Roméo, Juliette et le dinosaure femelle, l’intégrale de la pièce de théâtre (le brouillon)

Roméo, Juliette et le dinosaure femelle
écrit par
Dominic Fortin-Charland

Une adaptation libre de
Roméo et Juliette de William Shakespeare

PROLOGUE

Le dinosaure entre seul sur scène et grogne comme s’il récitait le prologue, puis s’en va en gambadant.

Folio Mentol entre sur scène en trainant sa petite chaise en bois qu’il place au milieu, de dos. Il s’assoit dessus une bonne minute pour regarder tout le monde, les analysant, souriant quelque peu, malicieux.

FOLIO MENTOL. Je suppose que vous êtes venus voir Roméo et Juliette ? Ah ! Ah ! Ah ! (Il se lève et lance la chaise à l’autre bout de la scène, énervé, euphorique.) Je suppose qu’en plus, vous connaissez déjà la fin ! Mercutio, Tybalt, Pâris, Roméo, sa mère, Juliette, même l’apothicaire si on se fit aux bonnes mœurs… tout le monde meurt à cause de la haine des Montaigu et des Capulet ! TOUT LE MONDE MEURT ET C’EST CE QUE VOUS AIMEZ, N’EST-CE PAS ? Ah moins que ce soit l’histoire d’amour qui vous plait ? Bah, peu importe puisque j’ai prévu de complètement gâcher la pièce… et votre plaisir !

Un temps, Folio Mentol remarque que sa chaise a disparu et la cherche, hystérique.

FOLIO MENTOL. Où est-ce que j’ai encore mis cette idiote de chaise ?

Le dinosaure femelle lui amène sa chaise, qu’elle traine par la bouche.

FOLIO MENTOL. Merci.

Le dinosaure s’en va et Folio Mentol s’assoit à nouveau sur sa petite chaise de bois.

FOLIO MENTOL. Comme je disais, vous pensiez avoir l’infime honneur de voir la meilleure pièce de théâtre de tous les temps, j’ai nommé Roméo et Juliette ? Malheureusement, j’en ai décidé autrement ! PLAIGNEZ-VOUS MORTELS, ÇA NE CHANGERA RIEN ! (Il lance à nouveau sa chaise.) Vous pensez que vous méritez l’une des meilleures œuvres de l’art libre, de l’art qui appartient au peuple ? Vous qui passez votre temps à encourager les grosses mégalocompagnies qui achètent les droits de tout ce qui se fait et peut se faire ? Vous qui n’encouragez que les entreprises qui nous détruisent à coup de brevets déloyaux ! VOUS PENSEZ MÉRITER ROMÉO ET JULIETTE ? UNE OEUVRE QUI N’AURAIT PAS EXISTÉ SI ELLE N’ÉTAIT PAS LIBRE DEPUIS LE DÉBUT DES TEMPS !

Un temps, Folio Mentol reprend son souffle. Le dinosaure lui ramène sa chaise, il se rassoit dessus.

FOLIO MENTOL. Pardon, j’ai tendance à m’énerver, des fois. Au moins, crier me permet de vous garder attentif ? EN ? Vous vous sentez comme à la petite école avec un gars farfelu qui gesticule à l’avant en parlant d’un sujet qu’il est tout seul à comprendre ? Non, NE PARTEZ PAS, LA PIÈCE DÉBUTERA DANS UN INSTANT ! Sauf si vous êtes rabat-joie, si tel est le cas, je brûlerai le théâtre !

Il gratte une allumette et le dinosaure apporte un réservoir d’essence.

