAITES DEMI-TOUR ! Ça ne vaut pas la peine, ils ont détruit toutes les caméras ! Il ne restera que leur version des faits et ces quelques mots que j’enregistre de peine et de misère ! Je ne pensais pas risquer ma vie en me levant ce matin ! Mais ne vous en faites pas, votre fidèle serviteur est bien caché et il couvrira les événements jusqu’à la fin !

Scios éteint la radio, complètement anéanti.

SCIOS
Allez-vous-en…

Il sort de la voiture et Benjamin le suit instantanément.

BENJAMIN
Attends !

RABI
SCIOS !

Rabi veut y aller lui aussi, mais Take l’arrête brusquement.

TAKE
Benjamin va le ramener !

RABI
Scios a toujours été impulsif, il va se faire tuer !

TAKE
Si nous participons à leur boucherie, ce sera fini, on ne pourra plus jamais changer quoi que ce soit !

RABI
Take, laisse-moi sortir, il faut que je parle au micro, il faut que j’arrête ce massacre !

TAKE
Qu’est-ce que tu vas leur dire avant qu’un policier te tire une balle dans la tête ?

RABI
Je trouverai les bons mots !

TAKE
Non, il n’y a pas de bons mots, ils n’entendent rien, ils ne font que suivre les ordres !

RABI
LAISSE-MOI SORTIR !

D’une force inouïe, Rabi se dégage de Take et sort de la voiture suivi de près par celui-ci.

Au même moment, Benjamin et Scios montent sur l’estrade : Benjamin voulant le retenir, mais Scios le repoussant et criant à tout le monde d’arrêter. Malheureusement, perdu au milieu du chaos, personne ne l’écoute. N’en pouvant plus, il s’agenouille devant Benjamin et lui tend une bague, sa bague de fiançailles, lui faisant la grande demande. Benjamin le regarde avec une infinie douceur, prend sa main pour que celui-ci se relève et l’embrasse jusqu’à ce qu’une balle les perfore tous les deux à l’abdomen.

Rabi monte sur l’estrade et va tout de suite à leur chevet, suivi de Take qui guette la foule.

RABI
Scios, Benjamin, parlez-moi !

Les deux hommes sont par terre, enlacés l’un contre l’autre et seul Benjamin respire encore.

BENJAMIN
(souriant, serein malgré quelques larmes)
Ça doit faire vingt fois qu’il me demande en mariage, mais… il voulait le faire… ce soir, devant tout le monde. J’aimerais être enterré avec lui, avec des fleurs de lotus et du jasmin… si vous en trouvez.

RABI
Tiens bon, on va te ramener à la voiture !

BENJAMIN
Partez mes amis, j’ai rendez-vous avec Scios… dans une autre vie.

Il l’étreint une dernière fois et s’éteint étendu à ses côtés.

TAKE
(vérifiant le pouls de Benjamin et constatant que celui-ci est bel et bien mort)
Partons d’ici…

RABI
Il faut trouver un moyen de les arrêter !

TAKE
Je suis désolé, t’auras toute ta vie pour me haïr !

Il l’amène de force jusqu’à la voiture, courant, Rabi n’ayant pas le choix de faire de même !

RABI
Lâche-moi, c’était mon idée, c’est à moi de…

Take reçoit une balle dans la jambe et vu sa vitesse de course, il perd pied et s’écrase par terre… ce qui ne l’empêche pas de se relever, sans lâcher Rabi. Celui-ci l’aide tout en essayant de trouver qui a tiré.

RABI
(paniqué)
Je le vois, IL VA TIRER !

TAKE
Couche-toi !

Pendant que les deux hommes se jettent au sol, le policier prêt à achever Take reçoit une balle dans la tête, directement au milieu du crâne. Pourtant, aucun des manifestants ne possède d’armes à feu… le tire semblant plutôt provenir d’une limousine à quelques lieux de là. Take et Rabi n’ont pas le temps de se poser de questions : ils montent dans le véhicule de Scios et Rabi démarre, s’improvisant conducteur.

TAKE
Dis-moi que Scios était du genre à trainer une trousse de premiers soins avec lui…

RABI
Dans le coffre à gants !

Take l’ouvre et effectivement, elle est là.

RABI
(affreusement inquiet)
Est-ce que tu…

TAKE
(le coupant)
Ne t’en fais pas, je vais survivre.

JESOM
Excusez-moi…

Take et Rabi sursautent, il y a un policier étendu sur la banquette arrière.

TAKE
(en levant les mains en l’air, grave)
Nous ne voulons pas de problèmes, nous ne faisions que reconduire des amis !

JESOM
(pâle, aussi effrayé que les deux civils)
N’ayez crainte, la portière était ouverte… et je me suis caché. J’en pouvais plus de cette tuerie !

TAKE
Rabi… ?

RABI
Il dit la vérité.

JESOM
Fuir le plus loin possible, c’est tout ce que je demande…

RABI
Pourriez-vous soigner sa blessure pendant que je nous amène à des années lumières d’ici ?

JESOM
Oui, bien sûr, dès que mes mains cesseront de trembler !
(à Take)
Venez à l’arrière…

Take regarde Rabi un instant, sceptique à l’idée de faire confiance à ce policier, mais puisqu’aucun doute n’habite le regard de son ami, il rejoint leur nouvel allié sur la banquette arrière.

Pendant ce temps, Rabi regarde droit devant lui, retenant ses émotions, son regard durcissant, perdu dans ses pensées. Il revoit la mort de Scios et Benjamin, ainsi que la balle qui a percuté Take…

Une seule larme coule sur sa joue, Rabi transformant toutes les autres en haine.

[…]

Six ans plus tard, l’ex-activiste regarde toujours droit devant lui, impassible, sur ses gardes, assis autour d’une table aux côtés de Dami et Take pendant qu’Azure leur sert un verre de limonade. Take a laissé tomber le haut de sa tunique de policier, mais pas lui, Rabi ne délaissant surtout pas son arme…

Il ne cesse de penser que le terroriste est juste à côté, dans la salle de bain.

AZURE
(en servant le dernier verre)
Régalez-vous, j’y ai mis tout mon amour… et quelques ingrédients secrets !

