[D.U.A.M.] Brouillon de la nouvelle version de l'épisode 2

Comme pour le premier épisode, beaucoup de répliques ont été améliorées dans cette version, mais retenons surtout l’arrivée de deux nouvelles scènes ! Laurent m’avait fait part d’un certain manque de panique dans les rues lorsque Dami et Azure sortent voir ce qui s’est passé après les explosions. Je n’ai pas ajouté beaucoup de panique puisque les civils dans le récit, telles des petites brebis dociles et effrayés, respectent le couvre-feu… mais j’ai ajouté un petit quelque chose ! 🙂

J’ai mises les scènes en gras pour les repérer plus facilement !

Une longue table ornée de diamants et pourvue de couverts luxueux sépare un homme d’affaires et son fils. Ils se ressemblent beaucoup, sauf que l’enfant a les cheveux noirs hirsutes et les yeux verts forêt de sa mère. Tous les deux sont tendus, retenant leur rage, loin de la complicité père-fils que chacun espérait. Le père, bras droit du gouverneur Omaco, se prénomme Ontenne et son fils, Toqui.

ONTENNE
Tu sais ce qui t’attend si tu continues…

TOQUI
La prison et éventuellement, la peine de mort. Je sais.

ONTENNE
Si tu continues, même moi je ne pourrai plus t’aider.

TOQUI
Tu ne l’as jamais fait.

ONTENNE
Sans moi, tu ne serais déjà plus de ce monde !

TOQUI
Tu ne m’aides pas, tu fais l’éloge d’un gouvernement facilement corruptible.

ONTENNE
Omaco est un ami, il me semble normal qu’il…

TOQUI
Ne termine pas cette phrase, tu t’enfonces.

Ontenne, découragé par l’attitude de son fils, se dirige vers le mini bar et se sert un verre d’alcool.

ONTENNE
(dos à Toqui)
C’est ma dernière chance de faire quelque chose de toi. Mineur ou pas, la prochaine fois, ils te grilleront le cerveau. J’ai contesté, mais tu leur donnes raison. Tu n’as jamais voulu accomplir le moindre effort…
(se retournant à nouveau vers son fils)
Tu nous hais tant que ça ?

TOQUI
Toi plus que les autres.

ONTENNE
Je t’avertis Toqui, tu finiras par te débrouiller tout seul ! Tu te montres agressif avec moi, ton père, quand j’ai tout enduré pour toi ! Je me suis humilié, j’ai léché les bottes d’Omaco et j’ai même accepté que tu salisses le nom de ta mère ! Quand je pense à ce qu’elle dirait en voyant ce que tu es devenu, ça me rend fou ! Moi aussi j’en ai de la colère, MAIS JE SUIS TON PÈRE ET JE T’AIME !

Perdant toute contenance, il cale son verre d’alcool puis retourne en chercher d’autres, comme si l’alcool allait lui permettre de rester calme ; Ontenne préférant cacher toute trace d’émotions.

TOQUI
Ne parle pas d’elle…

ONTENNE
Tu penses pouvoir me donner des ordres ? Je suis Ontenne, le bras droit de celui qui dirige le monde !

TOQUI
Elle était la seule à m’aimer.

ONTENNE
Peut-être qu’elle t’aimait, mais regarde ce que tu es devenu, tu n’as plus rien d’aimable ! Tu te montres incapable d’endosser une journée sans te battre, sans défier l’autorité, sans tuer des animaux… tu as même frappé ta thérapeute ! Comment peux-tu ne serait-ce qu’imaginer frapper une femme ?

TOQUI
Elle voulait me changer.

ONTENNE
IL FAUT QUE TU CHANGES ! C’est ça la vie que tu souhaites ? Une vie de solitude, une vie de terreur où personne ne voudra t’approcher ? Si tu veux vivre dans le mal, tu vivras reclus, tu n’auras jamais d’amis, tu n’auras jamais de femme ! C’est ce que tu veux, finir tes jours tout seul, à moitié fou ?

TOQUI
Je ne serai jamais seul, mère me soutient.

Ontenne défaillit. Exaspéré, il se dirige à nouveau vers son minibar.

ONTENNE
Tant pis, s’il n’y a que la vérité pour taire tes divagations…

Il saisit sa plus belle bouteille et verse son contenu dans deux verres en diamants. Il garde le premier et dépose le deuxième devant son fils qui l’observe, sceptique. Toqui n’a que 10 ans et il n’a jamais bu.

ONTENNE
Ta mère n’est pas morte. Quand tu t’es mis à avoir cette obsession pour la mort, elle n’a pas su comment réagir, elle a senti ce que tu allais devenir et… son esprit ne l’a pas supporté. Elle est partie. Elle m’a demandé de ne jamais t’en parler, elle ne voulait pas que tu souffres de son état, mais je n’en peux plus, tu es devenu un monstre, un monstre que personne n’aime, un monstre qui assassine ses derniers alliés !

Toqui ne répond rien, se refermant complètement.

ONTENNE
Si tu ne me crois pas, appelle-la !

Il dépose son téléphone cellulaire devant son fils.

ONTENNE
Appuie sur le premier numéro en mémoire…

Toqui observe l’objet, terrifié.

[…]

Huit ans plus tard, le terroriste ayant semé le chaos dans toute la ville, Toqui, recoud sa blessure à la jambe. Il ne se cache pas, et ce, même si les policiers et l’armée parcourent les rues à sa recherche.

Toqui semble même attendre d’être capturé, n’étant pas du tout sur ses gardes, préférant penser aux mots de son père. Il esquisse un sourire, ironique envers lui-même et sa solitude préméditée.

[…]

L’enfant tient le téléphone cellulaire dans ses mains tremblotantes, ses convictions mises à l’épreuve.

TOQUI
Mère ?

AIMÉE
(surprise, la voix pleine d’émotions)
Toqui ?

Celui-ci reconnait immédiatement la voix de sa mère et son sang se fige dans un mélange d’angoisse, de joie et d’incompréhension. Son père dit-il la vérité pour une fois ? Il ne veut pas y croire…

ONTENNE
Tu vois, je ne t’ai pas menti.

Il reprend brusquement le téléphone des mains de son fils et l’éteint.

ONTENNE
À présent, réponds à ma question, souhaites-tu que je t’abandonne moi aussi ?

En état de choc, Toqui se lève, ouvre un tiroir et en sort un couteau de cuisine.

ONTENNE
Toqui, dépose ça !

TOQUI
Tu ne fais que mentir !

ONTENNE
Sécurité !

Des femmes et des hommes armés surgissent dans la pièce. Ferdinant Lei est parmi eux.

ONTENNE
Ne fais plus un seul geste !

TOQUI
Dis-moi la vérité !

Il s’élance vers son père, fou de rage, et Ferdinant lui tire immédiatement dessus.

