Piétiné

Poème écrit dans la peau de Gusto, aujourd’hui, le 7 mai 2012.

Perdu
Incapable de faire partie de ce monde
Incapable de le quitter

La tête brisée par les années
Une douleur sourde, récurrente
Qu’une envie de dormir indomptée

Quelques étourdissements
Un rejet de cette société
Un rejet de l’humanité
Qui nous laisse mourir à petit feu
Pauvre et malade
Quelque part entre deux richesses isolées

Quelqu’un m’a mis au monde
Puis piétiné
Pour me préparer à vous
Pour me préparer à vivre

Dois-je le remercier ?

P’pa, t’avais raison
C’est pourri, juste pourri
J’ai été arrogant d’y croire

T’aurais dû m’achever
T’aurais dû m’aimer assez pour m’achever
Pour m’éviter de devoir grandir
Tu savais que le pire était à venir

Tu m’as préparé à leur cruauté
Tu m’as humilié, insulté, tu m’as détruit sans oublier le moindre détail
En fin de compte, t’étais peut-être le seul à réellement m’aimer
À m’aimer assez pour m’obliger à affronter la vérité

Tu me disais que rien ne valait la peine
Que c’était perdu d’avance, que j’étais rien et que je le resterais
Tu me parlais comme on parle aux animaux
Sans écouter
Tout devait être comme tu le souhaites
Mais même quand je te ressemblais, tu me détestais

Tu t’haïssais autant que tu les maudissais tous
Ces sales égoïstes d’humains
Ces traitres
Ces lâches

Voilà, tu as gagné
Je rejette cette société
Je rejette l’humanité

Placez-moi quelque part, je ne veux plus rien savoir
Ne parlez plus de liberté, de compréhension ou d’argent
Je veux juste que tout le monde se taise, moi le premier
Je veux être oublié

Mais tu viens me voir
M’implore que tu as changé
Tu me parles d’un endroit, d’un nouveau foyer
Tu souris un peu, tu me demandes de te suivre

Tu pues l’espoir

Je te regarde, vide, exténué
Le silence s’alourdit, tu attends
Je me lève
M’approche
Serre les poings, les dents
Pense quelques instants à ma mère, à mes frères, à ma sœur

Tu me dis de te frapper si j’en ai envie
Je te regarde à nouveau, je te hais
Puis te tourne le dos, rassemble mes livres
Et te suit

Tu me remercies
Me dis que tu as compris que tout était de ta faute
Que tu n’avais pas bien apprivoisé la vie
Qu’elle était laide qu’à travers ta prison
Celle que t’avais conçue, pourrissant dans la même vision des choses
Dans les jupes du plus laid de la société

Tu chuchotes que dans les coulisses
L’humanité existe encore et n’attend que nous

Des bien beaux mots
Des rêves
Que je n’écoute plus
Espérant ne jamais avoir d’enfant, ne jamais être père

Espérant… qu’un véritable foyer m’attend

Gusto

Dominic Fortin-Charland
7 mai 2012