TAKE
(hésitant)
C’est-à-dire ?

DAMI
(après en avoir bu une première gorgée)
Je préfère vivre dans l’ignorance…

RABI
Qui veut le mien ?

MALIAS
Moi je prends tout !

TAKE
Bon ben, la poubelle ambulante vient d’hériter de trois verres de limonades…

AZURE
Si vous insistez, j’y ai juste mis « un peu » de marijuana pour détendre l’atmosphère !

RABI
Ah… non merci. Je préfère rester alerte, y’a comme un tueur dans la salle de bain.

DAMI
Un ex-tueur, je lui ai fait promettre de s’en tenir à des moyens pacifiques.

MALIAS
T’extrapole, il t’a jamais répondu !

DAMI
C’est ça ou il va perdre ses seuls alliés… je suis clairement pacifique, et Rabi aussi.

RABI
Merci de ne pas m’inclure trop vite dans la super team du super terroriste en puissance.

DAMI
Je garde espoir pour qu’il y ait quelqu’un d’un peu plus sain d’esprit dans l’équipe.

RABI
Sain d’esprit… et inutile.

AZURE
Rabi, Rabi, Rabi, pourquoi te stigmatises-tu d’une si piètre confiance en toi ?

RABI
C’est juste ridicule, je ne vois pas comment je pourrais « sauver le monde ».

TAKE
Pourquoi pas ?

RABI
PARCE QUE JE NE PEUX PAS ! Tu devrais te présenter toi ! Tu as une famille, tu es droit et ton franc parlé écraserait celui d’Omaco ! Les gens ont peur ils ont besoin d’élire quelqu’un d’imposant…

TAKE
Ne sous-estime pas la force de ce qui brille au fond de tes yeux.

RABI
Tu as été le premier à me demander d’arrêter lorsque j’ai voulu renverser le gouvernement.

TAKE
Scios et Benjamin venaient de mourir, ta haine te brouillait l’esprit, tu voulais…

RABI
(le coupant)
J’aurais tout fait pour ramener la société dans le droit chemin, mais là, c’est trop tard ! J’ai grandi, j’ai appris à me taire pour survivre, et à ravaler mes idées de révolte pour pouvoir t’aimer en cachette de temps en temps ! Take, Omaco contrôle le peuple, l’armée, les lois et moi, tout ce que je contrôle, c’est ma langue ! Si je la délie, il trouvera un moyen de la contrôler elle aussi, ou d’encore me faire taire !

[…]

Dans une voiture blindée aux vitres teintées, Omaco scrute le massacre des manifestants en compagnie de Martine (qui vient tout juste d’avoir dix-huit ans). Omaco reste insensible, buvant un thé pendant que la jeune femme se mord les lèvres pour ne pas dire des choses qu’elle pourrait regretter.

OMACO
Je suppose que tu ne comprends pas où je veux en venir.

MARTINE
Je n’ai jamais eu besoin de comprendre pour obéir !

OMACO
Ce qui ne doit pas t’empêcher de me trouver horrible ?

MARTINE
Mon avis n’a aucune importance.

OMACO
Bien sûr puisque tu seras bientôt célèbre et que le peuple se plaira à s’identifier à toi !

MARTINE
Les gens aimeront l’image que je leur montrerai et non ce que je suis réellement.

Omaco cesse de regarder la « guerre » qui se déroule à l’extérieur, lassé, et ouvre un livre.

OMACO
Bien que je ne doute pas de tes talents de comédienne, si tu me hais, ils le sentiront…

MARTINE
Je ne hais ni n’aime qui que ce soit, je suis ton pantin.

OMACO
(riant, amusé par la droiture de Martine)
T’ai-je un peu trop bien dompté ?

MARTINE
Pourquoi m’as-tu amené ici le jour de mon anniversaire ?

OMACO
Pour que nous puissions jouer à un petit jeu ! Ensuite, je t’amènerai dans le plus chic des restaurants.

MARTINE
Aurais-je droit de manger tout ce que je veux ?

OMACO
Bien sûr, un père se doit de gâter sa fille le jour de ses 18 ans. Tu es une femme à présent…

Les arrières pensés de celui-ci dégoûtent Martine, même s’il n’est pas réellement son père.

MARTINE
Quel est ce « jeu », exactement ?

OMACO
Si tu avais à commenter cet événement à la télévision, en tant que lectrice de nouvelles, que dirais-tu ?

MARTINE
Je me contenterais de lire ce que tu aurais écrit.

OMACO
Je ne serai pas toujours là, je préfère me fier à ta logique.

Martine regarde à l’extérieur, les manifestants qui n’ont pas réussi à fuir sont presque tous maitrisés, la plupart blessés, morts ou inconscients. Elle remarque surtout Scios et Benjamin, morts l’un contre l’autre, brillants tout de même d’un amour infini. Martine ferme les yeux, elle en a assez vu…

MARTINE
Je dirais que les manifestants ont démontré de l’agressivité et que les policiers ont dû réagir pour les empêcher de s’en prendre à des innocents. J’inventerais qu’ils étaient armés…

OMACO
N’hésite pas à pousser plus loin juste pour voir à quel point la population est assez stupide pour te croire. Amuses-toi un peu, tu m’inquiètes à prendre toute cette mascarade beaucoup trop au sérieux !

MARTINE
Des gens meurent, tu pourrais tout arrêter d’un simple soupir et tu préfères lire ton livre…

OMACO
(en montrant celui-ci)
Folio Mentol écrit par Dami Zan. Je ne peux qu’être captivé, tu y es d’ailleurs l’un des personnages.

MARTINE
Dami, est-ce un autre de vos pions ?

OMACO
Non, juste quelqu’un d’autre qui se souvient de presque tout, mais qui n’en profite pas autant que moi !
(se tournant vers la fenêtre, pointant Scios et Benjamin)
Tu vois ces deux hommes là-bas ?

MARTINE
(sans se retourner)
Oui…

OMACO
Ils y sont eux aussi et me voilà débarrassé d’eux comme par magie, seulement grâce à une nouvelle loi.