FOLIO MENTOL. Merci. Bref… Roméo et Juliette n’a pas été inventé par Shaskepeare. Il en a fait sa version, mais n’en fut pas le pionnier. Ce genre d’art libre était très important à l’époque, permettant à l’imaginaire de tout un chacun de s’épanouir et à la culture de prospérer sans peur de se faire poursuivre et pendre par des CAPITALISTES ! Vous n’êtes pas sans connaître Walt Disney, devenu célèbre en partie grâce à ses versions des contes des frères Grimm et Charles Perrault qui eux-mêmes s’inspiraient de contes d’autrui… Oui, non ? PEU IMPORTE, ÉCOUTEZ-MOI, VILS CONSOMMATEURS ABRUTIS PAR LA CULTURE DE MASSE ! Je disais… la compagnie Walt Disney, après la congélation de son cher patron, a réussi à modifier la loi du droit d’auteur en sa faveur, monnaie monnaie, pour que personne n’utilise l’univers de leur père spirituel… pourtant adepte de l’art libre. Ils ont même poursuivi, et, entre parenthèses ruiné la vie, d’une gardienne d’enfants qui avait peinturé Mickey sur un mur de sa garderie. Ça, ça ne nous empêchera pas de visionner les prochains films de Disney, OH QUE NON !

Le dinosaure femelle (enthousiaste). Ils sont si bons, surtout ceux de Pixar !

FOLIO MENTOL. – Je ne peux te contredire, mais…

Un temps, Folio Mentol dévisage les gens dans la salle.

FOLIO MENTOL. DINOSAURE, MA PANCARTE, y’en a qui commence à s’ennuyer ! JE ME DONNE CORPS ET ÂME ET ILS ME BAYENT DANS FACE ! VITE DINO, il me faut mon graphique !

Le dinosaure part et revient en trainant le cadavre d’un homme, ainsi que la pancarte.

FOLIO MENTOL. Euh…

Le dinosaure frappe dans le vendre du mort et rien ne se passe.

FOLIO MENTOL. Euh ?

LE DINOSAURE FEMELLE. Ben, y’est censé se lever et tenir la pancarte à ma place…

FOLIO MENTOL. N’est-ce pas un peu lâche ?

LE DINOSAURE FEMELLE. JE NE PEUX PAS LA TENIR AVEC MES PETITS BRAS !!!

Folio Mentol (en soupirant). C’est le cadavre de qui ?

LE DINOSAURE FEMELLE. De Roméo…

FOLIO MENTOL. T’as tué Roméo, LE Roméo ?

LE DINOSAURE FEMELLE. Juste croqué un tout petit peu…

FOLIO MENTOL. JUSTE CROQUÉ UN TOUT PETIT PEU ?

LE DINOSAURE FEMELLE. J’SUIS UN DINOSAURE !

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Bref, nous sommes en train de jouer dans une pièce de théâtre.

Benvolio. – Donne-moi cette pioche et ce croc d’acier petit page, j’accompagnerai moi-même Roméo dans ces lugubres dessins. Éloigne-toi, va-t’en, laisse-nous… Ma résolution est fa­rouche comme le moment : elle est plus terrible et plus inexorable que le tigre à jeun ou la mer rugissante ! Et si, cédant au soupçon, tu oses revenir pour épier, par le ciel, je te déchirerai lambeau par lambeau, et je jon­cherai de tes membres ce cimetière affamé.

Balthazar. – Ça va (nom de l’acteur ici), tu t’écartes complètement de ton rôle… et me fais un peu peur.

Benvolio, sortant de son rôle un instant. – Je me suis dit que tant qu’à regarder la pièce devenir n’importe quoi, j’allais surgir en héros viril et impressionner les belles filles de la place ! Genre, elle là…

Balthazar. – Ouin, elle est pas pire…

Benvolio. – Pas pire, juste pas pire ? Je lui donne un 10 ? Un 12 même ! (à Roméo) Toi ?

Roméo. –

Balthazar. – Bref, nous sommes en train de jouer dans une pièce de théâtre.

Un Laurence anachronique ?

Laurence. – Allons, la fiancée est-elle prête à aller à l’église ?

