Le guerrier épisode 1 – Une petite fée surpuissante parmi les gros ogres délicats (version bêta)

Dans une taverne remplie de guerriers et de guerrières plus durs à cuir les uns que les autres, l’alcool coule à flots pour célébrer les victoires ou mieux accepter les défaites. C’est le chaos total, mais l’ambiance reste festive. Seul RABI reste à part, boudant, la tête échouée sur le comptoir du bar.

RABI
Il est parti sans moi… Il est encore parti sans moi…

L’entendant marmonner, DOLAZION LABARBICHE s’approche et remplit son verre d’hydromel.

DOLAZION
Bon, qu’est-ce qu’il a le petit Rabi, il pleurniche encore parce que tonton Zan l’a abandonné ?

RABI
Il n’avait pas à partir sans moi !

DOLAZION
Il te l’a dit cent fois que c’était dangereux ! Trop dangereux pour les blondinets chétifs comme toi !

RABI
JE SUIS AUSSI FORT QUE LUI !

DOLAZION
Il a déjà tué un dragon en lui enfonçant son poing dans l’œil.

RABI
Des dragons, j’en baise cinq les yeux fermés, avec une seule testicule !

DOLAZION
Vile fripon, une autre grossièreté du genre et je te confisque ta chopine ! Mes filles peuvent t’entendre…

Rabi ne répond plus rien, perdu dans ses pensées… le tavernier soupire et insiste.

DOLAZION
Change d’air, tu fais fuir mes clients ! Quoique, c’est pire quand tu es heureux…

RABI
Je suis inquiet. EST-CE QU’UN HOMME A LE DROIT D’ÊTRE INQUIET ?

DOLAZION
Tu t’inquiètes vraiment pour le guerrier le plus fort, et arrogant, de toute l’histoire de l’humanité ?

RABI
Tu le trouves arrogant ?

DOLAZION
Il dit avoir couché avec mes sept filles, même CELLE QUI EST SOURDE, AVEUGLE ET MUETTE !

RABI
Cesse de considérer Nozanne comme une enfant ! C’est une femme, que dis-je, une femme ravissante !

DOLAZION
QUOI ?

Rabi regarde le tavernier, confus. Long silence, puis des larmes coulent soudainement sur ses joues.

DOLAZION
(mal à l’aise)
C’est parce que j’ai crié ? Faut pas, il peut coucher avec elles tant qu’il veut ! Ce qui me fâche, c’est qu’il ne les engrosse pas ! Je pourrais avoir un paquet de petits gardes du corps invincibles à exploiter !

Rabi, explose en sanglots, n’ayant même pas écouté Dolazion.

DOLAZION
Bon, soit tu t’expliques, soit je te frappe ! Je ne supporte pas les gens qui pleurent !
(il l’attrape par le collet)
RESAISIS-TOI !

RABI
(difficilement, entre deux sanglotements)
Chaque fois qu’il part, j’ai peur qu’il ne revienne jamais !

Les portes claquantes de la taverne s’ouvrent avec fracas. Une ombre gigantesque se dessine. Tout le monde retient son souffle… surtout Rabi, naturellement ! Mais, à son grand désespoir, seul Zuzu, un vieil homme tout petit tenant difficilement sur son bâton de marcheur, surgit des ténèbres de la nuit.

Au bout du bâton, il y a un livre, un livre qui semble très ancien.

ZUZU
Excusez-moi, auriez-vous l’obligeance de me conduire au guerrier dénommé Dami Zan ?

Rabi éclate à nouveau et s’écrase la tête sur le comptoir, désespéré, en marmonnant mille lamentations.

ZUZU
Oh, dois-je en conclure qu’il est mort ?

DOLAZION
Non, rien de tel ! Je vous présente son meilleur ami et dépendant affectif, Rabi Leblondinet Chétif.

Rabi ne répond pas, occupé à pleurer. Dolazion se fâche et lui lance une chopine sur la caboche.

RABI
T’ES COMPLÈTEMENT FOU ?

DOLAZION
Dis bonjour au monsieur et occupe-le en attendant le retour de ton petit ami !

ZUZU
C’est inutile. Servez-moi un peu d’hydromel, j’attendrai en silence !
(en regardant les sept serveuses avec intérêt)
À moins qu’une de ces dames souhaite astiquer mes vieux os !

DOLAZION
CE SONT MES FILLES !

ZUZU
(lui souriant poliment)
Vous pouvez en être fier ! Combien pour une nuit ?

DOLAZION
50 pièces chacune, 250 pièces pour les sept en même temps.

La plus vieille et proche de ses filles, Zannezion, se retourne vers lui, outrée.
ZANNEZION
Papa !

ZUZU
Je parlais d’une nuit dans votre auberge, pas dans vos filles.

DOLAZION
Ah ! Euh, 25 pièces la nuit, 20 si vous êtes un ami de Zan !

ZUZU
Je ferai donc semblant d’être son ami !

DOLAZION
Bien… Vous l’aimez comment, votre hydromel ?

ZUZU
(en se tournant vers Rabi)
Auriez-vous l’amabilité de verser quelques une de vos larmes dans mon breuvage ?

RABI
C’est de loin la demande la plus étrange qu’on ne m’est jamais faite…

ZUZU
Les larmes de pucelle sont excellentes contre les corps aux pieds !

RABI
QUOI ?

Les portes de la taverne claquent à nouveau avec fracas. Une deuxième ombre se dessine. Tout le monde retient son souffle… surtout Rabi, bien entendu ! Mais, à son grand désespoir, seul Blaike, un gigantesque personnage, encore plus grand que l’ombre l’ayant devancé, fait son apparition. Celui-ci est bâti comme un dieu et il porte un énorme casque métallique pourvu d’innombrables tuyaux.

Seuls des yeux rouges et effrayants paraissent au travers de l’armature.

BLAIKE
Où est Zan ? J’ai des comptes à rendre avec lui !

Rabi éclate à nouveau en sanglots et Zuzu tente tant bien que mal de lui voler quelques larmes pour les mettre dans son breuvage. Pendant ce temps, Dolazion s’approche, quelque peu inquiet pour sa taverne.

