Sourire

J’écris souvent des petites choses pour me réveiller l’esprit avant une journée d’écriture. Des fois, ça donne n’importe quoi, des fois c’est moins pire, des fois c’est carrément catastrophique. Je vous laisse deviner de quelle fois il s’agit :

Folio Mentol
Cela fait dix ans que tu t’acharnes à coup de plumes et d’épées. Tu n’as jamais gagné, si ce n’est que des victoires partielles ou amères. Je t’ai vu perdre la face, le goût de vivre, ta santé, tes amis… tu as même perdu ton « inébranlable foi » et pourtant, tu n’as jamais abandonné. Qu’attends-tu exactement ?

Dami
J’aime sourire. Au quotidien, je n’ai jamais envie de rire, je n’esquisse jamais le moindre rictus, mais parlez-moi d’enfers improbables, de fins du monde ou d’un gamin qui se fait battre par ses confrères et je sourirai. J’ai longtemps cru que c’était l’amour ou la foi qui m’animait, qui me plongeait dans des combats impossibles, mais ça n’a rien à voir… Quand quelqu’un me parle d’une situation désespérée, je m’amine, je saisis ma plume, ou mon épée, je marche vers le danger et je souris, prêt à prendre tous les coups et à sauver le monde. Ça n’a rien à voir avec l’amour ou la foi, le cerveau n’est qu’une mécanique comparable à une voiture téléguidée… La mienne est brisée. Je suis un fou de justice qui n’abandonnera jamais et pour ça, il n’y aucun médicament. Je ne crois plus en rien, mais je souris toujours et ce sera amplement suffisant pour accomplir ce que tout héros souhaite accomplir : faire en sorte de partager ce sourire avec quelqu’un, n’importe qui, juste pour ne plus être seul dans mon utopie. Partager ce bref instant de vérité, cet instant où la Terre se soulève à l’intérieur de moi pour accomplir le meilleur de moi-même, c’est ma seule manière d’exister. Peu importe si je gagne ou pas, je veux juste… exister.

Folio Mentol
Si j’avais su que ta réponse serait aussi rébarbative, je me serais abstenu de te poser la question. Mais bon, je connais ce sourire… Dommage que le mien n’existe que pour tout détruire.

Dami
C’est déjà ça, ça reste un sourire… C’est déjà mieux que la solitude.

Folio Mentol
Tu es définitivement complètement fou.

Dami
Ah ! Ah ! Juste assez pour te comprendre.

[Court texte] Ben voyons !

Souper familial. Il y aurait tant à dire, on ne se voit pas souvent. Mais tout tourne autour de moi, d’un moi que je n’aime pas. Peu importe l’ambition, ce que j’ai traversé, y’a que des « ben voyons ».

– Ben voyons, tu devrais apprendre à conduire ! Tout le monde conduit !
– Non papa, mes yeux s’embrouillent dès qu’il y a des mouvements…

– Ben voyons, tu devrais digérer le lait, tout le monde boit du lait !
– Non merci maman, je préfère le jus d’orange. Bio si possible !
– Ben voyons, manger bio ça ne sert à rien ! Le voisin mangeait bio pis y’est mort du cancer !
– Le goût est différent, je les goûte les altérations.
– Ben voyons, c’est dans ta tête !
– Ben si c’est ça, je l’aime, ma tête.

– Ben voyons, tu devrais te trouver un vrai travail, tout le monde a…
– J’ai un vrai travail.
– Oui, mais tu ne gagnes pas bien ta vie.
– Ça va, je mange bien… ça me suffit.
– Qu’est-ce que tu feras quand tu voudras une maison, des enfants, un char ?
– Je n’en veux pas.
– Ben voyons, tout le monde doit apprendre à conduire !
– …

– Ben voyons, tu devrais manger avec tes mains, tout le monde mange avec ses mains !
– Oui, peut-être, mais ça m’angoisse… C’est comme ça, j’ai été trop longtemps malade. Mais c’est sûr que je préférerais le goût des ustensiles en bois à ceux des ustensiles de métal. Ça goûte trop.

– Ben voyons, enlève ta casquette à table, tout le monde doit le faire, c’est le règlement !
– Je l’ai dit 100 fois, mes yeux sont photophobes, ça m’évite des maux de tête.
– Tu prendras une aspirine ! Pis mange ta viande !
– Je suis végétarien.
– Ben voyons, l’être humain a toujours mangé de la viande ! Mange ta viande !
– Non merci, même si je voulais, je ne digère pas la viande rouge.
– À ton âge, tout le monde digère la viande rouge !
– Ben pas moi.
– Ben voyons !

– Ben voyons, tu ne bois pas ton lait ? Tout le monde doit boire du lait ! C’est bon pour les os !
– C’est pas totalement vrai…
– Bon, une autre affaire que tu voudras plus manger ?
– Est-ce qu’on pourrait changer de sujet ?
– La sociologie… c’est ben ça la sociologie ?
– Oui papa…
– Tu peux vraiment gagner ta vie avec ça ?
– Oui…
– Tu gagnes combien ?
– Juste assez pour me payer du restau.

Je m’éclipse dehors. Il fait affreusement froid. J’appelle un taxi.

L’idée me vient de m’évader en forêt, de m’y perdre.

« Ben voyons, ce n’est pas grave de mourir, tout le monde meurt ! »

Dami

Dominic Fortin-Charland
31 décembre 2013

« L’horloge sonne », version 2

L’horloge sonne.