Capulet. – Prête à y aller, mais pour n’en pas revenir ! (À Pâris.) Ô mon fils, la nuit qui précédait tes noces, la mort est en­trée dans le lit de ta fiancée, et voici la pauvre fleur toute déflorée par elle. Le sépulcre est mon gendre, le sépulcre est mon héritier, le sépulcre a épousé ma fille. Moi, je vais mourir et tout lui laisser. Quand la vie se retire, tout est au sépulcre.

Pâris. – N’ai-je si longtemps désiré voir cette aurore, que pour qu’elle me donnât un pareil spectacle !

Lady Capulet. – Jour maudit, malheureux, misérable, odieux ! Heure la plus atroce qu’ait jamais vue le temps dans le cours laborieux de son pèlerinage ! Rien qu’une pauvre enfant, une pauvre chère enfant, rien qu’un seul être pour me réjouir et me consoler et la mort cruelle l’arrache de mes bras !

La Nourrice. – Ô douleur ! ô douloureux, douloureux, dou­loureux jour ! Jour lamentable ! jour le plus douloureux que ja­mais, jamais j’aie vu ! ô jour ! ô jour ! ô jour ! ô jour odieux ! Ja­mais jour ne fut plus sombre ! ô jour douloureux ! ô jour doulou­reux !

Pâris. – Déçue, divorcée, frappée, accablée, assassinée ! Oui, détestable mort, déçue par toi, ruinée par toi, cruelle, cruelle ! ô mon amour ! ma vie !… Non, tu n’es plus ma vie, tu es mon amour dans la mort !

Capulet. – Honnie, désolée, navrée, martyrisée, tuée ! Si­nistre catastrophe, pourquoi es-tu venue détruire, détruire notre solennité ?… ô mon enfant ! mon enfant ! mon enfant ! Non ! toute mon âme ! Quoi, tu es morte !… Hélas ! mon enfant est morte, et, avec mon enfant, sont ensevelies toutes mes joies !

Laurence, en chantant et en grattant de la guitare façon rock’n roll. –
Silence, n’avez-vous pas de honte ?
Le remède aux maux désespérés n’est pas dans ces désespoirs.
Le ciel et vous, vous partagiez cette belle enfant ;
maintenant le ciel l’a tout entière, et à voir vos affreux visages, j’ose dire que c’est tant mieux pour elle !
(en chantant façon « métal »)
Vous ne pouviez la garder de la mort, mais le ciel garde sa part dans l’éternelle vie !
Une haute fortune était tout ce que vous lui souhai­tiez ;
c’était le ciel pour vous de la voir s’élever et vous pleurez maintenant qu’elle s’élève au-dessus des nuages, jusqu’au ciel ! Oh ! Oooooooooooooooooooooooh ! Ooooooooh ! Jusqu’au ciel !
(sans chanter, autoritaire cette fois)
Bref, séchez vos larmes et attachez vos branches de romarin sur son corps ; puis, selon la coutume, portez-la dans sa plus belle parure à l’église.
(jouant quelques accords de plus, chantant à nouveau)
Car bien que la faible nature nous force tous à pleurer, les larmes de la nature font sourire la raison.

Chante Mercutio, chante !

Le dinosaure attaque Benvolio qui fuit dans l’arrière-scène. On entend des cris d’horreur, puis plus rien.

Folio. – Bien, qui d’autres ne VEUT pas chanter ?

Mercutio. – Je chantais déjà dans la version de base de la pièce… t’sais, celle que vous avez gâché.

Folio. – Ah bon, que chantais-tu ?

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Embrassez-lui les pieds !

Entrent la nourrice et Pierrette.
Mercutio. – Une voile ! une voile ! une voile !
Benvolio. – Deux voiles ! deux voiles ! une culotte et un jupon.
La Nourrice. – Pierrette !
Pierre. – Voilà !
La Nourrice. – Mon éventail, Pierrette.
Mercutio. – Donne-le-lui, bonne Pierrette, qu’elle cache son visage, son éventail est moins laid.