DOLAZION
Écoute Blaike, je ne veux pas de problème…

BLAIKE
Il me doit une vengeance aux échecs !

Tout en restant excessivement grave et sérieux, le géant taciturne montre le jeu d’échecs qu’il a apporté.

DOLAZION
Ah…

BLAIKE
J’en conclus qu’il n’est pas là !

DOLAZION
Tu conclus bien.

ZUZU
Bienvenu dans le club de ceux qui attendent sa venue ! Tire-toi une buche l’ami !

Blaike s’assoit à côté de Zuzu et tous attendent longuement, accotés au bar. Blaike place les pions sur l’échiquier, puis joue contre lui-même, Rabi maltraite des arachides qui trainent sur la table et Zuzu se déchausse pour arracher ses corps aux pieds en les frottant avec son hydromel spécial pucelle.

ZUZU
Il était parti faire quoi déjà, votre ami ?

RABI
Combattre la confédération des dix patriarches de l’absolu…

ZUZU
Je vois, il est certainement mort. Bon ben, tant pis…

Il se lève pour partir, mais… les portes de la taverne EXPLOSENT en s’ouvrant avec fracas. Une troisième ombre gigantesque se dessine. Tout le monde retient son souffle… surtout Rabi (on commence à le savoir) ! Joie intense, insoupçonnée, accentuée d’un gémissement hors du commun ! Il s’agit bel et bien de Dami Zan le guerrier, avec son épée d’une main et un sac d’or de l’autre.

Tout le monde se retourne vers lui, tendu, attendant avec impatience le verdict de sa mission.

ZAN
Quoi, j’ai un morceau de brocoli entre les dents ?

Il s’avance vers le bar et tout le monde reste silencieux, comme si chacun de ces pas transcendait l’atmosphère. Le tavernier se dépêche de lui servir un pichet de ce qu’il a de plus fort…

ZAN
(en s’assoyant devant le comptoir, à côté de Rabi qui l’observe bouche-bée de bonheur)
Laisse Dolazion, serre-moi plutôt un jus de fruits… et un cure-dent, on me regarde bizarrement !
(en se tournant vers Rabi, constatant l’air ahuri de bonheur de celui-ci)
Surtout celui-là, je crois qu’il est mort en se figeant sur place !

RABI
(les yeux exorbités, en le fixant)
Il est là ! C’est un miracle, il est revenu ! IL EST REVENU !!! JE PEUX LE TOUCHER !

ZAN
J’ai peur Dolazion, fais quelque chose !

DOLAZION
Dis-nous que tu les as battu et que ces patriarches de malheur ne menaceront plus ma taverne !

ZAN
Ils menaçaient l’équilibre même de l’univers Dolazion, pas seulement celui de ton insalubre taverne !

DOLAZION
Dieu merci, il a parlé au passé ! Vous avez entendu, IL A PARLÉ AU PASSÉ !

Tous se mettent à applaudir, sauf Rabi qui se jette dans les bras du héros.

RABI
Je commençais à croire que t’étais mort !

ZAN
(amusé)
Rabi, tu sais mieux que quiconque que rien ne peut me tuer !

RABI
Je sais mieux que quiconque l’exact contraire…

ZAN
Essuie tes larmes, je suis de retour et je ne suis pas revenu les mains vides !

Enjoué, le plus dur à cuir de tous les durs à cuir se lève et vide son sac d’or sur le comptoir.

ZAN
(à tous, pendant les applaudissements)
Je paye la première tournée de la soirée ! Hydromel pour tout le monde et pourboires à volontés pour mesdames les filles du patron !

ZANNEZION
(charmée)
Notre héros !

Presque toutes les sœurs s’évanouissent, mais heureusement, Blaike les rattrape toutes de justesse (et les dépose chacune sur les chaises les plus proches). Seule NOZANNE, sourde, aveugle et muette, ne succombe pas à ses charmes. Mais, elle reconnaît son odeur et sourit discrètement, ravie par son retour.

ZAN
Ce soir, je veux que tout le monde s’amuse, même toi Dolazion !

DOLAZION
Vous avez entendu ? VIDEZ MES TONNEAUX, BUVEZ TOUT ! CE SOIR, ON REND HONNEUR À LA VIE ! Merci à notre fou de héros, à celui qui veille sur chacun de nous, j’ai nommé, L’OR !

Il se jette sur les pièces d’or pour toutes les ramasser d’un air dément.

L’ambiance devient complètement folle ! Les gens chantent, dansent, montent sur les tables, crient, jouent à des jeux de plus en plus enfantin du genre du chat et de la souris, et surtout, ils…

Laissons Zuzu en parler :

ZUZU
C’est la fête, TOUT LE MONDE TOUT NU !

BLAIKE
Je te croyais ici pour t’entretenir avec Dami Zan.

ZUZU
Mes tracas peuvent attendre, je ne suis pas amusé depuis cinq cent ans !

Le vieil homme se déshabille et se jette dans la foule ! Une guerrière l’attrape et décide de le faire voler dans toute la pièce. Zuzu crie de joie, ne s’étant pas senti aussi vivant depuis le début des temps !

BLAIKE
Dans ce cas, laisse-moi prendre ta place auprès de lui…

En se dirigeant vers Zan pour l’affronter aux échecs, le géant aperçoit le livre de Zuzu gisant par terre et il se penche pour le ramasser. Cependant, celui-ci s’étant ouvert en tombant, Blaike aperçoit des mots dans une langue des temps anciens qui le tétanisent sur place. Ces caractères, ils sont identiques aux incantations de ceux et celles qui l’ont rendu ainsi, qui l’ont obligé à vivre avec cette armure.

Un ivrogne enjambe la chaise où est assise Nozanne et celle-ci trébuche, ce qui sort immédiatement Blaike de ses pensées. Il va l’aider à se relever pendant que l’ivrogne s’excuse de sa maladresse.