MARTINE
La mort de tous ceux qui hantent tes souvenirs, est-ce tout ce que tu souhaites ?

OMACO
Oh, mes buts sont tout autre ! Fais-moi confiance, la fin justifie les moyens.

MARTINE
Est-ce que tu me tueras moi aussi ?

OMACO
Bien sûr que non, Toqui et toi me serviraient jusqu’à la fin, que vous le vouliez ou non.
(marquant une pause)
Mais plus important…

Il regarde un petit appareil de localisation et suit un point lumineux qui s’éloigne de la manifestation.

OMACO
(en appuyant sur au-dessous de la vitre teintée)
Chauffeur, Rabi est parti, nous pouvons faire de même.

MARTINE
Rabi ?

OMACO
Je pensais que cet événement servirait à réveiller sa fougue d’antan, mais je me suis trompé… J’espère que je n’ai pas sacrifié Scios et Benjamin pour rien, me battre contre Benjamin aurait été divertissant.

MARTINE
(sceptique)
Est-ce que je peux le lire, ce livre ?

OMACO
Bien sûr… joyeux anniversaire !

Il lui tend, pourvu de son sourire malsain et énigmatique. Elle le prend, hésitante.

OMACO
(appuyant à nouveau sur le bouton)
Chauffeur, démarrez la voiture !

Celle-ci ne bouge pas.

OMACO
(s’impatientant)
Toqui, à quoi joues-tu ? Ouvre cette vitre !

La vitre teintée ne s’ouvre pas plus que la voiture ne démarre. Toqui, à l’avant, ne lâche pas le volant, suffoquant en regardant la scène, pleurant à chaude larme, n’entendant même pas ce qu’Omaco lui dit. Une rage infinie bouille en lui, il se retient pour ne pas tuer chacun de ces policiers pour sauver les manifestants restants. Le jeune Toqui se cramponne sur le volant pour s’obliger à rester docile.

La portière s’ouvre, c’est Omaco.

OMACO
Je daigne te sortir et c’est comme ça que tu me remercies ?

TOQUI
Tu me demandes de regarder sans agir.

OMACO
Oh, tu me trouves un peu trop cruel ? Martine, sors de la voiture…

Celle-ci s’exécute et Omaco dégaine son arme.

OMACO
J’ai un deuxième cadeau d’anniversaire pour toi.

Le gouverneur se dirige dans le chaos de la manifestation, surprenant bon nombre de policiers, et se dirige directement sous l’estrade. Un coup de feu retentit et il revient avec le corps inerte du journaliste indépendant, Mane, pourvu d’un trou dans la tête. Omaco jette le cadavre devant ses deux « enfants ».

OMACO
Tu seras la seule journaliste que je tolérerai, n’est-ce pas là un beau gage d’amour paternel ?

Martine ne répond pas, n’approuvant pas ses gestes.

OMACO
RÉPONDS !

MARTINE
Merci papa…

OMACO
(regardant à présent Toqui)
Martine se montre reconnaissante pendant que toi, tu pleures ces gens qui ne sont absolument rien ! Il n’y a que nous d’importants, les autres ne sont que du bétails, que des jouets, QUE DES PIONS !

Toqui se calme et cesse de pleurer.

TOQUI
(soumis)
Pardonnez-moi père, j’ai encore faibli, embarquez dans la voiture, vous me punirez plus tard.

OMACO
Bien.

Il entre dans la voiture et Martine observe Toqui, sans exactement savoir quoi lui dire.

TOQUI
Chaque vie est importante, souviens-toi en quand tu présenteras les nouvelles.

MARTINE
Je ferai ce qu’il me dira de faire.

Martine baisse les yeux, sachant qu’il vaut mieux qu’elle ne lui parle pas, et elle rejoint Omaco à l’arrière. Toqui sort de la voiture et va fermer les yeux de Mane avant de remonter dans celle-ci.

TOQUI
Nous aussi, nous ne sommes que des pions.

[…]

Six ans plus tard, Toqui, dans la salle de bain, est sorti de sa cachette depuis fort longtemps. Il aiguise ses deux lames en entendant tout ce que Rabi, Take, Azure, Dami et Malias se disent dans les autres pièces. Son impatience ne fait qu’augmenter, il dévisage la porte en attendant que ceux-ci la traverse.

[…]

AZURE
(distant)
Que diriez-vous de changer de sujet ? Je propose de parler de petits chats !

TAKE
Azure, il faut lui montrer les peintures !

AZURE
(confus)
Miaou ? Miaou ?

TAKE
Il doit comprendre son rôle.

AZURE
Il doit comprendre par lui-même, je ne veux rien forcer.

TAKE
La connaissance aide à prendre une décision éclairée !

AZURE
Peut-être, mais moi, j’aime que ça vienne du coeur !

DAMI
Excusez-moi, je dois aller « au toilette ».

RABI
Dis-lui de se montrer…

DAMI
Je reviens…

AZURE
Un bon petit gars ce Dome…

MALIAS
Dami ?

AZURE
Ah oui, Dami… Ah ! Ah ! Ça fait longtemps que plus personne ne l’appelle Dome…

[…]

Dami entre dans la salle de bain et tombe face à face avec Toqui qui tient ses deux lames, impassible.

DAMI
Déjà prêt à utiliser les grands moyens ?

TOQUI
Soit je les tue, soit je pars, mais avant tout, permets-moi de te remercier d’avoir voulu me protéger.

DAMI
C’était inutile qu’on échoue tous les deux. C’était toi, moi ou les deux, j’ai fait mon choix.

TOQUI
Voilà exactement pourquoi il faut que tu me laisses les tuer. Ta puce explosera dès qu’ils t’auront inscrit dans le rapport de police et ça, je ne peux pas le permettre. Je mérite de mourir, c’est inéluctable, mais je n’entrainerai personne dans ma perte, encore moins le seul allié pour qui j’ai une once de respect.

DAMI
Tu peux ranger tes sabres, je trouverai les bons mots pour convaincre Rabi !

TOQUI
Il ne pliera pas facilement, il a été formé pour être un chien du gouvernement.