ONTENNE
Tu ne la mérites pas.

Toqui se sent étourdi, sa vision s’embrouille et ses jambes deviennent molles.

TOQUI
Ma mère m’aime… elle… elle m’aime…

L’enfant tente d’enlever la fléchette qu’il vient de recevoir, mais il s’évanouit.

ONTENNE
(regardant la sécurité, exaspéré)
Amenez-le à Omaco, il saura quoi faire de lui…

[…]

Au milieu de la ruelle, le terroriste regarde sa blessure mal recousue d’un air préoccupé. Il se sent faiblir, autant à cause de sa blessure que de ses réflexions à propos de son indéfectible passé. Il a exécuté son plan à la perfection et malgré cet exploit, un vide grandissant continue de le dévorer.

TOQUI
Allez, trouvez-moi saletés de pions, je déteste rester seul trop longtemps.

[…]

Dami monopolise la salle de bain, dévêtu en majeure partie, essuyant méticuleusement chaque petite trace de sang sur ses cuisses. Il continue même lorsqu’il n’y en a plus, obsessionnel, ayant ses règles en horreur, ne les acceptant tout simplement pas. Il accélère lorsqu’il entend la porte d’entrée s’ouvrir et se refermer ; Azure est revenu et il semble trainer quelque chose de lourd jusque dans le sous-sol.

Rapidement, pressé, Dami délaisse ses cuisses pour nettoyer une tache sur son caleçon, mais dans sa panique, il n’entend pas Azure. Sans frapper ni s’annoncer, celui-ci s’est infiltré dans la salle de bain. Il observe Dami de son sourire habituel, radieux, tandis que son invité sursaute, effrayé, papier de toilette mouillé dans une main et sous-vêtement taché de sang dans l’autre. Azure vient de découvrir son secret.

AZURE
Pardon, le verrou ne fonctionne plus.

Dami se rhabille rapidement.

AZURE
Ça va ?

DAMI
Non, je… n’ai pas l’argent pour acheter ce qu’il faut…

AZURE
Ça ne doit pas être agréable.

DAMI
J’ai connu pire… comme être mêlé à un attentat terroriste par exemple.

Azure tend une serviette pour les mains à Dami.

AZURE
Prends ça pour l’instant, je vais aller te chercher « ce qu’il faut ».

DAMI
Tu n’es pas obligé de faire ça pour moi…

AZURE
(en souriant bizarrement)
Si, je le suis, mais en échange, tu devras me rendre un petit service.

Dami n’ose pas imaginer ce qu’Azure va lui demander, anxieux.

AZURE
Malias ne doit pas savoir que tu es une fille.

DAMI
Il est si pervers que ça ?

AZURE
Il s’est enfermé pour ne plus jamais côtoyer de demoiselles, c’était ça ou il se suicidait.

DAMI
Est-ce qu’il…

AZURE
(le coupant)
Oui, Malias est dangereux, en état de panique, il… fait beau dehors, n’est-ce pas ?

DAMI
S’il ne quitte jamais son divan et que je me tiens loin, les chances qu’il remarque sont inexistantes.

AZURE
Je te rassure, depuis qu’il habite ici, il ne l’a jamais quitté, ni le divan, ni la télé.

DAMI
Tu t’occupes de tout ?

AZURE
Il le faut parce que Malias ne se lèvera plus jamais, sauf si tu lui…

Malias rit grossièrement dans l’autre pièce et Azure retrouve son sourire léger et naïf.

AZURE
Excuse-moi un instant…

Il sort de la salle de bains et Dami reste seul avec la serviette à mains qu’il regarde avec dégoût.

DAMI
Que de bonheur en perspective…

[…]

Azure s’approche de Malias et remarque que celui-ci visionne une émission pour enfants.

AZURE
Qu’est-ce donc, mon cher colocataire ?

MALIAS
Une émission débile qui explique la guerre de manière débile avec des marionnettes débiles.

AZURE
Pourrais-tu remettre les nouvelles deux petites secondes ?

MALIAS
Martine répète les mêmes conneries depuis trente minutes. J’suis sûr qu’elle a été lobotomisée !

AZURE
S’il te plait, s’il te plait, s’il te plait, s’il te plait Maliasou tout doux !

Il joue dans les cheveux de Malias et celui-ci le repousse machinalement.

MALIAS
Je t’ai pas déjà dit que je déteste quand tu fais ça ?

AZURE
(amusé)
Une bonne centaine de fois, peut-être plus !

MALIAS
Bon ben, je te le redis, NE REFAIS PLUS JAMAIS ÇA !

Il change de chaîne en grognant, remettant les nouvelles animées par Martine Lelièvre.

AZURE
(heureux)
Merci !

MALIAS
(grognon)
De rien.

[…]

Bien droite derrière son bureau, Martine lit un télésouffleur devant une dizaine de caméras.

MARTINE
Inutile de vous rappeler d’avertir les autorités dès que vous voyez ou entendez quelque chose de suspect. Une récompense de 100 000 $ sera donnée pour chaque information qui conduira à l’arrestation de ce terroriste rusé et extrêmement dangereux ! L’armée et les forces de l’ordre font présentement leur possible pour le retrouver, mais n’oubliez pas qu’il peut très bien s’être caché dans votre grenier ou sous le lit de votre enfant. Je suis Martine Lelièvre, de retour après la pause.

[…]

Toqui aiguise ses deux lames à l’aide d’une pierre d’affutage.

TOQUI
Êtes-vous aussi impatientes que moi, mes chéries ?

[…]

Plusieurs années plus tôt, Toqui est fouetté par deux hommes qui n’éprouvent aucune pitié pour lui. Le premier, Juhans, est grand et maigre et le deuxième, Haino, est gros et petit, mais leurs différences s’arrêtent là, les deux étant identiques, sans cheveu ni poil pourvus de traits grossiers et étirés.

Un troisième homme est là, mais il regarde à peine, il préfère lire en s’exerçant sur un tapis roulant. Il s’agit d’Omaco, la tête du pays, totalement insensible à la souffrance de l’enfant. Peu importe si Toqui faiblit davantage à chacun des coups, lui ne fait que courir tout en tournant les pages de son livre.

OMACO
Frappez plus fort, il ne doit jamais recommencer.

TOQUI
J’ai compris, j’ai compris ! Arrêtez, je vous en supplie, arrêtez !

OMACO
Le promets-tu ?

TOQUI
Oui, je le promets ! S’il vous plait, arrêtez !

OMACO
Tu as conscience du temps que tu me fais perdre ?

TOQUI
Je m’excuse Omaco, je m’excuse !

OMACO
(tranchant)
Frappez-le, il n’est pas sincère.

TOQUI
JE LE SUIS, ARRÊTEZ !

OMACO
Tu mens.

TOQUI
Non, je vous le ju…

Un autre coup de fouet retentit sur son dos et il crie au meurtre.

