L'épuisement sociétaire, version 2

En mal de la société, ridiculisés, fatigués, nous ne pouvons plus croire en ceux qui détiennent le mandat de nous protéger, ni en nous-mêmes. Pourtant, bien des gens se sont battus pour l’avenir, nos droits, notre liberté, au nom de la justice et du bon sens ! L’évolution nous a rendus aigris, mais dociles, politiquement correct quand ironiquement, la politique n’a plus rien de « correct » depuis longtemps.

À présent, au lieu de rester droits, fiers de nos valeurs, de notre intégrité, nous nous maudissons à coup de bonnes manières, de cachoteries, d’éphémères. Oui, certains braves au milieu des lobotomisés guerroyassent toujours, mais le gouvernement s’amuse à les taire au nom de ceux qui restent assis, vomissant que la majorité du peuple demeure en accord avec leur politique, leur corruption.

Oh piètre gouvernement qui se sert des vaincus, des conquis, pour diaboliser les seuls héros qui nous restent, c’est à ton tour de te taire et d’écouter ! Tu nous as volontairement endettés pour mieux nous contrôler, pour mieux t’enrichir… tu as même fait la guerre en ce sens. Pas une guerre pacifique comme la nôtre, une guerre où les gens se sacrifient pour des têtes brûlées de conquérants en quête de profit !

Tu continueras ton manège temps et aussi longtemps que la majorité de « ton » peuple de potentielles brebis ne l’aura pas compris. Tu tueras encore et encore, et pas seulement par des guerres du pétrole ou de religions. Parfois, tu seras subtil en nous tuant à coup d’angoisse, augmentant sans cesse le coût de la vie, nous faisant travailler pour presque rien, toujours un peu plus, noyée par une instabilité croissante.

D’autres fois, tu le seras moins, nous laissant mourir de froid dans la rue.

Cher gouvernement, tu vends nos âmes aux riches, à tes chers amis les riches !

Oui, tu continueras temps et aussi longtemps que la majorité te laissera agir et tu en as parfaitement conscience. La minorité, tu la marginalises ! Tu nous désinformes, tu inondes les médias de choses et d’autres qui ont de moins en moins de sens, préférant la langue de bois à la vérité, nous fatiguant de la connaissance, nous poussant à ne plus croire en quoi que ce soit, ni en vous, ni en nous, ni en l’avenir.

Qu’attendons-nous, nous, les assis, pour nous lever à notre tour et leur dire que c’est assez, que nous sommes silencieux, mais juste derrière les héros, prêts à les encourager, prêts à les rejoindre ? Qu’attendons-nous ? Allons-nous réellement laisser le capitalisme nous épuiser, nous contrôler, parler à notre place ? Un peuple uni de héros pourrait faire tomber toutes les barrières, tous les mensonges !

Si tous ensemble nous marchions dans la rue, en clamant la paix, en parlant d’avenir, de cette nature à sauver, de cette Déclaration universelle des droits de l’homme à respecter, de ces dettes à annuler, nous pourrions tout changer ! Absolument tout ! Le système pense nous contrôler, mais nous détiendrons toujours le pouvoir, le pouvoir de créer un monde de paix, à notre image, loin de leur machination !

Oui, je sais, ce n’est pas aussi simple…

Je me dois de demeurer réaliste. Pour y parvenir, il faudrait un peuple plus instruit, un peuple confiant et à l’aise avec l’information, capable de l’analyser. À vrai dire, même si les manifestations et l’indignation collective menaient à de nouvelles élections, le manque d’instruction et de compréhension vis-à-vis des réels enjeux pousserait bien des gens dans le même cercle vicieux, dans le même piège.

Certains voteraient pour le parti politique au pouvoir, par habitude, croyant en sa marginalisation des autres opinions tandis que pour « faire changement », d’autres voteraient pour des partis adverses loin de représenter une réelle solution. Ceux-ci agiraient de la sorte sans réellement connaître les tenants de leur choix, se fiant à la masse ou au marketing des porte-paroles et non à leur réel discourt et intérêt.

Je ne m’égarerai pas en analysant chacun des partis puisque je serai vite accusé de partisaneries, croyant fort à un parti politique en particulier et à quelques députés perdus dans d’autres ou indépendants.

Cependant, cher gouvernement, permets-moi un léger aparté, permets-moi de te reparler d’éducation. Dernièrement, tu as augmenté les frais de scolarité, tu as dénigré l’importance de l’Université. Était-ce l’un des points pivots de ton plan de conquête ? Chercherais-tu, par hasard, à freiner l’éducation de ton bétail pour mieux le contrôler ? Souhaites-tu nous transformer un peu plus en serviles consommateurs ?

Cher gouvernement, est-ce ce que tu souhaites, empirer le gouffre entre les classes sociales ?

Tu connais le réel impact de la gratuité scolaire, celui de créer une société où tout le monde aurait sa chance, où tous seraient égaux ! Un peuple collectivement riche, ouvert, cultivé, enclin à contredire ta manipulation et les piètres tours de passe-passe de ces maires, fédéraux et provinciaux devenus maîtres dans l’art de faire disparaître l’argent du contribuable et celui des supposés investissements.

Tant de génocides économiques impunis…

Si tel ne représente pas ton désir oh insaisissable gouvernement, explique-moi pourquoi tu persistes dans la direction de l’aliénation collective, dans le souci des riches au détriment des pauvres !

La gratuité scolaire, trop chère à financer ?

Faux.

La gratuité scolaire serait profitable tant humainement qu’économiquement.