En faisant quelques figures sur la paume de la main de Nozanne, Blaike lui dit :
« L’ambiance se réchauffe, il vaut mieux que je t’amène en lieu sûr. »

Puis, dans la paume géante du géant, elle répond simplement merci, touchée par cette délicate attention.

DOLAZION
(en regardant fièrement la soirée battre son plein)
Vous savez ce qu’il manque à cette petite fête ?

ZAN
(encore accoté au bar avec Rabi assis juste à côté)
Non ?

DOLAZION
VOUS DEUX !

RABI
Je lui ai proposé d’aller danser avec Nozanne, mais monsieur décompresse en buvant son jus de fruits !

DOLAZION
Trop tard, voilà qu’elle monte à l’étage avec Blaike… avec Blaike ? AVEC BLAIKE ? REVENEZ ICI !

Il laisse sa guenille un instant pour rattraper Blaike et le sermonner.

RABI
(à Zan)
Maintenant que papa poule est parti, explique-moi… Tu payes la tournée, tout le monde s’amuse, mais toi tu restes là, avec cet air nostalgique que j’aime pas, comme si tu savais un truc vraiment pas bien !

ZAN
Mon jus de fruits m’a donné des maux d’estomac.

RABI
Tu trouves toujours des excuses !

[…]

Deux jours plus tôt, au bar.

ZAN
Je suis épuisé, j’ai sauvé le monde quatre fois aujourd’hui, dont une fois à dos de baleine.

[…]

Deux semaines plus tôt, au bar.

ZAN
Je dois cirer mes escarpins.

[…]

Deux mois plus tôt, sur un champ de bataille, en train de se battre férocement contre un dragon.

ZAN
Tu ne vois pas que je suis dans le gueule d’un dragon ?

[…]

RABI
Des excuses, toujours des excuses !

ZAN
N’insiste pas…

RABI
Ton problème Zan, c’est que tu as peur d’être heureux !

ZAN
(amusé)
Je n’ai peur de rien Rabi, je n’en ai juste pas envie.

RABI
Zan, le monde t’appartient, qu’attends-tu pour le saisir ? Est-ce que le plus grand guerrier de tous les temps auraient peur de son humanité ? Avoue-le, tu refoules un petit faible pour moi…

ZAN
(découragé)
Rabi…

RABI
Bon, d’accord, je me tais ! Je vais boire en silence à côté de toi jusqu’à ce que tu daignes parler !

Il boit en faisant beaucoup de bruits avec sa paille.

ZAN
Bon, je vais danser ! Mais juste une fois, après je monte me coucher !

Il se lève, mais Rabi lui attrape le bras, excessivement sérieux.

RABI
Non, tu restes assis et tu me dis ce qui ne va pas ! Si tu en es incapable, je pleurerai pour toi, mais tu dois me dire ce que tu as vécu pour que je le traverse avec toi ! J’ai l’impression que tu disparais peu à peu de nos vies, que tu prépares ton départ, tu n’es pas réellement là Dami… Je sais que si je ne fais rien, un jour, tu partiras et ne reviendras jamais. Alors, tu restes assis, tu bois ton jus et tu t’expliques.

ZAN
(surpris, mais toujours aussi fermé à l’idée de parler)
Ce n’est pas aussi simple, certains de mes démons datent d’un temps où tu n’étais même pas né.

RABI
La tournée que tu viens de nous payer, c’est ton cadeau d’adieu ? C’est ça ?

ZAN
Un de ces quatre, quelqu’un d’autre devra tenter de détruire la prison d’âmes.

RABI
C’est du suicide d’y aller seul ! Même Mathias l’Écarlate y a perdu la raison…

ZAN
Justement. Vu la violence de son échec et les séquelles qu’il garde vis-à-vis de ses alliés déchiquetés, désintégrés, plus aucun guerrier n’osera s’y aventurer. Je dois réanimer l’espoir, je dois piéger les enfers.

RABI
Tu veux réussir seul là où la guilde des Écarlates a échoué ?

ZAN
J’aurai dû être avec eux cette journée là ! Plusieurs choses nous éloignaient l’un de l’autre : son tempérament impulsif, justicier, mon esprit neutre, pacifique… mais j’aurais dû être là.

RABI
C’est reparti pour un tour, Dami Zan et ses rêves d’omniprésence prise 1874 !

ZAN
Il était le héros que tout le monde aimait et adulait… moi je suis le héros que tout le monde déteste mis à part quelques ivrognes et un peu trop de femmes. C’est moi qui aurais dû perdre la…

Rabi frappe soudainement Dami au visage, d’un coup de poing très puissant malgré ses bras chétifs. On entend d’ailleurs quelques grincements mécaniques, ses bras n’ayant absolument rien de biologique.

RABI
Mathias a été impulsif, il a attaqué les enfers pour je ne sais quelle raison ! Tu veux en parler avec Blaike ? Lui y étais, lui il a vu à quel point s’était désorganisé et je suis sûr que s’il s’exprimait un peu plus, il te remercierait de ne pas y être allé ; parce que toi, tu es encore en vie ! Il a essayé de fuir en emportant tous ses alliés blessés, mais il n’a sauvé que Mathias… ou du moins, ce qui en restait.

ZAN
Inutile de me le rappeler.

RABI
Inutile ? Tu vas faire la même erreur que Mathias, mais toi, tu ne survivras pas parce qu’il n’y aura aucun Blaike pour défier ton ego et te ramener ! Si tu es décidé, laisse-nous au moins t’accompagner !

ZAN
Puisque je te dis que j’ai un plan, papa Rabi…

RABI
Celui de créer une armée de veuves en colère ?

ZAN
Je vais ramener l’espoir. Je vais créer une brèche que les autres pourront utiliser.

RABI
Bref, tu comptes te sacrifier pour la prospérité ?

ZAN
En temps de guerre, il n’y a rien de plus important que l’espoir.

RABI
Cette brèche, soit tu la crées avec nous SANS MOURIR, soit je t’en empêcherai !