OMACO
Le fouet, outil au service de la vérité, qui l’eut cru ?

TOQUI
ARRÊTEZ, JE NE SERAI PLUS JAMAIS UN MONSTRE ! JE LE PROMETS !

OMACO
Pauvre Toqui, j’en ai dompté des plus coriaces que toi…

[…]

Debout au milieu de la ruelle, Toqui s’impatiente.

Il entend enfin des pas, les pas lourds et synchronisés de ses ennemis, des soldats de l’armée de terre. Il sourit, fier d’avoir piégé l’armée… mais un imprévu vient se glisser dans son plan bien ficelé : il entend aussi des cris, les cris et les pleures d’une jeune femme que ses proies transportent avec eux.

Toqui ne se préoccupe pas d’être encerclé, concentré sur la femme qu’il aperçoit entre les mains des militaires. Il ne la connait pas, mais sa présence l’inquiète. Elle a les bras et les jambes menottés et pour qu’elle avance, l’un des soldats de l’armée ne cesse de la pousser. Toqui soupire, prêt à tous les tuer…

TOQUI
Je vous en pris messieurs, laissez cette jeune femme en dehors de nos affaires.

Juhans et Haino, en veston cravate armés d’un petit pistolet chacun, s’avancent vers Toqui. Les frères jumeaux semblent certains de leur victoire, ne démontrant aucune crainte ni peur. Ils donnent même l’impression de s’amuser, détonnant énormément avec tous les soldats sérieux et suréquipés.

HAINO
(à son frère)
S’agit-il du fils d’Ontenne ?

JUHANS
Non, il n’a pas les yeux verts.

HAINO
Il lui ressemble pourtant, peut-être qu’il a des verres de contact teintés.

JUHANS
Ne l’imagine pas aussi intelligent…

HAINO
Si c’est lui, tu crois qu’il nous reconnait ?

JUHANS
Qui sait, il était si jeune… et nous n’avons pas nos fouets.

HAINO
Je savais que j’aurais dû les apporter en souvenir du bon vieux temps !

Les deux hommes rient et Toqui s’assombrit, reconnaissant ses deux bourreaux de l’époque.

[…]

Regardant la télévision, Azure est assis sur une chaise à côté du divan crasseux de Malias.

MALIAS
Tu veux vraiment héberger un type comme lui ?

AZURE
Il est un ange, comme Dami… et toi.

MALIAS
Je n’ai rien d’un ange.

Distant, il mange un morceau de viande séchée qui trainait à côté de lui.

AZURE
Si tu as faim, je vais préparer le repas !

MALIAS
J’ai faim.

AZURE
(exagérément courtois)
Bien mon roi, j’obtempère et s’il y a quoi que ce soit d’autre que je puisse faire pour vous, ne vous faites pas prier !

Il va dans la cuisine choisir des épices et Dami sort enfin de la salle de bains.

MALIAS
Constipé ?

DAMI
Sans commentaire…

Juste après l’avoir branché, il s’installe à la table avec son ordinateur portable.

DAMI
Ça dérange si j’écris ici ?

AZURE
Non, de toute façon, je cuisine en majeur parti au sous-sol. J’ai mon petit jardin secret !

DAMI
Merci !

Son hôte sélectionne les épices dont il a besoin et il retourne ensuite auprès de Malias.

AZURE
Mon roi, s’il y a le moindre changement, je vous prie de bien vouloir m’en avertir !

MALIAS
Je n’aime pas crier.

AZURE
Et bien, Dami s’en occupera, comme ça tu ne feras pas de vilains bobos à tes cordes vocales !

DAMI
Même tes sarcasmes ont l’air gentil.

AZURE
(affectueux)
Ils le sont !

Dami regarde la vidéo de son sauvetage par le terroriste pendant qu’Azure se dirige vers le sous-sol.

DAMI
(à Azure)
Tu as pu le retrouver finalement, celui qui les a tous dépecés ?

AZURE
Oui, mais je préfère l’appeler « celui qui nous a sauvé » !

Dami active l’option « image par image » et réussit à distinguer le visage de l’homme au milieu de la fumée. Le reconnaissant, il frissonne, ne sachant pas s’il doit s’inquiéter ou se réjouir de sa présence.

AZURE
D’ailleurs, je l’ai invité à habiter avec nous.

Léger silence.

DAMI
Tu ne devrais pas le protéger…

AZURE
(sans perdre son sourire)
Je vous offre le danger dont vous avez besoin mon bon prince !

DAMI
Il vaudrait mieux ne pas aider quelqu’un d’aussi violent et inconscient.

MALIAS
Azure, tu devrais écouter la demi-portion…

AZURE
Je te trouve intriguant Dami, à la fois humain pacifique et bête sauvage !

DAMI
Laisser gagner la bête ne donne jamais rien de bon…

MALIAS
(en éructant)
J’approuve !

AZURE
(de plus en plus illuminé, absorbé par le regard de Dami)
Tu crois ?

DAMI
S’il veut changer le monde, il faut que le peuple et les médias soient de son côté.

MALIAS
Les médias, c’est ma vie, et je peux te prouver qu’Omaco contrôle tout ce qui se dit.

DAMI
Il reste quelques journalistes indépendants, mais pas à la télévision.

MALIAS
De toute façon, ce gars tue des gens, il veut pas nécessairement « changer le monde »…

AZURE
Pourtant, c’est notre destin à tous les quatre.

MALIAS
Achevez-moi tout de suite, ça recommence…

AZURE
N’est-ce pas Dami ?

DAMI
Je suis juste un « entrepreneur » qui tente de vendre un produit qui s’appelle la liberté.

AZURE
Je suis sûr qu’il t’aidera, aie confiance ! Ha ! Ha ! Ha !

Il sourit à nouveau et descend vite au sous-sol.

MALIAS
La manie d’Azure d’élider des conversations a encore frappé !

DAMI
Je suppose qu’il est inutile d’essayer de le raisonner…

MALIAS
T’as tout compris, qu’on le veule ou non, ce terroriste fera bientôt partie de nos vies !

[…]

Toqui ne quitte pas les deux jumeaux du regard, comme s’il sondait leur âme, prêt à les manipuler.

JUHANS
Puisque la possibilité ne s’est pas présentée jusqu’à maintenant, Omaco nous interdisant de parler…

HAINO
Je me demande bien pourquoi d’ailleurs !

JUHANS
… nous pourrions enfin nous présenter ! Qu’en penses-tu mon frère ?

HAINO
Je ne peux qu’être d’accord avec toi, mon frère !
(à Toqui)
Nous sommes Haino et Juhans, jumeaux identiques et fiers de l’être !

JUHANS
Tu n’oublies pas quelque chose, le plus important ?