DAMI
Toi de même…

TOQUI
(souriant un peu)
Bonne répartie. Sauf qu’eux n’ont pas de raison viscérale d’en vouloir au règne d’Omaco.

DAMI
Tout le monde en possède minimum quatre ou cinq… moi, il a fait sauter mon école. Mais les gens qui ne sont pas égoïstes n’en ont juste pas besoin, de raisons… et Rabi en fait partie.

TOQUI
Rabi, son nom m’est familier… peut-être qu’il est un haut-gradé.

DAMI
Non, il est au bas de l’échelle, un policier à peine toléré dans son service. Je suis presque certain qu’il finira par nous aider… tandis que si tu le tues, ce ne sera qu’une hécatombe, et adieu la révolution.

TOQUI
S’ils te mentionnent dans le rapport, si tu meurs…
(hésitant, marquant une pause)
Il me faut quelqu’un comme toi, un humaniste, j’en ai besoin pour redevenir moi-même.
(difficilement)
Omaco m’a presque ordonné de poser ces bombes. Il a tout fait pour que je devienne son ennemi. Il insuffle des idées dans le crâne des gens. On croit que ce sont les nôtres, mais il est toujours là, quelque part, en train de rire et de tirer sur les ficelles… Sauf que j’ai bifurqué, je n’étais pas censé demander de l’aide à d’autres terroristes pour détruire son gouvernement, j’étais censé anéantir le corps policier, l’armée, puis me haïr au point de m’enlever la vie. Sauf que je vous ai rencontré…

DAMI
Ça aussi, il l’avait sûrement prévu.

TOQUI
Peu importe, il y a une chance pour que ma puce explose bientôt. C’est comme ça avec Omaco, dès qu’il ne peut plus nous jouer dans la tête, il nous fait sauter. Je suis venu ici pour ça, Azure m’a dit savoir comment la désactiver, mais l’arrivée des policiers vient de tout compromettre… Le temps presse et franchement, si ce n’était que de moi, je me laisserais mourir, je n’en peux plus de tuer, mais si je dois me salir les mains une dernière fois pour m’assurer de ta sécurité, je ne n’hésiterai pas à le faire.

DAMI
Je pourrais tout simplement dire à Azure de venir te voir.

TOQUI
Je n’ai pas confiance lui. Il aurait pu nous éviter bien des complications… Je ne sais pas ce qu’il cache dans son sous-sol, mais il a dû droguer le policier… J’ai peur qu’il soit de mèche avec Omaco.

DAMI
Azure n’est pas méchant.

TOQUI
Je n’en suis pas aussi sûr que toi.

Il regarde le spectacle grotesque des ossements d’animaux, et Dami fait de même.

[…]

Azure plonge son regard dans celui de Rabi.

AZURE
Je n’ai jamais cessé de rêver de ton ancienne vie. Tu souhaitais un monde meilleur pour tous, sans exception, tu t’es longtemps battu pour que ton utopie devienne réalité ! Mais tu es allé plus vite que la musique, tu as choqué les moeurs, et l’un de tes collègues fit exploser tous tes rêves. Tu ne t’en es pas remis, tu as sombré dans le vice et la dépression… et voilà que la vie t’offre une seconde chance !

Il embrasse Rabi sur le front, celui-ci frissonne, définitivement troublé.

RABI
Je nage en plein délire…

AZURE
Il s’agit de merveilleux monde des rêves, je les interprète sans vraiment y croire…

RABI
Ce n’est pas en avouant que tu en doutes que tu réussiras à me convaincre.

Take est lui aussi confus, se demandant à qui il a réellement affaire.

AZURE
Même si je vis sur un nuage, drogué par l’amour, je n’aime pas croire, je préfère vivre et ressentir ! Je ne veux plus rien d’autres que les émotions, que le vrai, sans illusion, sans attente, sans souffrance.
(pensif)
Peut-être ne suis-je que le messager, celui mandaté pour tous nous réunir.

RABI
Je t’envie, moi mon coeur se censure depuis trop longtemps…

AZURE
C’est en le cherchant que tu le perds, laisse-le s’exprimer, fais-toi confiance. Pose-toi cette question : Que ferais-tu si tu étais à la place d’Omaco ? À l’intérieur de toi, coule les idées ou coule le vide ?

RABI
Les idées ?

Azure frappe violemment sur la table et tout le monde sursaute, même Malias.

AZURE
(puissamment)
Maintenant que ton coeur a parlé, qu’attends-tu pour agir ?

RABI
N’importe qui aurait répondu les idées…

MALIAS
Pas moi !

AZURE
(gravement, en regardant Rabi)
N’importe qui ne détient pas ta destinée.

Rabi reste muet un instant, puis se lève.

RABI
Je reviendrai quand j’aurai pris ma décision…

Take le retient, ne lui laissant aucune chance de s’échapper.

TAKE
Reste encore un peu, je suis qu’il finira par te montrer le sous-sol !

RABI
J’ai besoin de prendre l’air…

TAKE
Rabi, je veillerai sur toi, tu n’as rien à craindre !

RABI
Tu étais effrayé, tu m’as obligé à cacher notre amour… Tu t’es marié à cette femme pour que je renonce à notre rêve. Tu voulais être certain que je ne milite plus contre l’homophobie… Tu t’es dit le plus rationnel de nous deux, mais il n’a fallu que trois semaines pour que tu la trompes avec moi…

TAKE
J’ai agis en parfait imbécile… Laisse-moi me rattraper, laisse-moi t’aider à devenir gouverneur.

RABI
Si…

Il marque une pause, déstabilisé, les mots qu’il tente de dire lui font mal.

RABI
Si jamais je fais ce que vous dîtes, je serai à nouveau détesté.

TAKE
Je te protégerai !

RABI
Non, l’uniforme nous protège. L’uniforme fait de nous des gens normaux, des gens qui font partis de la masse. On est devenu invisible : personne ne se soucie de la personnalité d’un policier… et peu importe si des gens nous détestent, ce n’est que l’uniforme. Mais si je l’enlève, là, c’est moi qu’ils haïront…

[…]

Dami détourne son regard des ossements et soupire.