Folio et le dinosaure envahissent la scène, en colère.

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Pire présentation au monde…

Folio Mentol. – T’as tué Roméo, LE Roméo ?

Dinosaure. – Juste croqué un peu…

Folio Mentol. – JUSTE CROQUÉ UN PEU ?

Dinosaure. – J’SUIS UN DINOSAURE !

Folio Mentol. – T’en as d’autres des excuses dans le genre ?

Dinosaure. – Depuis tantôt que tu m’appelles le dinosaure, j’suis une femelle moi, un dinosaure femelle ! Ça me fâche quand tu m’appelles juste « dinosaure », j’suis le dinosaure FEMELLE ! AAAAAARG !

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Tybalt et la nourrice ?

Tybalt, en s’éloignant violemment de la nourrice qui est complètement sous son charme, même s’il vient de l’envoyer par terre, il désigne Roméo. – Je reconnais cette voix ; ce doit être un Montague… (sortant sa rapière) Quoi ! le misérable ose venir ici, couvert d’un masque gro­tesque, pour insulter et narguer notre solennité ? Ah ! par l’anti­que honneur de ma race, je ne crois pas qu’il y ait péché à l’éten­dre mort !

Nourrice. – Eh bien ! qu’as-tu donc ? Pourquoi cette tempête ?

Tybalt. – Voici un Montague, un de nos enne­mis, un misérable qui est venu ici par bravade insulter à notre soirée solennelle.

Nourrice. – N’est-ce pas le jeune Roméo ?

Tybalt. – C’est lui, ce misérable Roméo !
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Dure journée…

Pierrette enlève sa perruque, exténuée…

Balthazar le page entre en étant lui-même et non dans son rôle.

Balhazar. – Ça va ?

Pierrette. – Est-ce que j’ai l’air d’aller ? Un dinosaure joue les trois musiciens, les trois musiciens EN MÊME TEMPS ! Comment voulais-tu que je rende ça cohérent ? Cette pièce n’a plus aucun sens, déjà que je dois tout faire parce que tous les autres serviteurs ont « disparu » ! Tu te rends compte qu’ils sont peut-être morts ? C’est la pire journée de ma vie… LA PIRE JOURNÉE DE MA VIE !

Jean et Laurence, version dinosaures

La cellule de frère Laurence. Entre frère Jean.
Jean. – Laurence ! mon frère, holà !
Laurence. – Jean de Mantoue. Sois le bienvenu. Que dit Roméo ?… A-t-il écrit ? Alors donne-moi sa lettre.
Jean. – Je ne sais que te répondre mon frère…
Laurence. – C’est-à-dire ?
Jean. – Connais-tu les principes de la relativité ?
Laurence. – Connais-tu l’expression « Le temps presse, j’vais perdre patience ! » ?
Jean, en s’assoyant sur une chaise. – Ah, mon bon ami Laurence, toi qui me connais depuis les temps du jurassique, assis-toi sur mes genoux que je te conte ma déchirante mésaventure !

Laurence ne bouge pas, le dévisageant.

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Un metteur en scène en caleçon !

Le dinosaure revient en poussant violemment le metteur en scène (Dominic).

Dinosaure. – J’ai trouvé le metteur en scène !

Dominic, apeuré, en caleçon. – MAIS QU’EST C’EST ÇA ? Laissez-moi tranquille !

Folio Mentol. – Tiens la pancarte s’il te plait.

Dominic, en regardant sa montre. – Qu’est-ce que… qu’est-ce que vous faites sur ma scène ? Mon spectacle commence dans deux minutes ! Partez de ma scène, j’peux me fâcher même si je suis petit !

Folio Mentol, perdant patience. – Ma scène, ma scène, « MA »… Tiens MA pancarte !

Dominic. – Non, partez immédiatement de MA scène !

Dinosaure. – Si ta pièce débute dans deux minutes, pourquoi es-tu en sous-vêtement ?

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