HAINO
Notre titre ? Ça, je crois qu’il le sait déjà…

TOQUI
(en restant parfaitement calme, ne montrant pas sa haine)
Je m’en rappelle vaguement, effectivement. Dites-moi plutôt qui est votre jolie détenue…

JUHANS
Omaco nous a dit que puisque tu as sauvé deux civils, tu n’hésiterais pas à en sauver un autre !

HAINO
Notre maître brille d’intelligence !

JUHANS
Nous aussi, d’ailleurs…

HAINO
(fier)
Ouais, ça nous arrive. Des fois…

HAINO
Tu es trop humble mon frère, qui ici peut se vanter d’être dans la garde rapprochée du gouverneur ?

JUHANS
Faut-il que je montre mon badge spécial d’agent spécial pour impressionner tous ces petits soldats ?

HAINO
Pourquoi pas ?

JUHANS
Non, j’oubliais, notre tenue décontractée parle déjà d’elle-même.

TOQUI
Pouvons-nous revenir à nos moutons, s’il vous plait ?

HAINO
Bééééééééééé…

JUHANS
Voilà qui n’était pas très mâture mon frère.

HAINO
Bééééé ?

JUHANS
Bref, comme nous disions, fais bien attention à rester docile monsieur le terroriste parce que cette savoureuse petite créature n’est rien pour nous, surtout que madame a violé le couvre-feu !

HAINO
(voyant le regard de haine de la savoureuse petite créature en question)
Attention Juhans, elle va encore te cracher dessus…

JUHANS
Si elle meurt comme « par magie », nous dirons qu’il y a eu une erreur et que nous l’avons pris pour toi. Comme d’habitude, vu la situation de panique, la docile populace comprendra et approuvera nos excès.

HAINO
Nous marcherions dessus qu’ils s’excuseraient…

TOQUI
Idiots, vous n’auriez qu’à dire que je l’ai tuée.

HAINO
Peu importe, soit tu déposes tes armes et réponds à nos questions, soit nous la tuons.

Toqui délaisse ses lames sans l’ombre d’un doute et lève ses mains en l’air.

TOQUI
J’accepte, mais je veux qu’elle reste près de moi pendant que vous me poserez des questions.

Le soldat qui tient la jeune femme en otage, Adame, est soudain plus nerveux que les autres.

ADAME
Il vaudrait mieux le tuer tout de suite…

JUHANS
Tu as entendu ça Haino, les soldats ne savent plus s’amuser de nos jours !

HAINO
(au soldat)
Quel est ton nom ?

ADAME
Adame Baque, pilote de profession, je suis ici en renfort.

HAINO
Ça paraît que c’est ta première mission sur le terrain, Adame Baque.

TOQUI
(impatient)
Quelles sont vos questions ?

JUHANS
Déshabille-toi, je dois vérifier que tu n’as pas d’autres armes… et que tu es bien Toqui.

TOQUI
Si je dois en plus vous complexer, j’obtempère avec joie…

Toqui s’exécute et les soldats comme la femme sont surpris de voir toutes les cicatrices sur son corps.

HAINO
Ce n’est pas joli, j’en suis presque fier…

JUHANS
Nous avons marqué quelqu’un à vie, j’en suis presque ému mon frère !

HAINO
Attends que je conte ça à tes petits enfants, mon frère !

JUHANS
En parlant de progéniture, as-tu vu la taille de son membre de terroriste ?

HAINO
(amusé)
À deux, nous l’égalons presque !

JUHANS
Je pensais l’humilier et le gêner devant madame notre prisonnière en lui demandant de se mettre tout nu, mais il va falloir trouver autre chose ! Auriez-vous des suggestions, soldat Adame Baque ?

ADAME
Non…

JUHANS
(soudainement plus sérieux, sévère)
Alors obéis à sa demande, amène la fille près de lui et reste à ses côtés, au cas où.

Le pilote obéit, un peu à contrecoeur. Le regard de Toqui et de la jeune femme se croisent, elle paraît infiniment reconnaissante et malgré sa peur, une force certaine se dégage d’elle. D’ailleurs, de près, Toqui remarque des blessures sur son corps, elle s’est clairement défendue. Qui est-elle pour résister ainsi aux lois et aux forces de l’ordre ? Toqui lui sourit et reste étrangement calme, sûr de lui, et ce, même si Adame reste à côté d’eux, pointant son arme sur lui d’une main et tenant la captive de l’autre.

LA JEUNE FEMME
Merci…

TOQUI
Ne vous inquiétez plus, dans quelques minutes, vous vous reposerez bien au chaud chez vous, loin de ces insignifiantes créatures ! J’ai eu huit ans pour penser ce plan dans les moindres détails…

[…]

Pourvu de plusieurs pansements qui recouvrent une bonne partie de son corps, Toqui, enfant, entre dans sa nouvelle chambre. Il a de la difficulté à se mouvoir, les coups de fouet ayant fissuré ses articulations, mais Omaco l’oblige à garder la même cadence que lui en le trainant par l’épaule.

OMACO
Je t’offre une nouvelle chance, tâche de prendre les bonnes décisions à l’avenir.

TOQUI
Oui, merci…

OMACO
Bien, maintenant, bonne nuit.

TOQUI
Attendez, dites à mon père que je suis désolé.

OMACO
Je suppose qu’il le sait déjà…

TOQUI
Et dites à ma mère que je l’aime…

Omaco n’ajoute rien et part de la pièce.

TOQUI
Merci…

Devenant soudainement plus sombre, cessant de jouer la comédie, il regarde attentivement la chambre. Il voit la caméra sur le plafond, ainsi que son nouvel ordinateur portable. Il réfléchit à l’angle mort et déplace la machine en conséquence de celui-ci. Puis, Toqui commence ses recherches en trouvant les plans de la ville de Monala, la capitale d’Omaco. L’enfant s’informe déjà sur son futur terrain de jeu.

[…]

JUHANS
De quel plan tu parles ?

HAINO
Ouais, de quel plan tu parles ?

TOQUI
(ne se souciant plus de ses ennemis, surtout pas de ces deux-là)
Si des membres d’une organisation terroriste m’entendent, je suis prêt à collaborer !

JUHANS
Attention à ce que tu dis…

Il pointe son pistolet sur Toqui et son frère reproduit son geste à la perfection.

TOQUI
Réfléchissez-y bien, je suis l’atout qu’il vous faut ! Personne ne m’égale au corps à corps, je connais presque tous les secrets du gouvernement et surtout, j’ai des bombes, beaucoup de bombes !

Avec son pied droit, le terroriste appuie sur un interrupteur qu’il avait déposé par terre en même temps que ses vêtements, et avec son pied gauche, il envoie l’une de ses deux lames dans sa main. Plusieurs explosions retentissent en même temps, partout, dans chaque rue de la ville de Monala. Celles autour de lui emportent ses ennemis, tous excepté Adame Baque. Celui-ci, pris de panique, tente de fuir tout en se préparant à tirer sur Toqui, mais l’assassin l’embroche avec sa lame fraichement retrouvée.