Mes doigts immaculés de sang me demandent de l’arrêter, d’en finir, mais ma femme demeure aussi belle que lors de notre première rencontre. Cette réalité me rassure, je m’y accroche ; je lui demande une dernière danse chaque fois que la vie m’accorde un nouveau jour.

Elle me répond qu’elle ne peut plus danser, triste, sévère, comme si je devais me souvenir de ses jambes handicapées.

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Jouer (écrit dans la peau de Mokoran, version brouillon)

Laissez-moi tranquille. Vous ne savez rien, vous ne comprenez rien. Votre réalité est abstraite, violente, elle empeste la mort. Au moins dans mes jeux, j’ai une chance de réussir, de gagner, d’aller de l’avant. Je suis en contrôle de ce qui se passe, en contrôle de mon avatar, de ce que je souhaite devenir.

Dans cette autre vie, dans cette peau qui me ressemble vraiment, j’ai un impact réel sur ce qui m’entoure. Ce n’est ni vague ni éphémère. Les gens me répondent, combattent avec moi. Ça me change de votre monde d’égoïsme de chacun pour soi ! Je ne suis plus invisible, je ne suis plus inutile.

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Je frapperai (version 5)

Je frapperai l’humanité jusqu’à ce qu’elle se réveille… ou jusqu’à ce qu’elle se laisse mourir au creux de mes bras, épuisée par votre paresseuse cruauté. Je vous frapperai de toutes mes folies, de toute mon exubérance, vous, le peuple lâche, le peuple du quotidien, le peuple qui fuit, jusqu’à ce que vous n’ayez plus le choix d’affronter votre sincérité, celle cachée derrière vos millions de masques routiniers !

Humains, l’entendez-vous ?

Entendez-vous l’appel d’Azza ? Entendez-vous les cris, l’agonie de notre fragile planète ?

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Je frapperai (version 4)

Je frapperai l’humanité jusqu’à ce qu’elle se réveille… ou jusqu’à ce qu’elle se laisse mourir au creux de mes bras, épuisée par votre paresseuse cruauté. Je vous frapperai de toutes mes folies, de toute mon exubérance, vous, le peuple lâche, le peuple du quotidien, le peuple qui fuit, jusqu’à ce que vous n’ayez plus le choix d’affronter votre sincérité, celle cachée derrière vos millions de masques grossiers !

La sincérité, la vérité, celle même qui vous rappellera que vous n’êtes pas seul ici-bas…

Humains, l’entendez-vous ?

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Je frapperai (version 3)

Je frapperai l’humanité jusqu’à ce qu’elle se réveille… ou jusqu’à ce qu’elle se laisse mourir au creux de mes bras, épuisée par votre paresseuse cruauté. Je vous frapperai de toutes mes folies, de toute mon exubérance, vous, le peuple lâche, le peuple du quotidien, le peuple qui fuit, jusqu’à ce que vous n’ayez plus le choix d’affronter votre sincérité, celle cachée derrière vos millions de masques, de non-dits.

La sincérité, la vérité, celle même qui vous rappellera que vous n’êtes pas seul ici-bas…

Humains, l’entendez-vous ?

Entendez-vous l’appel d’Azza ? Entendez-vous les cris, l’agonie de notre fragile planète ?

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Je frapperai (version 2)

Je frapperai l’humanité jusqu’à ce qu’elle se réveille… ou jusqu’à ce qu’elle se laisse mourir au creux de mes bras, fatiguée par l’inaction, par la paresseuse cruauté. Je frapperai de toutes mes folies, de toute mon exubérance, le peuple lâche, le peuple du quotidien, le peuple qui fuit, jusqu’à ce qu’il n’ait plus le choix d’affronter la vérité, sa vérité. Celle de son existence, de son prochain… celle de la sincérité.

Vous, entendez-vous l’appel d’Azza ? Entendez-vous les cris, l’agonie de notre fragile planète ?

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Je frapperai (version 1)

Je frapperai l’humanité jusqu’à ce qu’elle se réveille… ou jusqu’à ce qu’elle se laisse mourir au creux de mes bras, fatiguée par votre inaction, par votre paresseuse cruauté. Je vous frapperai de toutes mes folies, de mon exubérance, vous le peuple lâche, le peuple du quotidien, le peuple qui fuit, jusqu’à ce que vous n’ayez plus le choix d’affronter la vérité, votre vérité. Celle de votre existence, de votre prochain… de la sincérité.

N’entendez-vous pas l’appel d’Azza ? N’entendez-vous pas les cris, l’agonie de notre fragile planète ? J’en suis devenu fou, fou d’amour, fou de chagrin… fou de haine. Je ne pense qu’à vous, sourds derrière votre miroir d’indifférence, en train de marcher sur vos écueils, devenus la brebis des faux-fuyants, de l’argent.

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Ils te croiront

Je te laisserai et eux, ils ne verront que tes larmes.

Tu leur raconteras notre histoire en choisissant bien tes mots, ta vision des faits, en oubliant l’essentiel, cette parcelle d’objectivité, de vérité. Tu ne te rendras même pas compte de tes mensonges, préférant croire que j’aurai dû être ton homme. Ils te croiront, me condamneront.

Je ne pourrai pas parler, ni me défendre, trop poli, ne voulant pas en ajouter.

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