ZUZU
(s’étant incrusté depuis longtemps entre les deux, sans qu’on le remarque)
Le gamin n’a pas tort, tu auras besoin d’alliés.

Rabi sursaute et le guerrier se place dos à eux pour terminer son petit jus.

ZAN
N’en parlez pas eux autres, surtout pas à Blaike !

ZUZU
Ne me tourne pas le dos, jeune impertinent !

Il veut frapper la tête de Zan avec son bâton, mais celui-ci l’attrape sans peine.

ZAN
D’ailleurs Zuzu, tu ne m’as toujours pas dit ce que tu fais ici.

ZUZU
Vous me connaissez ?

ZAN
Tu es l’un des tous premiers hommes et ton livre renferme les plus vieux secrets de l’univers !
(sarcastique)
Dommage qu’il soit si bien gardé…

Zuzu remarque que son livre manque à l’appel au bout de son bâton et il panique en courant à droite et à gauche. Une fois qu’il l’a retrouvé, il revient, essoufflé, en dévisageant le guerrier.

ZUZU
Bref, j’ai déjà assez perdu de temps ! Jeune homme, vous allez me suivre, j’ai une mission pour vous !

ZAN
Dites-moi en la couleur et je verrai ensuite si je peux m’en servir pour fuir la précédente discussion !

ZUZU
Une jeune femme en détresse, voilà tout ce que vous avez besoin de savoir ! Prenez quelques vivres pour la route, elle sera longue ! Oh, et Rabi et Blaike nous accompagnent.

ZAN
Je me permets de refuser…

RABI
C’est le vieux fou nudiste qui l’a dit, TU NE PEUX PAS REFUSER !

ZUZU
Le « vieux fou » ?

RABI
Zan, mes bombes, ma glace, mes bras mécaniques, tout mon attirail est prêt !

ZUZU
Cette mission nécessite au moins trois guerriers expérimentés et idéalement, quelques guerrières !

Il se tourne vers la foule pour faire un clin d’oeil à celle qui l’a fait voler tel un avion à travers la pièce.

ZAN
Je n’ai besoin de personne pour sauver une demoiselle en détresse.

ZUZU
C’est qu’elle est exagérément bien gardée, même le Conseil des dieux n’a pas voulu s’en mêler !

ZAN
Eux qui se mêlent de tout d’habitude… ils doivent être dans le coup.

RABI
Laisse-moi venir ! Rappelle-toi le combat contre le prince Vlad ! Si je n’avais pas été là pour séduire les gardes, on aurait été coulé dans l’or ! Et les douze dragons du zodiaque, si je n’avais pas semé la zizanie entre eux à coup de ragots, je ne suis pas sûr que les jumelles du gémeau t’auraient fait de l’oeil ! Sans parler de la fois où Blaike allait te battre aux échecs et que j’ai « toussé accidentellement » sur le jeu !

ZAN
Bon, je constate que je ne gagnerai pas le combat de te dissuader ! Va chercher tes millions de gadgets et préviens Blaike si Dolazion ne l’a pas déjà étripé. Nous partons dans dix minutes, pas une de plus, pas une de moins.

RABI
Merci, merci, merci, MERCI ! Tu ne le regretteras pas, ENSEMBLE, ON PEUT TRIOMPHER D’ABSOLUMENT TOUT ! On va la sauver notre princesse et je te paris que ce sera de moi qu’elle tombera amoureuse ! (il s’en va chercher son matériel, mais s’arrête en chemin) Ah, en passant…

Il se retourne et Dami Zan ainsi que Zuzu ne sont déjà plus là.

RABI
(le cœur brisé)
Il… il… il…

DOLAZION
(en trainant Blaike par l’oreille)
Il t’a encore eu.

RABI
JE TE MAUDIS DAMI ZAN !

[…]

Sur la route, le guerrier court en emportant Zuzu sur son épaule.

ZUZU
Je n’ai jamais été aussi mal traité !

ZAN
Désolé, je ne pouvais pas les laisser venir.

ZUZU
Tu es fort, mais complètement inconscient !

ZAN
Si un danger pousse un mage de ta puissance à demander de l’aide, je suis en droit de croire que cette quête sera noble, mais des plus suicidaires. Or, Rabi et Blaike ne guérissent pas aussi vite que moi…

ZUZU
Tu restes un idiot. L’ennemi connaît ton point faible, tu auras besoin d’eux !

Zan s’arrête de courir et devient excessivement sombre, fatigué de cette répétitive conversation.

ZAN
Raconte-moi les détails et laisse-moi faire…

ZUZU
Bon, c’est ta décision. La demoiselle en question se nomme Azza. Un conte mentionne qu’il s’agit d’une créature infiniment fragile à la peau cristalline qui, malgré ses ailes majestueuses, ne peut voler. La secte des Ogres a décidé de l’enfermer pour la protéger du monde barbare et violant des hommes.

ZAN
Je sens que ce sera psychologiquement très intéressant.

ZUZU
Ne tente pas de négocier avec eux, ils sont aussi fermés que toi tu es têtu !

ZAN
Et cette Azza, est-elle jolie ?

ZUZU
Tu n’aimerais pas mieux connaître le nombre et la force de tes ennemis ?

ZAN
Si tu t’intéresses à elle, soit elle est jolie, soit tu me caches autre chose.

ZUZU
Fais bien attention à cette jeune femme. Elle est comment dire, fragile, mais très « importante ».

ZAN
Toutes les femmes le sont, importantes…

ZUZU
Puis-je te dessiner une carte et t’abandonner à ton triste sort ?

ZAN
Le plus vite sera le mieux, j’ai hâte de lire ton nouveau roman en cachette !

Il prend le livre de Zuzu qu’il avait caché dans son pantalon et le parcourt nonchalamment.

ZUZU
Quand me l’as-tu volé ? PETIT VOYOU !

Zan rit un peu, amusé par sa petite plaisanterie. Puis, le temps défile. Zuzu lui dessine la carte, lui donne les autres instructions et ils se disent au revoir. Le guerrier marche ensuite des heures et des heures sans s’arrêter, traversant moult paysages. Il regarde parfois derrière lui, comme si la solitude ne lui allait pas tant que cela… mais il continue sa route jusqu’à ce qu’une vallée se présente devant lui.