Toqui sourit, il a gagné.

[…]

Dami écrit et Malias regarde les nouvelles à moitié concentré, distrait par le nouvel arrivant.

MALIAS
Tu écris quoi ?

DAMI
Le message qui va avec ma vidéo.

MALIAS
Quelle vidéo ?

DAMI
Celle pour qui j’écris un message.

MALIAS
Je me force de faire semblant d’être intéressé, tu pourrais te forcer à être plus clair !

DAMI
Je te montrerai quand ce sera fini…

MALIAS
(amusé)
Pas besoin, mon intérêt est déjà mort.

DAMI
(sec)
Tant pis…

MALIAS
(riant du fait que ses blagues tombent à plat à chaque fois)
Sois franc, t’as toujours eu aussi peu d’humour ?

DAMI
J’ai ri, une fois, quand j’étais dans le ventre de ma mère.

MALIAS
Penses-y monsieur l’entrepreneur, l’humour, c’est marketing… ça pis la beauté des femmes.

DAMI
Ne sous-estime pas celle des hommes.

MALIAS
Tu trouves ça beau toi, un homme ?

DAMI
Est-ce que tu te trouves beau ?

MALIAS
Ouais…

DAMI
Alors tous les hommes le sont.

MALIAS
(riant un peu, relevant l’insulte)
Tu commences à me plaire, tu me fais penser à une fille que j’ai connue à l’époque où j’étais… vivant.

Azure remonte, un peu mal à l’aise d’interrompre la discussion.

AZURE
Je suis tête en l’air, j’ai oublié une épice…

MALIAS
Folio et ses épices !

DAMI
Folio ?

MALIAS
Ouais, c’est son surnom quand il cuisine…

AZURE
Je préfère Azure.

Soudainement, les secousses de plusieurs explosions retentissent toutes en même temps et font trembler le sol et les murs de l’appartement. Sur le coup de l’impact, l’une des explosions étant juste devant l’appartement, les deux fenêtres de chaque côté de la porte éclatent et laissent entrer un épais nuage de cendre et de débris. Dami se jette vite par terre pour éviter le gros de la fumée, puis il s’improvise un masque à gaz avec ses mains pendant que Malias panique, se recroqueville et se bouche les oreilles, sous le choc. Seul Azure ne bouge pas, paisible, amusé, presque fier de son troisième protégé.

[…]

Les explosions cessent enfin et juste avant de se rhabiller, Toqui aide la jeune femme à se relever.

TOQUI
Puis-je connaître votre nom ?

LA FEMME
(effrayée par ce qui vient de se passer)
Nara…

TOQUI
Dites-moi Nara, pourquoi une belle femme telle que vous viole-t-elle le couvre-feu ?

NARA
Je cherche quelqu’un…

TOQUI
Vous auriez pu attendre qu’il fasse jour, quel gaspillage de risquer votre vie !

NARA
Chaque minute compte parce que lui va risquer la sienne…

TOQUI
Dans quel but ?

NARA
Il veut renverser le gouvernement, mais il n’a pas « beaucoup de bombes ». Pas comme certain…

TOQUI
Comment s’appelle-t-il ?

NARA
Dami… et j’espère sincèrement que les explosions ne l’ont pas…

TOQUI
Je vous rassure tout de suite, j’ai croisé Dami et je me suis assuré de sa sécurité avant d’agir.

NARA
Il… il allait bien ?

TOQUI
Je ne lui ai pas parlé, mais pour l’avoir observé, il a l’air de savoir ce qu’il fait.

NARA
Oui, il ne laisse jamais rien au hasard, il vit dans sa tête…

TOQUI
Permettez-moi de le retrouver à votre place et de vous raccompagner à votre domicile.

NARA
Tu ferais ça pour moi ?

TOQUI
Bien sûr, après avoir vécu autant d’émotions, un peu de compagnie ne vous fera pas de tort !

NARA
Merci… C’est par là !

Elle ouvre la marche, plus calme, une partie de ses inquiétudes s’étant envolées. Toqui la suit en titubant, sa blessure à la jambe lui donnant de plus en plus de fil à retordre. Nara l’observe, hésitante…

NARA
Veux-tu que je t’aide ?

TOQUI
M’aider ?

NARA
À marcher…

TOQUI
(presque déstabilisé)
Non, ça ira…

NARA
Ah, les hommes…

Elle le prend par la taille et l’aide comme elle peut.

TOQUI
(troublé)
Merci…

NARA
Je me doute que tu ne puisses pas le dire, mais toi, tu t’appelles comment ?

TOQUI
Noroquomi.

NARA
Nara et Noro…

Elle sourit un peu et Toqui fait de même, amusé par cette puérile et attendrissante réflexion.

TOQUI
Ce Dami me semble un tantinet fou pour abandonner une fille aussi charmante que vous.

NARA
Il ne voulait pas que je sois en danger.

TOQUI
Permettez-moi de douter de l’efficacité de ses méthodes…

NARA
En fait, je suppose que je suis un peu folle moi aussi.

TOQUI
Vous supposez bien, voilà qu’un terroriste vous ramène chez vous !

Il rit un peu et Nara aussi ; grâce à cet homme, elle sait qu’elle retrouvera Dami.

[…]

Dami court à l’extérieur et voit qu’aucune maison n’a été touchée. Il remarque ensuite une voiture de police renversée à quelques mètres de là, au bout de la rue. Il s’y rend immédiatement, sans hésiter.

L’arrière de la voiture est complètement foutue : l’une des bombes ayant très certainement été posée en-dessous de celle-ci. Dami ne s’attarde pas sur trois des quatre passagers… il déteste la vue du sang et ces trois là sont clairement morts, leur corps cadavérique figé dans des positions inexplicables. Seule la conductrice bouge encore un peu, fixant le vide devant elle, en état de choc. Il s’agit de Séniba Wallace.

DAMI
(en lui parlant à travers la vitre brisée)
Madame ?

SÉNIBA
(en s’allumant une cigarette, la tête à l’envers)
Un civil n’a rien à faire ici.

DAMI
Je vais vous conduire à l’hôpital…

SÉNIBA
Une ambulance est en route, nous nous en sortirons très bien sans vous.

Du sang s’écoule de sa bouche… et Dami ouvre vite la portière pour constater les dégâts. L’explosion a propulsé le banc contre le volant. Ses jambes et son ventre ont été écrasés. Elle est solidement coincée.

SÉNIBA
(en retenant ses larmes, faiblissant)
Honnêtement, je suis surprise que quelqu’un soit venu pour nous aider.

