Brouillon du plan poétique du chapitre 1 du roman de Supermoi !

Deux jours de congé,
À enfin dormir, rêver,
À apprendre la vie, l’amour,
À lire, rattrapant mon retard, incapable de suivre en classe.

Deux jours de congé trop vite consumés, trop vite brisés.

Une nouvelle semaine d’école.
Cinq autres jours d’enfer
À me dire que le monde pue la cruauté,
Que je devrais disparaître.

Qu’Enrico Toupin, huit ans, n’a pas sa place ici-bas,
Qu’il est « différent », humiliant,
Que les rires l’engloutiront,
L’assassineront.

J’ai tellement peur qu’on me brise l’âme
Tellement peur de devenir comme eux…

Lundi,
L’élite de la petite école sourit, fière,
Trempant la tête de Zoei Mazole dans les toilettes,
Invincible, au-dessus de toutes les lois.

Edmond Dugranger, la tête forte, l’égocentrique susceptible ;
Jacob Jackare les gros bras, le géant triste, impassible ;
Anne-Lou Bopha Gagner, qui veut tout pour elle, que pour elle ;
Zelle X l’énigmatique, au sourire bien présent, mais à l’âme ailleurs.

Pas le temps de pleurer, la tête confinée, noyée.
Zoei se débat, furieux, hystérique…
J’arrive à cet instant, alerté par les cris !
Je bondis sur eux, projette Edmond au sol, éloigne les autres.

Le prisonnier en profite pour se libérer,
Respirer.
L’enfant hésite entre fuir et se battre,
Entre deux désespoirs, deux fatalités.

Retenant son agresseur, je lui dis de se sauver !
Zoei n’écoute pas et d’une seule main,
Le géant m’agrippe et me lance à ses pieds,
M’éloignant d’Edmond, le maître incontesté.

Il faut fuir, juste fuir !
J’attrape le bras de Zoei, mais il reste là, figé…

En se relevant, Edmond Dugranger l’a vu
Ce collier flottant sur l’eau de la toilette,
Celui que Zoei tapote toujours lorsqu’il est nerveux :
Son porte-bonheur, le dernier présent de sa grand-mère.

Moment d’angoisse, le temps en suspension.
Zoei le supplie, lui promet mille choses :
« Je ferai tous tes devoirs, je te donnerai mon argent de poche !
Je t’aiderai même à tricher, mais par pitié, rends-moi mon collier ! »

Edmond s’en fout :
« Tout ça, tu le feras de toute façon, misérable crétin ! »
Fier, moqueur, il active la chasse d’eau…
… achève sa proie.

Zoei plonge vers la toilette pour sauver son bien,
Mais c’est vain, il a déjà disparu, englouti à jamais.
Satisfait, Edmond l’insulte une dernière fois, puis s’en va.
Ses trois clones le suivent, sans rire autant que lui.

Je reste seul avec Zoei,
Sans savoir comment le consoler, ni comment le sauver.
La haine le dévore,
Il jure de se venger.

Hésitant,
Je lui dis que ça ne servirait à rien,
Que la haine n’engendre que plus de haine,
Qu’on deviendrait comme eux.

Zoei Mazole me dévisage, dégoûté…
« Il faudrait les laisser faire, les laisser nous détruire ? 
Rien ne les arrêtera, pas même l’école ou nos parents !
Il n’y a que nous pour nous défendre, tu le comprends ça ? »

Je veux lui demander ce qu’il va faire, mais il s’en va, triste, enragé.
La cloche sonne et je reste là,
Perdu sur une autre planète,
Mon cours de mathématique à des années-lumière de mes pensées.

Aujourd’hui encore, je n’ai sauvé personne.
Je reste loin de mon superhéros préféré,
De n’importe quel conte de fées.
Je soupire.

Encore aujourd’hui, je n’aurai rien appris.

Enrico Toupin

Dominic Fortin-Charland
Juillet 2012