Jacob Jackare, le Géant

Jusqu’à maintenant, du haut de ses dix ans, Jacob n’a connu que les milieux défavorisés, alternant d’une famille d’accueil à une autre. Il faut dire que la majorité de ses parents adoptifs l’accueillirent seulement pour bénéficier d’une subvention du gouvernement et, ne sachant pas comment réagir face à son caractère sanguin et son impulsivité, ils le renvoyèrent sans tarder au service d’adoption. Jacob, déjà introverti à la base, se renferma un peu plus chaque année…

Pourtant, Jacob ne s’emporte pas réellement plus que les autres enfants… mais vu sa taille et sa musculature plus qu’impressionnante pour un garçon de son âge, il effraie lorsqu’il se fâche ne serait-ce qu’un peu !

Lui, quand il décide de frapper dans un mur pour se défouler, il le défonce sans peine et en subit les conséquences !

Une chance, la ville étant entourée de forêts, il peut s’y donner à coeur joie ! Il adore courir à travers les branches, escalader les falaises et prendre quelques petites pauses pour marteler les troncs de ses poings, expulsant sa rage envers sa condition.

La situation tant à changer puisqu’ayant entendu parler de son histoire, un homme et une femme d’un certain âge, à la retraite, ont réussi à convaincre le service d’adoption de leur confier l’enfant. L’homme, monsieur Jackare, ayant déjà détenu le record du monde en levé de poids et d’haltères, sait ce qu’il faut pour calmer l’énergie et la rage d’un futur géant. Madame Jackare, pour sa part, rêve de ce moment depuis si longtemps, son mari et elle n’ayant jamais pu avoir d’enfant.

Pour la première fois de toute sa vie, Jacob s’épanouit au sein d’une véritable famille, une famille qui l’aime pour ce qu’il est et non pour l’argent. Ce sentant plus calme, apaisé, il a l’impression de mieux réfléchir, de moins agir sur le coup des impulsions, et son intérêt pour l’école lui semble moins arbitraire, plus concret. À présent, comment l’expliquer à la bande de garnements qui l’a jadis recueilli et qui s’amuse à terroriser les autres élèves, ainsi qu’à pousser les professeurs à bout ?

S’il n’a jamais été réellement à l’aise avec ce genre de comportements, il l’est encore moins maintenant.

Par contre, à son arrivée à l’école, vu sa stature presque légendaire et son silence inquiétant, personne n’osait l’approcher, personne sauf Edmond, le « chef » de la clique de garnements, de « l’élite ». Comme le répète souvent Edmond, il rassemble les personnes supérieures aux autres élèves, lui-même doté d’un ego démesuré, surdéveloppé, surnaturel… désagréable.

Si jamais Jacob se rebelle, se retrouvera-t-il tout seul, mis à l’écart à cause de son physique de brute ?

Ce n’est que deux ans après son entrée dans l’élite d’Edmond que Kalamandra, une petite nouvelle, vint lui parler, sans la moindre peur et faisant fi de la personnalité introvertie du garçon. Son but ? Lui offrir la moitié de son goûté, parce qu’elle a toujours détesté les concombres et qu’elle a besoin d’un gentil gaillard pour l’en débarrasser. N’aimant pas plus les concombres, Jacob accepta volontiers l’invitation, se disant que finalement, il y a de l’espoir, même pour les géants.

Au même moment, bouillant de rage de voir son pantin le délaisser, Edmond décida de prendre Kalamandra pour cible…