AZURE
Il reste des gens un peu fou qui ne se soucient guère du couvre-feu…

DAMI
Azure…

AZURE
Martine vient d’annoncer que seuls d’autres policiers investiront les rues… dans une heure environ.

DAMI
Aucune ambulance ?

AZURE
Aucune ambulance, juste des renforts des villes voisines. Et quelques policiers arrachés à leurs congés.

DAMI
Il faut la sortir de là et la transporter à l’hôpital !
(en se retournant vers Séniba, il remarque qu’elle sait évanouie)
Madame ?

AZURE
Je suis triste et heureux à la fois. Cette femme est une soldate d’élite. Je ne pleurerai pas pour elle, mais elle a une famille, un mari, des enfants… Le terroriste ne pense pas aux dommages collatéraux.

DAMI
Aide-moi au lieu de philosopher…

AZURE
En la bougeant, tu risques simplement de l’achever. Le destin a parlé, elle est condamnée…

DAMI
Tu me rediras ça une fois qu’on l’aura sauvé !

AZURE
(lui souriant, aimant sa répartie)
D’accord, sauvons-la !

[…]

Dans le hall d’entrée de sa maison, vêtu de son uniforme de policier, Take inspecte son fusil puis le range dans son étui. Il ne pensait pas devoir travailler à cette heure-ci, mais vu les événements, son congé maladie se voit écourté. Dehors, les étoiles brillent et il les observe en laçant ses bottes, toujours aussi nostalgique sans comprendre pourquoi… Chaque astre qu’il regarde lui rappelle la mort.

Vêtue de son pyjama et à moitié endormie, sa petite fille vient le voir.

SOHA
Tu t’en vas ?

TAKE
Retourne te coucher ma puce, papa va seulement travailler.

SOHA
Mais, tu as une « grosse grippe d’homme »…

TAKE
Ne t’en fais pas, je serai de retour au petit matin pour te reconduire à l’école !

SOHA
Tonton Rabi y va avec toi ?

La femme de Take, Alicia, vient les rejoindre, en jaquette.

ALICIA
Bien sûr, ces deux-là ne se quittent jamais.

SOHA
Ensemble, ils sont invincibles !

TAKE
(riant un peu, la confiance que lui porte sa fille l’apaisant)
Nous faisons notre possible pour l’être !

ALICIA
Parfois, j’ai même l’impression d’être marié à deux hommes au lieu d’un !

TAKE
Ne serais-tu pas la plus comblée des femmes ?

ALICIA
Je le suis déjà…

Elle s’approche pour embrasser son mari et Soha se sauve dans le salon.

SOHA
Beurk !

ALICIA
Tu me promets de faire attention ?

TAKE
Si tu promets de m’embrasser plus souvent…

ALICIA
Ça se négocie…

Elle l’embrasse à nouveau, passionnément.

SOHA
(en regardant par la fenêtre, elle voit la voiture de police)
Rabi est déjà là ?

TAKE
Oui, il attend dehors ! Maladroit comme il est, il avait peur de vous réveiller !

Il ouvre la porte et de l’autre côté, Rabi est assis en bas des escaliers.

TAKE
Entre Rabi, tout le monde t’attend !

RABI
Bonsoir la petite famille !

Soha court vers lui pour le prendre dans ses bras.

SOHA
Tonton Rabi !

RABI
Toi aussi tu m’as manqué, petite démone !

SOHA
Pourquoi tu ne viens pas plus souvent ?

Rabi entend un déclic derrière lui et sans hésiter, il soulève Soha et pendant que les explosions retentissent dans la rue, il court vers l’intérieur de la maison. La voiture éclate en morceaux et Take attrape vite Rabi pour accélérer sa course et fermer la porte. Soha se blottit contre Rabi qui la recouvre de son corps pour la protéger du bruit et de n’importe quelle intempérie qui pourrait survenir.

RABI
(troublé)
Take, je t’aime d’être aussi lent à te préparer.

TAKE
(tout aussi troublé)
Tu aurais pu être en train de m’attendre dans la voiture…

Le téléphone cellulaire de Rabi sonne et il le prend tout de suite, sachant qu’il s’agit de ses supérieurs.

RABI
C’est un message automatique envoyé à tous les agents, les instructions viennent de changer.

ALICIA
Pitié Rabi, dis-moi que l’armée prend la relève…

RABI
(sous le choc)
Non, l’armée a été neutralisée… nous sommes la relève.

Take comprend le message, cette nuit, ils patrouilleront en première ligne avec les quelques survivants. Il ne peut s’empêcher de regarder sa fille, l’idée qu’il ne la reverra plus jamais lui traversant l’esprit. Celle-ci le regarde aussi, effrayée, puis va vite se placer devant la porte pour les empêcher de partir.

SOHA
N’y allez pas, restez ici avec nous !

Take aimerait la rassurer, mais aucun mot ne vient.

RABI
Ne t’en fais pas ma puce, tonton Rabi va prendre soin de ton papa.

ALICIA
(déchirée)
Ramène-moi-le en un seul morceau…

RABI
Promis.

Take contemple sa femme et sa fille d’un amour infini, tétanisé face à l’idée de devoir les quitter.

RABI
Allons-y…

[…]

Dami attend, assis sur les marches extérieurs de l’appartement.

AZURE
(derrière-lui, s’étant faufilé en arrivant furtivement par le côté)
Bouh !

DAMI
Dix minutes trente-six secondes… c’est presque impossible que tu te sois rendu à l’hôpital allé-retour !

AZURE
Ce n’est pas gentil de douter de moi ! Mon corps est un peu particulier.

DAMI
Tu me jures que tu ne l’as pas garroché dans un fossé ?

AZURE
Ah ! Ah ! Oui… c’est drôle de sauver des gens ! Ça ne m’était jamais arrivé… excepté avec Malias et toi. C’était bizarre de sauver cette ennemie… C’était comme si je m’écartais de la destinée. C’était bien.

DAMI
Les médecins ont dit quoi ?

AZURE
Elle survivra… après tout, c’est Séniba Wallace, une membre de la garde rapprochée d’Omaco.

DAMI
Ah…

AZURE
C’est ce qu’a dit le médecin… en tout cas, je suppose. Je n’écoutais pas vraiment. J’ai volé ça.

Il lui tend des serviettes sanitaires.

DAMI
Euh…

AZURE
Azure tient toujours promesse !

DAMI
TU AS VOLÉ DES SERVIETTES SANITAIRES DANS UN HÔPITAL ?

AZURE
Et une trousse de premier soin pour notre nouvel ami.

DAMI
Tout ça en dix minutes ?

AZURE
Tu es seulement jaloux de ma vitesse de course, monsieur je traine de la patte !

DAMI
Toi tu sauves des gens, « ton nouvel ami » en tue… T’es sûr de vouloir l’héberger ?

AZURE
Il veut attirer l’attention des mauvais alliés, à nous de lui démontrer qu’il n’a besoin que de nous.