ZAN
(en regardant en bas de la falaise, remarquant un campement et d’innombrables ogres aux aguets)
Me voilà arri…

Un homme excessivement grand, musclé, et à la peau teinte en vert, l’attrape par la tête et se lance dans la falaise avec lui. L’ennemi rit, fier de son coup, tenant Zan en dessous de lui pour que le choc lui soit mortel. Le guerrier ne réagit pas vraiment, n’attendant que l’impact. Il allait sauter de toute façon…

Tout de suite après atterrissage, des milliers d’ogres archers se positionnent autour d’eux, au cas où l’intrus serait toujours en vie (ce qui est le cas, bien entendu). Zan se relève en essuyant le sable accumulé sur son torse, puis il tend la main à l’ennemi qui au contraire de lui, peine à se remettre sur pied.

Naturellement, l’ogre refuse son aide.

ZAN
Ne sois pas mauvais perdant, c’était une bonne idée, bien que j’étais plus inquiet pour toi que pour moi !

Une ombre se dessine et englobe toute la façade de la falaise. Le regard de l’ogre blessé change pour du respect, celui-ci s’agenouillant immédiatement en signe de soumission. S’attendant au pire, Zan se tourne tranquillement pour constater qu’un homme vingt-cinq fois plus grand que l’autre se tient juste derrière lui. Celui-ci a la peau bleue et détient un nombre incalculable de tatouages de guerre.

LE CHEF DES OGRES
Inutile de parler à mes laquais, je leur ai coupé la langue.

ZAN
Dommage, vous avez oublié de couper la vôtre…
(en remarquant ses ongles acérés)
Il en va de même pour vos ongles, ce n’est pas très propre.

LE CHEF DES OGRES
Je n’ai aucun humour, dites-moi qui vous envoie ou je vous troue de flèches.

ZAN
Les flèches, voilà l’une des nombreuses armes qui ne peut pas me tuer. Dommage…

Impatient, le chef détache sa hache géante et attaque immédiatement le guerrier qui esquive de peu.

LE CHEF DES OGRES
Et ma hache, le peut-elle ?

ZAN
Oui… du moins, si elle était dans des mains plus adroites.

LE CHEF DES OGRES
QUI VOUS ENVOIE ?

ZAN
Le Conseil des dieux, je viens en éclaireur pour négocier une entente.

Le chef des ogres échappe un petit rire, mais il se ressaisit rapidement.

LE CHEF DES OGRES
Partez d’ici humain, vous ne pouvez comprendre et je n’ai pas de temps à perdre !

ZAN
Comprendre quoi, que vous êtes stupides ? Rendez-moi Azza ou aucun de vous ne survivra.

Dami Zan manque souvent de diplomatie, surtout quand on remet en doute son intelligence.

LE CHEF DES OGRES
Idiot, nous la protégeons ! Sans nous, elle mourrait ! Ni son corps ni son esprit ne peuvent survivre au monde extérieur ! Temps et aussi longtemps que vous, les humains, vous baignerez dans la violence et le vice, cette fée restera enfermée pour survivre à votre folie ! Elle est tout pour nous, va-t’en d’ici !

ZAN
Cette « fée » ?

LE CHEF DES OGRES
Écoute-moi bien l’avorton, le grand esprit nous a averti de l’incarnation de Gaïa parmi nous, de l’arrivée d’une fée, d’Azza ! Il nous a demandé de la protéger, nous disant avec peine que sa force vitale dépend de l’état de la terre, celle-là même que vous avez menée à sa perte à coup de pouvoir capitalisme ! Azza est à une brise de s’éteindre… Si vous étiez réellement un « héros », vous sauveriez ce monde pour qu’elle retrouve des forces au lieu de nous insulter de votre présence !

ZAN
Je n’ai plus qu’une seule question : a-t-elle réclamé votre aide ?

LE CHEF DES OGRES
C’est-à-dire ?

ZAN
Était-elle heureuse que vous l’enfermiez pour la protéger ?

LE CHEF DES OGRES
Tu ne comprends vraiment rien, une si fragile créature ne peut être heureuse, elle ne peut que pleurer.

ZAN
Je vois…

Dami Zan tend son épée en la laissant dans son étui, prêt à assommer quelques ogres.

ZAN
Je suis désolé, mais je dois vous contredire.

LE CHEF DES OGRES
Jeune fou, si elle meurt, nous connaîtrons l’apocalypse !
(en tendant sa hache, en s’adressant à ses troupes)
Tuez-le, cet homme a choisi de se condamner !

Une pluie de milliers de flèches tombe sur et à côté du guerrier. Mais comme il l’avait si bien précisé au méchant ogre pas fin, aucune ne le tue. En les arrachant une par une, il guérit à une vitesse inouïe !

Cependant, Zan s’efforce d’éviter la hache… sauf que l’ogre, de plus en plus en colère, est de plus en plus rapide. Il doit vite trouver une solution pour les mettre hors d’état de nuire sans pour autant les tuer. Voilà ce qui complexifie la majorité de ses combats : ce choix de ne pas tuer ses ennemis.

ZAN
J’ai une idée, comparons nos pénis et que le meilleur gagne ?

L’ogre lui coupe soudainement la jambe et dirige sa hache vers l’autre.

ZAN
À bien y penser, il vaut mieux que je garde l’artillerie lourde à l’abri…

Il évite de peu l’autre attaque et pendant que sa jambe repousse, il se dirige vite vers les archers, se disant que leur chef n’osera peut-être pas risquer de les tuer en l’attaquant. Mauvaise déduction, l’ogre, furieux, découpe sans peine ses alliés en essayant de le toucher. Le regard de Dami s’obscurcit…

ZAN
Le jeu est terminé.

Tout en gardant son épée dans son étui, il nage entre les archers pour les expédier plus loin à coup de 10, voire 100, parfois. Aucun ne se relève, tous bien assommés, très loin du champ de bataille.