DAMI
Non, je suis certain qu’Azure est sincère.

TOQUI
(s’énervant)
Tu le connais depuis combien de temps, depuis quelques heures de plus que moi ?

Dami se tait, comme pour lui donner raison… ou pour s’empêcher d’avouer la vérité sur ce qu’il sait.

TOQUI
Quoiqu’il en soit, avant que je ne m’égare dans l’une ou l’autre de mes solutions drastiques, il serait préférable que je tienne ma promesse… Cette fille, Nara, que représente-t-elle pour toi ?

DAMI
(étonné)
Tu la connais ?

TOQUI
Elle a pris de gros risques en te cherchant, les hommes d’Omaco l’ont utilisé pour me faire chanter. Heureusement, je chante bien.

DAMI
Sais-tu si elle est en sécurité maintenant ?

TOQUI
Oui, je l’ai reconduit chez elle, mais je suis prêt à gager qu’elle m’a menti et qu’elle poursuivra les recherches. À ta place, je ne la laisserai pas sans nouvelle trop longtemps, elle n’abandonnera pas…

DAMI
Merci de l’avoir protégé, j’irai la voir…

TOQUI
C’était la moindre des choses… Étrangement, dans ses yeux, je n’ai senti aucune méfiance, comme si elle me connaissait déjà, comme si elle me cernait mieux que moi-même, faisant fi de mes actes. Curieusement, face à moi, tu as le même regard, je ni vois pas d’interrogation, que des certitudes.

[…]

RABI
La première chose qu’il y aura dans les journaux, c’est ma vie privée, mon homosexualité, mon amour pour toi Take. Si j’enlève cette uniforme, je ne serai qu’un dérangé qui mérite d’être lapidé. Cette société a peur de la moindre petite différence ! Désolé, mais je ne peux pas devenir « gouverneur », je ne veux pas devoir mentir pour être élu ! Les mensonges, c’est ta spécialité, pas la mienne…

Il se déprend brusquement de Take et se dirige vers la sortie.

TAKE
Attends Rabi, on la changera la société ! C’est Omaco qui sera détesté !

RABI
Tais-toi, pense un peu à Soha avant de t’embarquer dans un complot terroriste !

TAKE
Y’en aura plus de terroriste !

RABI
C’est trop tard, votre « Toqui » a déjà tout gâché ! Grâce à lui, Omaco a déjà gagné !

Il se prépare à sortir.

TAKE
Rabi, attends !

[…]

DAMI
Je te rassure, peu importe mes certitudes, je ne cesse jamais de suranalyser tous ceux qui ont le malheur de me côtoyer.

TOQUI
Peu importe ce que tu essaies de te faire croire, je comprends par ton regard que tu ne me vois pas comme étant un monstre… Je t’en remercie et je remercie cette Nara de m’avoir souri. J’espère que tu comprendras qu’à présent, je ne peux pas te laisser mourir. Je suis condamné, mais pas toi !

Il le frappe soudainement, à un endroit bien précis, et Dami s’écroule, inconscient. Toqui prend ensuite un grand respire et sort de la pièce, prêt à faire ce qu’il faut pour préserver leur sécurité.

[…]

Rabi ouvre la porte, mais Toqui la ferme brutalement, se plaçant immédiatement devant lui.

TOQUI
Vous partez déjà, sans même avoir eu l’illustre honneur de faire ma connaissance ?

Rabi frémit, cet homme devant lui, c’est le terroriste, son regard empeste la mort.

RABI
Oui…

TOQUI
Qu’allez-vous dire à vos supérieurs ?

RABI
Je laisse Take faire le rapport.

TOQUI
Hum… Malheureusement, je crains fort que Malias vous a condamné dès qu’il a révélé ma présence.

MALIAS
(grognant)
C’est ça, c’est toujours ma faute !

TOQUI
Je vais d’ailleurs devoir le tuer lui aussi, il n’est définitivement pas digne de confiance.

Malias avale sa croustille de travers.

MALIAS
Répète ça ?

TOQUI
(en le regardant droit dans les yeux, insistant sur chacune des syllabes)
Je vais te tuer.

MALIAS
Tu sais à qui t’as affaire monsieur le bonhomme allumette ?

TOQUI
À première vue, je dirais à un gros tas atrophié dont la bouche est le seul muscle encore fonctionnel.

MALIAS
Ne me cherche pas.

TOQUI
Je savais que m’allier à des particuliers sans expérience dans le crime ne me serait pas profitable.

MALIAS
Toi, t’ignore sûrement ce que j’ai fait à ton père…

TOQUI
Difficile de faire pire que moi, je l’ai tué.

Take pointe son fusil sur la tête de Toqui, perdant patience…

TAKE
Laisse partir Rabi, je ne ferai pas mention de toi dans le rapport.

TOQUI
(arrogant, pas du tout impressionné)
J’ai anéanti tes collègues, puis l’armée, et tu penses pouvoir m’intimider avec ton ridicule petit jouet ?

TAKE
Tu as cinq secondes pour le laisser partir.

MALIAS
Vous allez finir par vous entretuer juste parce que vous êtes pareils : deux beaux crétins de rabat-joie !

Dami sort des toilettes et se place immédiatement entre Take et Toqui.

DAMI
Personne ne tuera personne, à moins qu’un de vous ait envie de devoir me tuer avant de tuer l’autre !

TOQUI
(en parlant de Take)
Reste en dehors de ça, je le tests.

DAMI
En risquant de te faire tuer ?

TOQUI
Si je vois que son doigt ne s’approche qu’un peu plus de la gâchette, il est mort.

TAKE
Tes lames dorment encore dans leur étui !

TOQUI
Tu veux voir à quelle vitesse je dégaine ?

DAMI
(à Rabi)
Le mieux serait d’attendre avant de partir, le temps de mettre les choses au clair !

RABI
Vous voulez faire quoi, nous séquestrer ?

TOQUI
C’est ça ou je vous tue. À vous de choisir.

Azure se laisse glisser le long du mur en riant. Il les regarde tous, euphorique, sarcastique.