DAMI
Il recherche des alliés ou davantage d’ennemis ?

AZURE
Et toi, pourquoi fais-tu semblant de t’opposer à sa venue ? Ta moralité combat tes intuitions ?

DAMI
Cet homme, je le connais un peu trop bien…

TOQUI
(caché derrière la porte)
Ne restez pas dehors !

Dami et Azure regardent derrière eux pour voir qui a parlé, mais ils ne voient rien et entrent.

AZURE
Malias, tu nous as parlé ?

MALIAS
Non…

La porte se ferme derrière eux et Toqui se montre enfin.

TOQUI
Puis-je vous faire confiance ?

AZURE
Oh, voilà enfin le jeune prodige, je suis tellement heureux !

Il le prend dans ses bras, mais Toqui le repousse aussitôt.

TOQUI
Garde tes distances s’il te plait et réponds à ma question.

AZURE
Oui, bien sûr que tu peux nous faire confiance, inutile d’en douter !

TOQUI
Ne parle pas pour les deux autres.

Il se retourne premièrement vers Dami, attendant sa réponse.

DAMI
Tes méthodes ne feront que quintupler la puissance d’Omaco.

TOQUI
Pas si je gagne la guerre…

DAMI
On ne vint pas un régime fondé sur la peur avec encore plus de peur.

TOQUI
Dois-je en conclure qu’il vaut mieux que je m’en aille ?

DAMI
Non… Je ne suis pas d’accord avec ce que tu fais, mais tu peux me faire confiance.

TOQUI
Pourquoi ?

AZURE
(amusé)
Parce que vous n’êtes pas si différent, toi et lui !

DAMI
Quelque chose dans le genre, je suppose…

TOQUI
J’ai besoin d’une raison claire.

DAMI
Je sais que nous aurons besoin l’un de l’autre et tu m’intrigues Toqui, fils adoptif d’Omaco.

TOQUI
Je constate que tu es bien informé.

DAMI
Je ne pense pas être le seul…

TOQUI
Effectivement, je me doute que je peux vous faire confiance, mais lui, je ne le connais pas !

Il regarde Malias, sceptique.

MALIAS
Ne me mêlez pas à tout ça, je suis juste un spectateur.

TOQUI
Qui me dit que tu ne vendras pas ma présence pour profiter de la récompense ?

AZURE
(en levant sa main)
Moi ?

MALIAS
Avoir de l’argent, je ne vois même pas à quoi ça pourrait me servir…

TOQUI
Tu pourrais simplement ne pas vouloir de terroriste chez toi.

MALIAS
(en soupirant)
Arrête de me chercher des poux, moi aussi je suis recherché par la police.

TOQUI
Tu es Maze, n’est-ce pas ?

MALIAS
J’étais.

TOQUI
Tu devrais être mort.

MALIAS
Faut croire que ma micropuce n’a toujours pas trouvé le cerveau qu’elle a l’ordre de griller.

TOQUI
Soit tu mens, soit tu as eu beaucoup de chance.

MALIAS
Soit je ne suis pas Maze et je plaisante depuis le début.

TOQUI
En recherche d’alliés potentiels, j’ai étudié la fiche d’un tas de fugitifs et la tienne m’a marqué vu la forme peu conventionnelle de ta cicatrice au cou… et les circonstances qui l’entourent.

AZURE
(pour changer de sujet, ne voulant pas mettre Malias dans l’embarras)
Ne serait-il pas temps de parler de ce que vous allez accomplir, Dami et toi…

TOQUI
Pourquoi seulement Dami et moi ?

AZURE
Parce que vous avez chacun un plan pour contrecarrer ceux du gouvernement !

DAMI
L’un pacifique et l’autre pas, je nous souhaite bonne chance pour trouver un terrain d’entente !

TOQUI
Ne te méprends pas sur mon compte, j’ai employé les grands moyens pour attirer l’attention, mais je peux m’adapter aux méthodes de ceux qui se joindront à moi. Je veux qu’Omaco paye pour ce qu’il a fait, mais ma priorité demeure qu’il ne soit plus au pouvoir. Si tu as des idées louables, je les écouterai. Moi aussi je veux créer « une révolution », mais je ne peux pas et ne veux pas l’orchestrée seul.

DAMI
Et si je te demandais de ne plus jamais tuer ?

TOQUI
Même en cas de légitime défense ?

DAMI
Oui.

Toqui hésite, puis sourit, arrogant.

TOQUI
Parlons plutôt de toi, hésiterais-tu à tuer même si la vie de celle que tu aimes en dépend ?

DAMI
Je trouverais une autre façon de la sauver.

TOQUI
Vis-tu dans un conte de fées ?

DAMI
Réponds à ma question, accepterais-tu de ne plus tuer ?

Les deux hommes se dévisagent, déterminés. Au fond, Toqui hésite, il ne sait pas quoi répondre.

[…]

Huit ans plus tôt, en mangeant des hors-d’oeuvres placés sur une petite table juste à côté de lui et en lisant l’un de ses nombreux livres, Omaco est assis à côté du jeune Toqui qui est alité, malade.

OMACO
J’aimerais comprendre à quoi tu joues, Toqui.

TOQUI
Je ne joue pas.

OMACO
Souhaites-tu que je réitère avec le fouet ?

TOQUI
Je veux juste dormir…

OMACO
Mange un peu avant.

TOQUI
Non merci…

Omaco reste silencieux un moment, termine son livre, puis en ouvre un nouveau.

OMACO
Si je remets la caméra de surveillance, vas-tu encore la désactiver ?

TOQUI
J’ai besoin d’intimité…

OMACO
Si tu es réellement malade, je me dois de garder un œil sur toi.

TOQUI
Si j’étais réellement important, tu quitterais ton roman pour me regarder.

OMACO
(soudainement plus ennuyé, se levant, prêt à partir)
J’annule ton cours d’escrime d’aujourd’hui, mais prépare-toi, tu auras de la visite.

TOQUI
Qui ?

Omaco sort de la chambre de Toqui sans répondre et Ontenne l’attend de l’autre côté.

ONTENNE
De quoi souffre-t-il ?

Omaco se dirige vers son bureau et Ontenne le suit en essayant de tenir le rythme.

OMACO
Son thérapeute a émis plusieurs hypothèses, mais ton fils demeure un mystère.

ONTENNE
Vous perdez votre temps avec lui, sa mythomanie ne vous mènera nulle part !

OMACO
Il retient de son père.

ONTENNE
(outré)
Pardon ?

OMACO
Ne prends plus d’initiative sans mon accord ou celui du bon sens ! Lui dire que sa mère l’a abandonné risque de causer la perte de ce que je me tue à bâtir… J’espère pour toi que tu compenseras tes torts.

ONTENNE
J’ai exagéré la réalité, mais elle l’abandonnerait si elle savait ce qu’il est devenu.

