[Court texte] Qu'est-ce que ça changerait ?

Qu’est-ce que ça changerait que je te dise que j’ai encore pleuré, que je pense encore à toi ? Oui, dis-moi l’ami, qu’est-ce que ça changerait que je te raconte à nouveau mon imbécile d’amour à l’aide d’une autre chanson improvisée ou d’un autre poème bien vulgaire et salace, comme tu les aimais ?

Prends-moi dans l’artère
Celui du coeur ou juste, par-derrière
J’suis coupable et tu dois me punir
Sauve-moi des femmes, bel ami, belle satire

Ça ne changerait rien, absolument rien, voilà tout…

Jamais on en parlera, mais je le sais, je crois que je le sais, je pense que je le sais. Je pourrais vérifier cette piètre théorie, t’écrire, t’inviter à boire un thé, à jouer aux capitaines de bateau, mais… je suis au moins sûr d’une chose, je n’étais pas assez bien pour toi… ou pas assez bien tout court. Toute ton appréhension, tes insatisfactions, tes peurs, ça devait être pour ça, à cause de moi… J’ai échoué.

J’étais celui qui faisait pleurer les femmes au lieu d’aimer un seul homme.

J’étais ton ami…

Oui, je sais bien que comme moi, tu n’étais pas bien avec toi-même, avec la vie, en constante recherche, en profonde détresse… en tout cas, peu importe les mots, tu comprends… mais je me dis quand même que si j’avais été à la hauteur, tout aurait été différent, totalement différent. J’en rêve encore, parfois…

Toi, moi, eux, dix mille autres jeux…

Soyons clair sur l’événement, le stupide événement souillé d’alcool : j’ai explosé, pas de l’entrejambe comme je l’aurai voulu, de mon âme et je me suis écroulé, mort, pas de la petite, juste de la grosse et laide mort… celle qui te viole et te laisse pourrir des mois entiers, seul et sale, dans un caniveau.

Englouti par la vie, par sa mélodie…

Or…

Ma disparition, ma mort métaphorique, n’a rien changé pour toi, n’est-ce pas ?

Alors… qu’est-ce que ça changerait que je revienne ?

Ça ne changerait rien, absolument rien, voilà tout…

Je me répète.

Texte inutile…

J’aimerais revenir sur si, revenir sur ça, mais le visage du problème resterait le même. Je ne sais pas quel est ce visage, mais il resterait le même, beau et laid à la fois, juste assez pour nous hanter…

Peut-être qu’au fond, tu penses la même chose, que tu m’as trop déçu. Nous serions deux beaux idiots débordants d’amour, mais fragiles, apeurés… qui réfléchissent trop, beaucoup trop, au lieu de parler.

Non, je divague.

Ton retour changerait tant de choses… et le mien, absolument rien.

S’il te plait, murmure-moi une dernière fois le mot salope
Pour qu’ainsi, je puisse t’aimer pour toujours

De T. à Rabi

Dominic Fortin-Charland
9 juillet 2012