LE CHEF DES OGRES
Cesse de jouer au baseball avec mes sous-fifres et BATS-TOI !

Zan s’arrête devant la falaise, venant tout juste d’éloigner les derniers ogres verts.

ZAN
(en le regardant droit dans les yeux)
Tout se jouera en une seule attaque, alors je suggère d’y mettre toute ta force.

LE CHEF DES OGRES
Ne sois pas ridicule, dégaine ton épée…

ZAN
Ce ne sera pas nécessaire.

LE CHEF DES OGRES
Quand cesseras-tu de M’INSULTER ?

Prenant un gigantesque élan, l’ogre frappe de toutes ses forces et juste quand la hache va pour toucher Zan, celui-ci passe en dessous, frappe ses bras pour lui casser et s’éloigne ensuite le plus possible. Souffrant le martyre, l’ogre lâche sa hache par réflexe. Celle-ci s’incruste violemment dans la falaise.

Le chef des ogres, fou de rage, se retourne vers Dami Zan, mais celui-ci est déjà loin. Un peu idiot, l’ogre ne comprend pas tout de suite… et se fait engloutir par la façade de la falaise qui s’écroule sur lui.

[…]

Plus loin, Zan arrête de courir que lorsqu’il entend les pierres s’entrechoquer.

ZAN
Zuzu, tu m’avais promis un combat impossible à gagner, je suis presque déçu.

AATON
Tu dois à présent être à court de pouvoir, Dami Zan.

Le guerrier dégaine son épée en se retournant vers le nouvel arrivant, AATON LEMAÇON, l’un des plus forts membres du Conseil des dieux. Son rôle : la gestion et l’entraînement de toutes les armées.

AATON
Dépose ton arme, tu es en état d’arrestation.

ZAN
On m’avait dit que le Conseil ne se mêlerait pas de cette histoire.

AATON
Le Conseil EST cette histoire, j’ai moi-même donné l’ordre à ces cancres de protéger Azza.

ZAN
J’aime ta franchise, elle va nous épargner bon nombre de discussions inutiles.

AATON
Je suis le seul membre du Conseil qui préfère se battre plutôt que parler, profites-en !

ZAN
Sauf que du coup, je n’aurai pas d’explication, ce qui est un peu agaçant…

AATON
Disons simplement que la demoiselle est spéciale et que je garde un œil sur elle.

ZAN
Bref, tu as peur qu’elle représente un danger pour le Conseil et tu lui as fait croire n’importe quoi pour la convaincre de rester enfermée ! Tu l’as lobotomisé autant que ces faux ogres à tête d’humains !

AATON
Regarde autour de toi, ce n’était qu’un piège tendu par Zuzu et moi, Azza n’est pas ici.

ZAN
Bien sûr que oui…

D’un mouvement d’épée, il crée une bourrasque de vent qui se butte à un mur magique. Celui-ci dévoile partiellement un bâtiment invisible à l’oeil nu. Un sort commun qui ne sert à rien contre un bon odorat.

ZAN
Azza a une douce odeur d’orchidée.

AATON
Bon, tant pis, je vais devoir te tuer.

ZAN
C’est si simple et rafraichissant avec toi…

AATON
Lorsque tu seras dans la prison d’âmes, n’oublie pas de dire bonjour à ton père de ma part.

ZAN
Je ne sais pas si tu l’as remarqué, mais je m’efforce de rester drôle et agréable.

AATON
J’aurais aimé lui couper la tête moi-même, dommage que Mizzo m’est devancé.

ZAN
Tu n’aurais tellement, mais tellement pas dû dire ça !

Le guerrier s’élance, mais son corps s’immobilise soudainement. Il lutte en vain…

AATON
Blablabla… dire que l’ancien dieu nous a demandé mille fois de t’épargner.

ZAN
Uzir était au minimum mille fois plus intelligent que vous… au minimum.

Cinq petites sphères d’énergie sortent des mains d’Aaton et se dirigent vers lui.

AATON
Je l’avoue, j’ai appris ce pouvoir que pour te tuer. Chacune de mes sphères entrera dans ton corps pour neutraliser tes réceptacles d’énergie régénératrice… ou peu importe comment tu appelles ça.

ZAN
Réfléchis bien à ce que tu vas faire Aaton, tu sais ce dont Blaike est capable !

AATON
Ce renégat ne vaut rien depuis que son maître est devenu fou et que j’ai dissout sa division.

ZAN
Si tu le dis…

AATON
Adieu Dami Zan et bon débar…

Quelque chose ou quelqu’un le heurte de plein fouet et Aaton revole une centaine de mètres plus loin.

ZAN
Salut Blaike !

BLAIKE
La prochaine fois, tu nous attends.

ZAN
Rabi est là lui aussi ?

BLAIKE
Constate par toi-même.

Une explosion des plus colossales retentit là où se situe Aaton et les vêtements complètement brûlés, il revole aux pieds du guerrier et de Blaike. Ce dernier s’approche de l’ennemi et le soulève par le cou.

BLAIKE
Mon maître n’est pas devenu fou, VOUS L’AVEZ RENDU FOU !

ZAN
(essayant de bouger, il remarque qu’il est encore paralysé)
Attention, il est toujours conscient !

Aaton ouvre les yeux et frappe Blaike directement sur ses orbites, puis lui casse les bras pour se dépendre. Blaike le lâche momentanément, mais se replace aussitôt les os des bras.

AATON
Il faudra que tu m’expliques pourquoi je ne peux pas te paralyser ! Est-ce à cause de ton joli casque ?

BLAIKE
Je préfère qu’on appelle ça une armure.

AATON
Si je l’enlève, tu meurs, voilà la seule chose importante à savoir !

BLAIKE
De toute façon, je ne suis qu’une diversion !

Il s’élance pour frapper Aaton et tandis qu’il esquive, Rabi, caché derrière Blaike, passe en dessous des jambes du géant pour toucher celles du membre du conseil. Résultat : ses jambes gèlent complètement.