AZURE
Nous sommes enfin réunis et tout ce que vous trouvez à faire, c’est dire des stupidités !

TOQUI
Tu as quelque chose de mieux à proposer oh toi qui détiens le savoir de notre destinée ?

AZURE
Rabi et Take vont fouiller d’autres maisons et quand ils le voudront, ils reviendront ici.

TOQUI
Ce que tu demandes est impossible.

AZURE
(s’obscurcissant)
Tu dois leur faire confiance, c’est la seule solution si tu veux rester en vie.

TOQUI
J’ai un meilleur plan. Dès qu’ils auront fouillé d’autres maisons pour nous rendre moins suspects, je les abattrai et disparaitrai ensuite de vos vies ! Ainsi, vous continuerez votre existence comme si vous ne nous aviez jamais connu et l’envie d’achever« le cadavre » exposé sur le divan ne m’hantera plus…

Azure bondit sur Toqui et le plaque contre le mur d’une rage incontrôlée, en le tenant par le cou.

AZURE
Il s’appelle MALIAS !

MALIAS
Azure, ARRÊTE !

AZURE
(dément)
Folio Mentol a envie de s’amuser, laissez-le S’AMUSER !

MALIAS
Rabi, Take, Dami, sortez, revenez plus tard !

Personne ne l’écoute.

MALIAS
SORTEZ !

Il leur lance de la nourriture, hystérique ! Take attrape le bras de Rabi et ils s’en vont vers la sortie. Cependant, Toqui se libère en frappant Azure dans le ventre et en le repoussant, foncièrement énervé.

TOQUI
(en dégainant ses lames)
Tant pis, vous ne laissez pas le choix !

Azure se soulève de terre seulement avec ses bras et touche le cou de Toqui avec ses orteils.

TOQUI
(ébahi)
Tu…

Les orteils d’Azure font une pression et la dernière chose que Toqui voit avant de s’évanouir, c’est Dami qui dirige ses bras vers lui pour le rattraper. À son réveil, Take, Rabi et Dami sont tous les trois partis.

Toqui est allongé par terre avec une petite couverte et un oreiller, furieux. Azure est là et le regarde en souriant, bêtement, sans aucune malice ni rancoeur, comme s’il avait prévu le coup depuis le départ.

AZURE
Bien dormi ?

TOQUI
Tu en connais d’autres des pirouettes dans le genre ?

AZURE
(flatté)
C’est le mieux que je puisse faire avec mes orteils.

TOQUI
J’hésite entre t’étrangler ou te tirer une balle entre les deux yeux…

Il tente de bouger, mais son corps ne répond pas.

AZURE
J’ai seulement déparalysé ta tête.

TOQUI
Peux-tu m’expliquer scientifiquement comment tu m’as fait ça ?

AZURE
(haussant les épaules, simplet et mignon à la fois)
Non !

TOQUI
À ta place, j’y penserais à deux fois avant de me libérer.

Azure approche son visage du sien, les yeux illuminés d’amour.

AZURE
Tu sais que tu as failli tout gâcher Toqui.

TOQUI
Éloigne-toi ou je te mords !

AZURE
Ton coeur est rempli de haine, tu ne sais pas faire confiance.

TOQUI
C’est toi qui viens de nous condamner !

AZURE
Non, ils reviendront et te défendront, parce qu’à présent, tu ne seras plus jamais seul.

Les mots d’Azure résonnent dans la tête de Toqui et pendant un instant, l’amour et la sincérité d’Azure pénètre son coeur. Sa rage disparaît, il a envie de pleurer, mais il se contrôle, gardant son sang-froid. Peu à peu, il devient encore plus sombre qu’il ne l’était, distant, très distant, pris dans sa déception.

TOQUI
Au contraire, j’ai toujours été entouré d’incapables.

AZURE
(tristement, n’enlevant pas son regard du sien)
Ne dis pas ça, nous te bercerons et tu nous sauveras.

TOQUI
Rabi nous trahira et aucun de nous ne survivra !

Azure baisse la tête, triste, puis l’embrasse sur le front et s’en va.

TOQUI
Où vas-tu ?

AZURE
Je te suis acquis Toqui, c’est à toi de décider si je dois être là ou si je dois disparaître.

TOQUI
Reviens…

Azure s’approche à nouveau et se couche à côté de lui, pensif.

AZURE
Autrefois, tu es mort parce que tu as tenté de tout faire toi-même.

TOQUI
Autrefois ?

AZURE
Autrefois, c’est toi qui a causé la mort de Rabi quand pourtant, il t’a fait confiance jusqu’à la fin.

TOQUI
Je ne le connais pas.

AZURE
Oui, moi non plus je ne te connais pas Toqui Noroquomi.

TOQUI
Qui t’a dit mon surnom ?

AZURE
Personne.

TOQUI
Tu m’as hypnotisé quand je dormais ?

AZURE
Trop compliqué pour moi…

TOQUI
Tu es capable de paralyser les parties du corps que tu veux… C’est plus simple d’hypnotiser.

AZURE
Si tu le dis…

TOQUI
(pensif)
Tu es le deuxième à m’appeler Noroquomi…

AZURE
Omaco ?

TOQUI
Oui.

AZURE
(souriant)
Ça ne me surprend pas de lui.

TOQUI
Quel est exactement la nature de ton lien avec Omaco ?

AZURE
Il s’imagine que je suis son meilleur ennemi.

TOQUI
Tu te ferais tellement plus facilement des alliés si tu étais plus CLAIR !

AZURE
(en haussant les épaules)
Je l’ai battu dans un duel quelconque dans une autre vie… Je suppose qu’il veut sa revanche.

TOQUI
C’est tout ?

AZURE
Sais-tu où est parti Dami ? Il a dit qu’il devait dire adieu à quelqu’un.

TOQUI
Ne réponds pas à ma question par une autre question !

AZURE
Tu crois qu’il s’agit de Nara ?

TOQUI
Il t’a parlé d’elle ?

AZURE
Non.

TOQUI
Arrête de jouer avec mes nerfs.

AZURE
Elle est sur les dessins elle aussi, tout est sur les dessins.