OMACO
Nous accomplissons des actes horribles et si tu ne te sens pas apte à les assumer, je préférerais que tu te taises. Cette femme aurait été une mère extraordinaire, jamais elle n’aurait douté de son fils.

Omaco entre dans son bureau et parcourt ses dossiers.

ONTENNE
Que comptez-vous faire de lui ?

OMACO
M’en servir, comme je me sers de n’importe quel ennemi.

ONTENNE
Je ne crois pas qu’il figurera parmi nos ennemis…

OMACO
Il le deviendra et tu ouvriras le bal de ses massacres.

[…]

Dans sa chambre, Rose Lamare écrit, le regard fixé sur son écran, concentrée.

ATIOLE
Tout va bien ?

Rose sursaute, n’ayant pas entendu son père entrer.

ROSE
Oui…

ATIOLE
Qu’as-tu fait de bon aujourd’hui ?

ROSE
Qu’est-ce que tu veux que je fasse enfermée entre quatre murs, à part écrire ?

ATIOLE
Tu n’as pas joué avec les nouvelles poupées que je t’ai achetées ?

Rose ne répond pas et son père voit celles-ci, sans tête, gisantes sur le lit.

[…]

Ontenne entre dans la nouvelle chambre de son fils et le surprend en train de s’entraîner.

ONTENNE
Je te croyais couché… et malade.

Toqui ne s’arrête pas, ne voulant pas se laisser déconcentrer par lui.

TOQUI
J’ai fait semblant pour que tu viennes me voir.

ONTENNE
J’en conclus que tu n’as pas changé.

[…]

Rose n’écrit plus, son père debout à côté d’elle, aussi déçu qu’enragé.

ATIOLE
Qu’est-ce que tu as fait à mes figurines ?

ROSE
Je me suis défoulée.

ATIOLE
Tu ne trouves pas qu’il y a assez de violence comme ça ? Faut que t’en ajoutes !

[…]

TOQUI
Tu conclus vite.

ONTENNE
Omaco m’a dit que tu es poli avec lui…

TOQUI
Si je ne lui obéis pas, il appelle ses minables de jumeaux et leur fouet.

ONTENNE
Je t’avais prévenu, agis comme un monstre et ils te traiteront comme tel.

TOQUI
(en arrêtant de s’entraîner pour lui faire face)
Où est ma mère ?

ONTENNE
Toqui, je ne peux pas…

Son fils le regarde droit dans les yeux, pourvu d’une haine excessivement profonde.

TOQUI
OÙ EST MA MÈRE ?

[…]

ROSE
Peut-être que c’est la seule chose à faire…

ATIOLE
Décapiter des figurines ?

ROSE
Parler ne sert à rien avec toi.

ATIOLE
Peu importe ce que tu feras, tu ne sortiras plus jamais, encore moins si tu me désobéis !

[…]

ONTENNE
Elle ne veut plus te voir.

TOQUI
Omaco est un monstre et tu savais ce qu’il allait me faire !

ONTENNE
J’ai trouvé la seule solution pour t’épargner la peine de mort.

TOQUI
Tu n’es que son pantin.

Il ouvre un tiroir et y saisit une fourchette.

[…]

ROSE
Ce n’est pas humain de rester enfermée.

ATIOLE
Considère-toi chanceuse, je t’ai laissé ton « blogue » !

ROSE
C’est loin d’être comparable.

ATIOLE
(en pointant les figurines)
Je t’avertis, une autre imbécilité dans le genre et je te le coupe !

Rose lève son écran d’ordinateur et le lance devant son père.

ROSE
JE VEUX SORTIR !

[…]

Toqui s’approche d’Ontenne, obscur.

ONTENNE
Toqui, ressaisis-toi…

TOQUI
Je ne peux pas finir mes jours seul et abandonné si j’agis comme un monstre parce que je le suis déjà, totalement seul.

ONTENNE
SÉCURITÉ !

TOQUI
Pas cette fois !

D’un bond, Toqui enfonce la fourchette entre les deux yeux de son père.

ONTENNE
To… qui…

[…]

ATIOLE
Rose, calme-toi immédiatement !

ROSE
Laisse-moi sortir !

[…]

Ontenne regarde son fils, perdu, le front dégoulinant de sang.

ONTENNE
Tu ne sais pas tout, Toqui… Je… je suis désolé.

Il s’effondre aux pieds de son fils et celui-ci panique. Toqui n’assume pas du tout son geste et pâlit à vu d’oeil. Omaco entre lentement dans la chambre, de manière désintéressée, suivi par Juhans et Haino.

OMACO
Je vois, je savais qu’en te laissant ne serait-ce qu’une fourchette…
(lui souriant)
Ne t’en fais pas, ça va bien aller.

Il se penche pour fermer les yeux d’Ontenne.

OMACO
Je n’avais plus besoin de lui de toute façon.

[…]

ROSE
Je t’en supplie papa, fais-moi confiance !

ATIOLE
Ce n’est pas en toi que je n’ai pas confiance.

ROSE
Si tu crois que je suis aussi peureuse que toi…

Elle le regarde durement, elle court vers la fenêtre, l’ouvre et saute du deuxième étage.

ATIOLE
NON !

Il va vite voir et Rose s’est cassé une jambe. Très inquiet, il descend la rejoindre.

[…]

Toqui prend son père dans ses bras et vérifie son pouls.

TOQUI
Papa, papa, PAPA ? Papa, PAPA !

Omaco gifle Toqui sans aucune délicatesse.

OMACO
Ressaisis-toi, à partir de maintenant, c’est moi ton père !

[…]

ROSE
C’est… tellement doux.

Elle touche l’herbe, ne se souciant même pas de sa jambe, absorbée par la verdure.

[…]

TOQUI
C’est toi que j’aurais dû tuer.

OMACO
Ça viendra sûrement, mais pour l’instant, écoute-moi…

[…]

Azure, enfant, âgé de six ans, marche seul dans la rue avec du sang sur les mains. Il titube, confus, blessé lui aussi. Mais malgré ses souffrances, un long sourire s’affiche sur ses lèvres. Il chantonne.

[…]

De retour au présent, Azure sourit en ressentant la tension qu’il y entre Dami et Toqui.

AZURE
La haine engendre la haine, l’amour engendre l’amour, l’important est de rester en mouvement.

MALIAS
(en regardant encore et toujours la télé, avec les sous-titres puisqu’il a coupé le son)
Je veux pas vous faire chier, mais Martine vient d’annoncer qu’ils fouillent les maisons.

Quelqu’un frappe à la porte et Dami sursaute.

AZURE
J’ai l’impression que nous allons bien nous amuser…

[…]

De l’autre côté de la porte, Take et Rabi attendent une réponse, nerveux, une main sur leur fusil.

À suivre.