L’équation est simple, vu le nombre d’emplois spécialisés rendus possibles grâce à des études supérieures plus accessibles, il y aurait davantage de contribuables payant plus d’impôt… sans parler de l’enrichissement collectif que chaque spécialiste apporterait à sa région, à son pays. Aussi, nous viderions les prisons en plus de diminuer les besoins en chômage et en aide de derniers recours.

Gouvernement, si tu ne souhaites pas volontairement nous nuire ou nous abrutir, je t’avoue ne pas bien comprendre tes gestes. Peut-être que tu ne nous comprends pas plus, au fond ? Est-ce ça ?

Dis-moi, que se passe-t-il ?

Que se passe-t-il pour qu’ensemble, nous laissions cette planète s’écrouler sous le poids de notre bêtise ? Bien sûr, celle-ci nous survivra, elle en a connu d’autres et en connaîtra bien d’autres encore…

Je suis fatigué.

Je me suis battu, exprimé, citoyen à l’esprit sportif, citoyen adepte de participation citoyenne, et pourtant, depuis quelque temps, j’erre sans but parmi les vivants, restant sur le banc de touche.

Je souhaite au plus profond de moi que les choses changent pour le mieux, que l’amour et le bon sens éclairent le peuple autant que le gouvernement, les deux n’étant qu’une même entité. Mais je reste là, à moitié conscient, loin des études, loin des arts, salarié dans une épicerie obligée, par diverses lois illogiques, de jeter plus de nourritures qu’il n’en faudrait pour nourrir un village de cinq mille habitants.

Je me déteste à présent autant que je vous déteste.

Je vous déteste tous.

Vous, les escrocs qui séjournent grassement dans les banques, les médias, les grosses entreprises… sans parler de la mafia et des grandes familles plus riches encore que le montant total de toutes les dettes. Vous menez un monde à sa perte, le seul que nous avons, et vous osez croire, ne serait-ce qu’une seconde, que mon silence signifie mon accord ? Vous n’avez rien compris, absolument rien compris.

Vous m’avez vaincu, découragé de la vie et j’en suis mort.

Voilà tout.

Belle victoire à votre actif, n’est-ce pas ? Félicitation !

Votre meurtre n’est peut-être pas dans les rubriques nécrologiques, mais il existe bel et bien, s’ajoutant à la grande liste de vos crimes contre l’humanité. Ceci est mon dernier mot, mon dernier message, certes maladroit, inégal, pourvu d’apartés plus longs que prévu et de résumés en attente de plus d’informations, mais mon dernier. Un autre esprit d’anéanti, un autre souffle d’espoir tué…

Je suis en épuisement sociétaire, atteint du mal d’une civilisation capitaliste en manque de sens et de vérités, perdue à travers des valeurs superficielles, monétaires. J’ai encore goût à la vie, mais pas en celle-ci. Je souhaite à mon âme de se réincarner ailleurs, dans un monde où l’argent et vos cigares n’existent pas. Et si la réincarnation n’existe pas, laissez-moi juste devenir fou et m’imaginer loin d’ici !

Je demande tout de même au peuple de se lever.

N’abandonnez jamais parce qu’eux, ils n’abandonneront pas !

Souhaitez-moi un sommeil paisible…

Cordialement,
Dami

C’est ce que tu aimerais que j’écrive, n’est-ce pas, cher gouvernement ? Il n’en est rien, j’ai survécu.

J’ai passé des mois à mourir, isolé, épuisé, mais j’ai survécu.

J’ai réfléchi et j’ai compris que comme des milliards d’autres personnes, de citoyens, de citoyennes, je suis un apprenti héros, une voix, un moteur d’idées, d’idéaux, d’amour et de changements.

Je me battrai au nom de la vérité, au nom de celle qui tuera les mensonges, ainsi que pour ces tartes que je préfère biologiques ! Vous avez bien entendu, vous aviez tué mon âme, ainsi que mon esprit, mais vous aviez oublié le pouvoir de mon estomac : un fin palet ne meurt jamais, il réanime l’humanité !

Je délire ?

Peut-être ! Mais si le peuple devient sourd à l’amour et blasé de la connaissance, peut-être saura-t-il écouter sa passion pour les bonnes choses, ainsi que pour l’humour et cet insatiable ludisme ! Même que, si l’éducation se veut de plus en plus réservée à une élite, les arts peuvent encore combattre la fin du monde : éduquer, soigner, bercer. Les arts indépendants, le pouls de l’humanité, de la sincérité…

Certes, nous ne pouvons plus croire en ceux qui détiennent le mandat de nous protéger, mais croyons en nous-mêmes. Avant nous, bien des gens se sont battus pour l’avenir, nos droits, notre liberté, au nom de la justice et du bon sens, et ce ne fut pas vain, l’humanité n’a jamais cessé d’évoluer !

Marchons à présent sur les traces de nos ancêtres, restons droits, fiers de nos valeurs, de notre intégrité, et combattons chacun à notre manière, pacifiquement, avec l’art, la science, la bonté, l’éducation et n’oublions jamais le pouvoir du partage, de la communication ! Un citoyen seul, isolé, gardant ses pensées et ses créations pour lui n’est plus citoyen : pour le gouvernement, il devient du bétail, qu’un mouton de plus. Il faut empêcher ça, vaincre le silence, la solitude, vaincre l’épuisement collectif !

Ne laissons personne derrière, allons chercher les héros qui ont perdu espoir, qui se taisent, et ramenons-les chez eux, dans leur véritable demeure, sur leur planète qu’ils peuvent encore sauver !

Si vous me cherchez, je serai quelque part en train d’écrire d’autres textes aussi fous que celui-ci.

Amitié,
Dami Zan

Dominic Fortin-Charland
24 juin 2012