AATON
(confus par cette étrange technologie)
Qu’est-ce ?

RABI
L’homme le plus fort et rusé du monde, RABI LE BLONDINET CHÉTIF !

Il fait une jambette à Aaton et ses jambes éclatent sur le coup. L’estropié se propulse ensuite avec ses mains pour s’éloigner du combat, mais deux fléchettes perforent ses épaules et elles gèlent à leur tour.

RABI
Il y a cent dix-huit inventions différentes seulement dans mes bras !

AATON
Ah ! Ah ! Et tu penses pouvoir battre l’un des membres du Conseil si facilement ?

RABI
Pourquoi pas ?

AATON
Je suis de la même école que Dami Zan.

Ses jambes se régénèrent et il s’arrache les épaules pour qu’elles se reconstituent sans être glacées.

ZAN
J’aurais dû vous préciser ce petit détail.

RABI
Je ne vois pas vraiment ce que ça change… je reste le mieux membré des quatre.

AATON
Vous m’ennuyez.

D’un geste, il paralyse Rabi et d’un autre, il se propulse et traverse le ventre de Blaike d’une seule main.

BLAIKE
Tu as perdu.

Blaike retient Aaton grâce à la force surhumaine de ses bras. Aaton essaie tant bien que mal de se déprendre en agrandissant la plaie de son ventre, mais c’est vain, le colosse ne bronche pas.

BLAIKE
À toi Rabi…

RABI
Je ne pensais pas devoir utiliser le plan B, mais… J’AI LES MAINS BALADEUSES !

Les bras mécaniques de Rabi se détachent de lui et grimpent sur Aaton qui se démène comme jamais en blessant profondément Blaike. Trop tard, les doigts de Rabi pénètrent en lui, certains dans la bouche, les autres dans le… et le corps d’Aaton gèle en entier en même temps que lesdits bras.

RABI
Tant que mes bras posséderont une once d’énergie, il ne dégèlera pas.

ZAN
Ce qui nous laisse combien de temps ?

RABI
Deux heures.

ZAN
Parfait, surveillez-le, je m’occupe de libérer « la fée » !

Il se dirige vers le bâtiment invincible, mais avant d’y entrer, il se retourne vers ses deux alliés.

ZAN
Merci d’être venu.

RABI
Remercie plutôt le vieux nudiste d’être revenu nous indiquer le chemin !

BLAIKE
Dépêche-toi de la convaincre de nous suivre, nous avons peu de temps pour l’amener en lieu sûr.

ZAN
C’est parti, priez pour que mes charmes ne soient pas trop rouillées !

Il tâtonne le bâtiment et trouve finalement la poignée pour y entrer.

[…]

Azza « la fée » contemple le plafond étendue sur son lit quand soudainement, le guerrier fracasse son cadenas d’un seul coup d’épée. La captive le regarde avec stupéfaction, terrifiée par ce petit imprévu.

AZZA
Que faites-vous ?

ZAN
Il semble évident que je vous libère !

La gorge d’Azza se noue d’hésitation. Elle est perdue entre d’innombrables peurs et envies contradictoires.

ZAN
Je vois, tu crois en leur charabia.

AZZA
Il est vrai que je suis fragile.

ZAN
Si je souffle sur vos jolis cheveux verts, tomberont-ils en poussière ?

Quelque peu moqueur, l’homme approche sa bouche du visage de la pâlotte petite fée.

AZZA
(en gémissant, effrayée)
S’il vous plait, n’essayez pas !

ZAN
Croyez-moi, si vous avez survécu à la solitude de cette prison, vous pourrez survivre au monde extérieur. Il n’y a rien de pire que la solitude, mis à part peut-être la solitude d’une solitude…

AZZA
Vous dites n’importe quoi !

ZAN
Absolument !

Jouant sur l’effet de surprise, Dami souffle en sa direction ! Cela plonge la fée dans de terribles tremblements accompagnés d’une suffocation immédiate. Azza croit mourir à cet instant, pas à cause du souffle, mais bien à cause de sa réaction… mais cela, elle ne s’en rend pas compte.

ZAN
Calme-toi, tu finiras par causer ta propre mort !

AZZA
Laissez-moi, je vous en supplie, laissez-moi !

ZAN
Tu t’es convaincu de cette fragilité, tu l’as matérialisée, et c’est ça qui te détruit.

Des larmes douloureuses et sincères coulent sur les joues d’Azza… et Dami Zan s’écarte quelque peu, ne pouvant s’empêcher de culpabiliser… du moins jusqu’à ce qu’il trouve une nouvelle idée :

ZAN
Puis-je m’excuser et te prouver mes dires avec un peu plus de douceur ?

Azza est troublée par cet homme soudainement plus vrai, plus doux.

ZAN
Comment te sens-tu, enfermée entre quatre murs, à ne parler qu’à des ogres ?

AZZA
Je m’ennuie.

ZAN
Et tu voudrais que je t’abandonne ici ?
AZZA
Je ne peux faire autrement ! Je suis liée à notre terre ! Je souffre parce qu’elle souffre, je faiblis parce qu’elle faiblit. Je ne peux qu’attendre ici en espérant qu’elle prenne du mieux…

ZAN
Tu te trompes, tu ne dépends pas de Gaïa, mais elle dépend de toi : de la même manière qu’elle dépend de chacun de nous. Si tu veux qu’elle se porte mieux, il ne faut pas que tu te laisses détruire par son état, il faut que tu te battes pour que ça change ! Tu ne le ressens pas ce pouvoir à l’intérieur de toi, celui de créer quelque chose de beau, de fort, de presque aussi musclé que moi ?

AZZA
Si je vous suis, me protégerez-vous jusqu’à ce que je sois apte à le faire moi-même ?

ZAN
Je t’amènerai en lieu sûr, chez Zuzu, un vieil homme qui m’a demandé de te sauver.

AZZA
Zuzu veut se servir de moi à des fins qui me sont inconnus, les ogres me protégeaient de lui !

ZAN
Les ogres t’ont menti.