TOQUI
Même si c’était elle, qu’est-ce que ça changerait ? Ils ne se reverront plus jamais.

AZURE
Nara prendra l’adieu pour une invitation, elle ne l’abandonnera jamais.

[…]

C’est le matin, le soleil brille, mais il est enterré par d’énormes nuages gris. Dami entre dans la chambre de Nara en passant par la fenêtre. Il a recouvert sa tête d’un capuchon pour cacher son visage, mais ça n’empêche pas Nara de le reconnaître et de quitter sa chaise d’ordinateur pour lui assigner une gifle.

NARA
Qu’est-ce tu fiches ?

DAMI
Je viens voler deux trois de tes sous-vêtements, essentiellement celui avec le petit panda mauve !

NARA
Tu m’abandonnes et tu reviens sans prévenir ? Tu te prends pour qui, mon père ?

DAMI
« Tu sais qui » m’a raconté ce qui s’est passé, tu n’aurais pas dû sortir après le couvre-feu.

NARA
Tu agis définitivement comme mon père, je vais finir par t’haïr autant que je le hais.

DAMI
Ne tente plus de me retrouver, c’est tout ce que je te demande !

NARA
Qu’est-ce que je peux faire d’autres ? Vivre ma vie comme si de rien n’était, comme si tu n’avais pas tout chamboulé, comme si je ne savais pas qu’on nage dans la pire des mascarades avec une espèce de sociopathe au pouvoir ? Tu penses que je peux laisser Omaco tout détruire, comme tous ces ignorants qui restent cachés chez eux de peur que le ciel leur tombe sur la tête ? Non, JE NE PEUX PAS !

DAMI
Tu te rends compte à quel point tu…

NARA
Ne complète même pas cette phrase, je risquerais de mourir d’ennui.

DAMI
… tu as eu de la chance de ne pas avoir…

NARA
… explosé dans en une magnifique pluie de confettis ? Je me suis trompée, c’est à ton père que tu me fais penser ! Tu veux m’enfermer pour me protéger quand tu sais très bien que je ne serai plus jamais en sécurité nulle part !

DAMI
Nara, calme-toi !

NARA
T’auras fait quoi à ma place ? Tu serais resté là à moisir entre quatre murs ou t’aurais cherché à me rejoindre pour m’éviter de risquer ma vie juste pour suivre un plan complètement débile ?

DAMI
J’aurai risqué ma…

NARA
Alors tais-toi ! Tais-toi et explique-moi ce qui passe au lieu de me faire la morale !

DAMI
Promets-moi que tu feras plus attention…

NARA
Je ne fais pas de promesse à quelqu’un qui ne sait pas tenir les siennes.

DAMI
Tu as raison, j’abdique sur tout.

NARA
(après un léger silence, soupirant)
Trouve une solution pour que je puisse t’aider sans risquer ma vie et je te promettrai ce que tu veux !

DAMI
Ce n’est pas aussi simple que tu le crois !

NARA
On pourrait au moins s’écrire, laisse-moi t’aider…

DAMI
(sans la regarder pour ne pas trahir sa fermeté)
Je suis venu te dire adieu.

NARA
C’était un ordre, pas une demande.

DAMI
Nara, s’il te plait…

NARA
Je viens avec toi !

DAMI
Nara, je suis déjà complice d’un terro…

Il s’arrête, Nara comprend.

NARA
Moi aussi.

DAMI
Arrête, pour une fois, je te demande de m’écouter et de me faire confiance.

Nara se tait quelques secondes, retient ses larmes et durcit chaque parcelle de son être.

NARA
Tu sais ce qu’ils m’ont fait ?

DAMI
(confus)
Qui ?

NARA
Les soldats, les policiers.

DAMI
Non…

NARA
Je veux les faire tomber jusqu’au dernier. Le gouvernement d’Omaco est pourri, je veux le détruire.

DAMI
Tu n’iras nulle part en te nourrissant de haine.

NARA
Tu m’interdis l’amour, puis la haine… Est-ce que je suis censée être ta petite poupée gonflable qui dit oui à tout sans broncher ? Tu voulais que je sois là quand t’étais enfermé et maintenant que tu es libre, tu me repousses, tu me fuis, comme si je n’étais plus rien maintenant que t’as le reste du monde !

DAMI
Je te vengerai et une fois Omaco destitué, ce sera à toi de peaufiner les détails du plan…

NARA
Laisse-moi prendre mes propres décisions, j’en ai le droit autant que toi.

Léger silence… Dami sait que Nara ne capitulera pas, pas cette fois.

DAMI
J’y réfléchirai et reviendrai te voir demain, à la même heure.

NARA
Promis ?

DAMI
Promis.

NARA
Même si tu agonises au fond d’un puits avec la cervelle qui te sort par les trous de nez ?

DAMI
Nara…

NARA
Souris un peu avant de partir, je commence à m’inquiéter…

DAMI
(souriant un peu, l’air volontairement cliché, hagard)
À partir de maintenant, ça va bien aller, je construirai un monde meilleur !

NARA
C’est ce que je voulais entendre…

DAMI
Crois-tu toujours que je peux y arriver ?

NARA
Il y a juste toi d’assez fou pour le faire.

DAMI
Pourtant, j’en ai trouvé d’autres…

NARA
Dont To… enfin, tu sais qui ?

DAMI
Oui.

NARA
C’est quelqu’un de terriblement gentil, tu lui diras merci d’avoir tenu sa promesse.

DAMI
(plus léger)
Jure-moi que tu ne tomberas pas amoureuse de lui !

NARA
(souriante)
Non, jamais, c’est toi que j’aime.

DAMI
(amusé)
Ce n’est pas parce qu’il a une queue entre les jambes qu’il est plus homme que moi !

NARA
Quoiqu’il était très « homme ».

DAMI
Explique…

NARA
Casse-toi avant que je te raconte en détail la manière qu’il m’a…

DAMI
(sec)
Arrête.

NARA
J’aime quand tu te fâches.

DAMI
Nara… dans cette vie comme dans toutes les autres, tu es ma constante, ne l’oublie jamais !

Il l’embrasse longuement et se détache ensuite pour partir, mais Nara le retient.

