Anna-Lou Bopha Gagner, Madame Brevet

« Ça, c’est à moi ! Ça aussi ! C’EST À MOI J’AI DIT ! DONNE-MOI LE, DONNE ! Donne où je le dis à mon père ! C’EST À MOI, À MOI, RIEN QU’À MOI ! DONNNNNNNNNNNNNNNNNNNE ! Sniff, sniff, c’est à moi, à moi… »

Anna-Lou n’a jamais aimé partager. Si elle pouvait, elle garderait absolument tout que pour elle, prêtant ses jouets qu’en échange d’argents ou de desserts chocolatés (l’argent permettant d’acheter encore plus de desserts chocolatés).

Chaque fois qu’un autre enfant surgit avec un nouveau jouet qui a l’air bien, C’EST À ELLE, ON LUI A VOLÉ ; chaque fois qu’un autre a une bonne idée et que l’institutrice l’adule, C’ÉTAIT SON IDÉE, ON LUI A VOLÉ ; chaque fois que… bref, je pense que vous avez compris le principe : Anna-Lou vole les autres par pur caprice, avarice, et s’en sort souvent indemne en faisant passer les autres pour les voleurs, se dotant du rôle de la pauvre petite fille qui a été dépossédée de ses précieux jouets.

Une pauvre petite fille qui demande de grosses compensations en guise d’excuse…

Le pire dans cette histoire n’est pas tant l’aspect matériel, mais plutôt son obsession de vouloir garder pour elle des faits, des gestes, des idées et des expressions, empêchant à tout prix les autres de les utiliser !

La mode des petits poids de couleurs sur les vêtements ? Rien qu’à elle ! La tarte aux pommes et poires ? Rien qu’à elle ! L’utilisation de l’expression « Comment ça va ? Moi ça va génial ! » ? Rien qu’à elle ! Le remède de sa grand-mère pour guérir du rhume (propre à presque toutes les grand-mères, soit dit en passant) ? Rien qu’à elle ! La forêt ? À ELLE !

RIEN QU’À ELLE !

Bien sûr, certaines choses lui appartiennent pour vrai… mais comment les différencier des autres ?

Anna-Lou passe tellement de temps à vouloir s’approprier ce qui ne lui appartient pas qu’à la longue, elle ne parle jamais de ce qui lui appartient pour vrai. Elle tente de trouver son bonheur en volant le bonheur des autres, à travers leurs biens et leurs idées.

Au fond, elle est cette petite fille qui cherche ce « quelque chose » qui lui manque et qui ne le trouve jamais. Un peu d’amour, peut-être…

Il faudrait le dire à son père, occupé à acheter la planète pour faire du profit, toujours plus de profit.

Enrico Toupin l’a baptisé Madame Brevet, s’inspirant d’une lettre que Dotovipe, son grand-père, lui a écrit :

Les brevets, c’était une bonne idée au départ (et ça l’est encore, quand c’est utilisé noblement), mais comme pour tout ce qui concerne l’argent, des riches, et pas les mieux intentionnés, s’en sont donnés à coeur joie !

De grosses entreprises ont transformé le paradis du créateur en enfer du peuple ! Ils ont breveté des remèdes très efficaces pour les empêcher d’exister, histoire de continuer de nous vendre leurs petites pilules aux effets éphémères à des prix déraisonnables. Autre exemple, la voiture électrique qui a longtemps été enlevée du marché par l’industrie pétrolière et son bras un peu trop long !

Une poignée de puissants sociopathes achètent tous les jours un peu plus de contrôle et de pouvoir sur nos vies et de notre avenir !

Fais bien attention à toi Enrico, évite le cercle vicieux de la consommation irréfléchie…

Ton fou de grand-père,
Dotovipe

Enrico ne comprit pas tout de cette lettre, mais après quelques recherches, il vit le pouvoir des brevets et de ceux qui les possèdent, le pouvoir de mettre un cadenas sur ce qui pourrait sauver cette planète… ou de vendre la survie à un prix exorbitant. L’argent, encore l’argent, qu’est-ce qu’ils ont tous à vouloir tout détruire pour un peu plus d’argent ?

Peut-être n’est-ce pas trop tard pour ramener Madame Brevet à la raison, à son sens premier, protéger, vers des brevets écoresponsables, plus humains. Anna-Lou héritera bientôt de son père et pourra, si elle veut, changer la face du monde…