AZZA
Au fond, vous cherchez à vous débarrassez de moi parce que vous êtes ce genre de guerrier solitaire qui ne souhaitez pas vous attacher à autrui ! Vous me sauvez, puis me lâchez dans la fausse aux loups et VOUS VOUS EN LAVEZ LES MAINS ? Voilà dont le genre d’héros pitoyable qui ose me faire face ?

ZAN
Calme-toi, je ne peux tout simplement pas te garder avec moi, tu ne serais pas en sécurité !

AZZA
JE NE SUIS EN SÉCURITÉ NULLE PART, PERSONNE N’EST HONNÊTE AVEC MOI !

ZAN
Je t’amènerai à l’ancien dieu, Uzir. Il m’en doit une ! Il changera ton corps t’apparence, te trouvera un nouveau nom et inventera que tu es sa fille ! Fais-moi confiance, personne n’osera plus t’embêter !

AZZA
Pourquoi ce « Uzir » n’est plus dieu ?

ZAN
Il a involontairement transmis presque toute sa magie à celle qui menace actuellement tous les paradis.

AZZA
ET TU VOUDRAIS ME CONFIER À CET HOMME ?

Blaike entre dans la pièce et Azza fige instantanément.

BLAIKE
Zan, il faut y aller, la glace se fragilise.

AZZA
Je vois une bonté et une tristesse si pure dans les yeux de cet homme.

ZAN
Tu peux lire dans l’âme des gens ?

AZZA
(en haussant les épaules)
Oui, évidemment, comme toutes les fées !

ZAN
Tu as conscience que toute cette histoire de fée et d’ogres n’est qu’un profond délire inventé par Aaton ?

AZZA
Bien sûr que je suis une fée.

ZAN
Tu n’as pas d’ailes.

Léger silence.

AZZA
Je serais capable d’également lire en vous si vous n’étiez pas aussi fermé et rabat-joie. Pour l’instant, je peux affirmer que votre corps invincible vous sert de carapace. Inconsciemment, vous cherchez à vous éloigner de vos propres émotions en enchaînant les missions, en vous refusant toute sédentarité. Vous ne laissez pas les autres avoir le moindre impact sur vous, vous êtes « l’intouchable » ! Vous êtes le genre de personne à être entouré d’amis, mais à refuser leur amitié ! Vous… vous…
(soudainement plus grave, troublée, ayant lu en lui plus que prévu)
Vous les abandonnerez tous très bientôt, vous ne voulez pas qu’ils souffrent de votre…

ZAN
(la coupant)
Si tu n’as pas confiance en moi, peux-tu au moins faire confiance à Blaike ?

AZZA
Oui…

ZAN
Alors agrippe-toi, il faut partir d’ici !

Il se penche pour qu’elle puisse monter sur son dos.

AZZA
Allez-y doucement, si vous en êtes capable…

ZAN
Doucement est un mot que je ne connais pas, encore moins quand on ose lire dans ma tête !

Les deux hommes courent vers l’extérieur jusqu’à ce qu’ils croisent le regard horrifié de Rabi. Un homme aux cheveux bleu azure, aux yeux rouge sang et au sourire euphorique se dresse sur leur passage.

RABI
Ramène Azza à l’intérieur, VITE !

FOLIO MENTOL
Dites-moi Dami Zan, gagnez-vous toujours aussi facilement ?

RABI
DÉPÊCHEZ-VOUS, FUYEZ, IL A DÉSINTÉGRÉ AATON !

Zan remarque qu’effectivement, le corps d’Aaton a disparu. Il fait signe à Blaike qui ne peut plus vraiment combattre à cause de ses blessures et celui-ci prend Azza pour retourner à l’intérieur avec elle.

ZAN
Qui es-tu ?

FOLIO MENTOL
Celui qui exauce tes rêves ! Tu désires tant être seul… Et bien, qu’il en soit ainsi !

Blaike et Azza surgissent soudainement du bâtiment et s’écrasent à ses pieds.

RABI
Zan, il va falloir que j’enclenche mon autodestruction.

ZAN
Non, j’ai la situation sous contrôle, personne ne mourra !

FOLIO MENTOL
Sous contrôle ? Ah ! Ah ! Ah !

L’espace d’un instant, son visage change pour celui de Zuzu. Cet homme les manipulait depuis le début.

FOLIO MENTOL
Absolument pas. Dis-leur adieu…

ZAN
LAISSE-LES !

Il s’élance héroïquement vers l’excentrique personnage, mais un cri retentit derrière-lui, un cri d’agonie sourd qui s’éteint rapidement. Zan peine à se retourner, appréhendant plus que tout ce qui l’attend.

Le corps de Rabi le blondinet chétif a été tranché en deux et il git inerte sous ses yeux.

FOLIO MENTOL
N’hésite pas si tu as d’autres souhaits à exaucer. Vois ceci comme un jeu, ou un avertissement…
(il sourit davantage, satisfait par la tournure des événements)
Tu ne gagneras jamais contre moi.

Il disparaît, se téléportant ailleurs.

ZAN
Rabi… RABI !

Il court au chevet de son ami en se retenant pour ne pas pleurer, pour ne pas éclater en sanglots.

ZAN
Rabi, ne meurs pas Rabi ? Je déteste pleurer, NE ME FAIS PAS PLEURER ! Rabi, RÉPONDS-MOI ! Nous avons tout traverser ensemble, absolument tout, tu ne peux pas mourir, pas comme ça ! Rappelle-toi les douze dragons du zodiaque, rappelle-toi du prince Vlad ! Ensemble, on peut triompher de tout ! C’est toi-même qui l’as dit ! Rabi, je t’en supplie, ne meurs pas, j’ai besoin de toi ! J’ai besoin de toi !

Azza s’approche discrètement pour l’entourer de ses bras, triste pour lui. Blaike reste sur ses gardes.

AZZA
Ne retiens pas tes larmes…

Ça y est, Zan éclate en sanglots. Son meilleur ami git mort dans ses bras. L’invincible guerrier a perdu.

 

À suivre.