NARA
(la voix tremblante)
Pourquoi j’ai l’impression que tu ne reviendras pas ?

Elle le serre encore plus fort, tellement que Dami ne pourrait pas partir même s’il le voulait.

DAMI
Arrête Nara… je serai là demain.

NARA
Promets-moi qu’un jour t’arrêteras de mentir à tout le monde…

DAMI
(le regard fuyant, quelque peu honteux d’avoir été si facilement démasqué)
Une bonne stratégie se construit de mystères…

NARA
Non, il n’y a que la sincérité qui peut nous sauver.

DAMI
Je suppose que j’y croyais, avant…

NARA
Tu peux me faire confiance, je suis Nara, ton héroïne !

DAMI
S’il t’arrivait quoique ce soit, je deviendrais fou… et l’histoire se répéterait.

NARA
Moi de même, n’oublie pas qui j’étais…

DAMI
T’as toujours été plus forte que moi !

NARA
Vous aurez besoin de moi…

DAMI
Je ne peux pas t’inclure dans une équipe en qui je n’ai pas confiance.

NARA
Dis-leur la vérité…

DAMI
Bonjour, je suis « Dami », j’ai écrit un roman sur chacun de vous ! Voulez-vous le lire ?

NARA
Ben quoi ? Il est bien ton roman… Bon, il faudrait éventuellement que tu me laisses corriger tes fautes…

DAMI
Dans tes rêves…

Il l’embrasse à nouveau, puis s’éloigne peu à peu, à contre-coeur.

DAMI
Nous nous retrouverons bientôt, dans cette vie ou dans une autre, c’est ça des âmes sœurs !

NARA
T’es mieux de te sauver avant que je te rejoigne pour te frapper…

DAMI
Je t’aime.

NARA
Je t’aime…

Dami la regarde une dernière fois et se retient pour ne pas pleurer, mais c’est plus fort que lui. Cette fois, c’est certain, il a dit adieu à sa vie d’autrefois. À présent, il entre dans un monde de démence où il sait qu’il sera tué. C’est dans son plan et Nara ne doit surtout pas être là pour l’en empêcher.

Nara serre les poings et le suit subtilement, en cachette. En tournant un coin, elle aperçoit Dami qui monte dans une voiture. Son coeur fait trois tours. La voiture démarre, Dami disparait… Elle court pour le rattraper, elle crie, mais c’est vain, il est déjà loin. C’est terminé. Elle ne reverra plus jamais.

Son esprit chavire.

Une idée très folle lui vient à l’esprit, une idée très très folle…. et dangereuse. Tuer Omaco.

[…]

Dami ne regarde même pas Take dans la voiture et Take ne lui pose pas de question, le comprenant.

DAMI
Merci…

TAKE
T’es sûr de ce que tu fais ?

DAMI
Non…

TAKE
Abandonner celle qu’on aime pour la protéger, c’est courageux, mais ça n’aide personne. Rabi rajouterait que c’est légèrement sexiste. Une fille dans l’équipe, c’est peut-être ce qui nous manque !
(changeant de sujet, remarquant que Dami regarde par la fenêtre pour cacher ses larmes)
Tu crois que ton destin à toi, c’est quoi ?

DAMI
Rabi est la politique, Toqui l’ombre, moi sûrement les médias ou…

Il s’arrête.

TAKE
Ou ?

DAMI
Ou tout ça, c’est juste n’importe quoi.

TAKE
Je suis vraiment le seul qui a vu les dessins ?

DAMI
Oui, à moins que Malias les ait vu.

TAKE
J’ai vérifié et il n’existe personne qui porte le nom de Malias.

DAMI
Il s’appelle Maze Beyame et selon les rapports classés top secrets du gouvernement, il aurait terrassé la garde entière du bras droit d’Omaco, Ontenne, dans le but de sauver Martine Lelièvre, la journaliste qu’il passe son temps à dévorer du regard. Je crois qu’on peut lui faire confiance…

TAKE
Tu as accès aux rapports du gouvernement ?

DAMI
Pas les plus récents, ils ont renforcé la sécurité.

TAKE
C’est bien que tu sois un pirate informatique, les guerres d’aujourd’hui sont des guerres d’informations.

DAMI
Je n’ai aucun mérite. Je ne faisais que superviser, mon contact a tout fait.

TAKE
Il est du coin ?

DAMI
Il nous rejoindra bientôt, ça fait partie du plan. Mais avant tout, il faut convaincre Rabi…

C’est au tour de Take de s’assombrir et de fuir en regardant pas la fenêtre.

TAKE
Il nous suivra.

DAMI
(distant)
Mais si jamais il nous trahit, qu’est-ce que tu feras ?

TAKE
J’ai confiance en Rabi…

[…]

Rabi est très angoissé dans son bureau d’agent de police, attendant quelque chose. Il regarde le rapport rempli devant lui, faisant mention de Toqui et de l’appartement où il est caché en ce moment. Il regarde ensuite une photo de Take… Le téléphone finit par sonner et il répond à catimini, maladroit, anxieux.

RABI
Oui, monsieur Omaco ?

OMACO
C’est moi.

RABI
Merci de m’avoir rappelé !

OMACO
Dites-moi ce que vous savez…

[…]

Dans la voiture, Take voit le poste de police au loin.

DAMI
(se retournant vers lui, le regardant pour la première fois depuis le début du voyage)
J’ai confiance en lui moi aussi, mais j’ai besoin de savoir ce que tu ferais.

TAKE
Qu’est-ce que tu voudrais que je fasse ?

[…]

Azure descend au sous-sol et regarde sous les escaliers un dessin plus discret que les autres. Il s’agit de Take, excessivement sombre et terne, qui souffle la planète dans une violence explosion.

AZURE
Aucun doute, c’est lui.

TOQUI
(sa voix puissante résonne dans les escaliers)
Qu’est-ce que tu fais ?

AZURE
Ne t’impatiente pas, j’avais juste une petite chose à vérifier.

Il monte les escaliers rejoindre Toqui.

AZURE
Que dirais-tu d’une bonne tarte aux myrtilles ?
À suivre.